22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 09:37

         Je me fais un peu l’effet d’un de ces vieux dirigeants soviétiques qu’on exhibait en les sortant de leur naphtaline pour les jours de grands défilés ou de grandes célébrations, qu’on aérait sur le grand balcon du Kremlin sans les quitter de l’œil de peur de les voir s’effondrer et qui, après qu’on les avait  montrés à la foule pour bien prouver qu’ils étaient encore de ce monde, étaient rangés de nouveau dans leurs placards jusqu’à la prochaine utilisation publique. J’ai leur raideur, leur air absent, leur mobilité d’automates, leur voix éteinte. Et j’ai le corps brisé d’avoir tant toussé et de tousser encore. Mais c’est toute seule que je viens me montrer sur mon balcon : je ne vous y ferai pas une longue déclaration, parce que les mécanismes mentaux sont encore un peu rouillés, mais vous le voyez, je suis encore consciente, et même consciente de mes devoirs, que je reprendrai dès que possible. Pouvais-je vous donner une meilleure preuve de ma bonne volonté à votre égard, dites-moi, mes belins-belines ?

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lucette desvignes
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 11:36

Excuses en vers envers vous

 

 

Ne vous étonnez pas : une grosse bronchite

Avec fièvre et douleurs, accès de toux, frissons,

S’accompagne chez moi d’une alexandrinite

Qui soutient les derniers efforts de ma raison.

 

Je ne peux pas vraiment, mes belins, mes belines,

Me fixer  sur certains sujets dont, cependant,

Vous m’avez déjà vue dérouler les bobines

Avec maestria sur vos petits écrans.

 

Du devoir envers vous il ne subsiste guère

Que la conscience que je devrais vous guider

Depuis le grand matin sur les voies de lumière

Où vous et moi avons choisi de cheminer.

 

Alors pardonnez-moi. Si je vous versifie

Quelques explications pour mieux vous informer,

L’esprit, je le sens bien, en moi se raréfie :

Il vaut mieux, voyez-vous, retourner se coucher.

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lucette desvignes
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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 11:26

         Je sais bien que dans le contexte pascal actuel il serait contre-indiqué d’évoquer « Il est né, le divin enfant », mais je me sens toute gonflée du plaisir de vous annoncer la naissance de ce recueil de nouvelles tout lumineux, puisqu’il se situe sous le ciel italien avec ses mille nuances (ainsi, par exemple, le fait que sa couverture représente un des temples grecs les mieux conservés du territoire italique – avec Agrigente, Syracuse, Ségeste… en Sicile – vous incite dès le coup d’œil à vous épanouir sous le ciel de Paestum). Ah ! Paestum et ses lauriers roses et jaunes, dont je ne connais des jumeaux que sur les forums impériaux de Rome… C’est cet héritage grec si heureusement naturalisé dans la botte que j’ai aimé peindre et dépeindre, et les petites histoires du recueil s’égrènent du Lac de Garde à Ravello, de l’antre de la Sibylle aux Faraglioni de la côte amalfitaine. J’ai laissé un peu de mon cœur à chaque endroit de ce pays magique, et j’aimerais bien vous voir le sentir battre ici et là à votre tour. Les ciels, les lacs, les côtes, la lumière, les gens, les rythmes de la vie – ici le farniente plein de sagesse des vieux retraités du coin, là la frénésie trépidante dès que l’actualité la réclame. Et cette belle langue sonore qui chante, comme si chaque individu était un fan de Puccini en puissance…Ce voyage en Italie, vous en aurez plusieurs pour le même prix (15 €, c’est modique, non ?) puisque l’invitation s’intitule Italie, ô Italies…Et c’est aux Editions de l’Armançon, comme d’habitude.

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lucette desvignes
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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 15:54

         Je ne sais si je dois à Josée Dayan ou à Fred Vargas le plaisir que m’a causé la vision de L’Homme aux cercles bleus, mais j’ai passé une soirée agréable avec un polar sans prétention, joué « très théâtre », avec une intrigue intéressante qui se déroulait gentiment et, puisque la mode semble s’en être définitivement établie, persiflage et sarcasme de rigueur dans les relations entre enquêteurs. Le jeu équivoque de Charlotte Rampling – provocation et mystère, charme et opacité – ajoutait aussi son pesant d’intérêt à une intrigue traitée en dehors du tragique, même si deux ou trois cadavres figuraient au palmarès, artistement travaillés au couteau. Le commissaire adjoint qui carbure au petit blanc depuis les aurores me paraît emprunté, costume et bonhomme, à une série très faiblarde découverte à un moment où je m’intéressais aux policiers des séries françaises et étrangères – ce n’est pas le mieux de l’affaire. Je préfère, et de loin, les thrillers américains aux âmes bien noires, mais enfin. Au moins on pouvait suivre l’histoire sans ennui – chose que je n’oserais avancer à propos de Matrix : j’avais eu peur de passer à côté d’un de ces musts dont l’ignorance m’eût dévalorisée irréparablement, j’ai donc plongé dans un univers auquel je n’ai rien compris : ni l’intrigue, ni le lieu où ça se passe, ni ce qui se passe, ni ce que sont les personnages ou pourquoi ils recherchent un élu. Je ne sais pas si Matrix est une planète, une secte mauvaise, un mythe, une substance visqueuse, ni quels rapports la chose peut bien avoir avec nous. Croyez-vous vraiment qu’il y ait des cerveaux faits pour goûter ce genre de spectacle ? Pour ma part, j’en doute, mais c’est peut-être seulement l’encroûtement dû au grand âge qui me gâche la vision.

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lucette desvignes
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 08:29

Vous le savez aussi bien que moi, les démarchages par téléphone sont monnaie courante. Je crois bien que pas un seul jour dans la semaine – non, même le dimanche – n’échappe à cette servitude de la communication (servitude, exactement : comme si on passait sur le terrain où vous espérez faire une petite sieste à l’ombre sans que vous puissiez empêcher l’intrusion). Une fois que vous avez pris l’appel, le mal est fait, puisqu’on vous a dérangé. Trop tard entendu, il y a tout de même un signe qui permet de repérer que cet appel ne peut qu’être casse-pieds : c’est l’accent, toujours massacrant pour les phrases françaises, du démarcheur ou de la démarcheuse qui  répète Allo ! dans l’étonnement de ne pas vous entendre vous présenter (ce que jamais, au grand jamais, vous n’avez l’obligation de faire) puis qui, une fois les civilités enclenchées, vous débite son discours appris par cœur sans reprendre jamais souffle. Le massacre du français prend des formes légèrement différentes, mais c’est toujours un massacre. Quelques secondes suffisent pour qu’on sache de qui il s’agit (la présentation est toujours faite courtoisement) sinon de quoi il s’agit, bien que le débit cahotant se termine toujours par un « C’est bien votre cas, n’est-ce pas ? ». Je ne réponds plus, par lassitude, même si j’imagine au bout du fil une malheureuse Bulgare ou Tchéchène ou Ukrainienne ou Roumaine qui tente de survivre aux conditions terribles que son exil lui a imposées, et en dessous desquelles il n’y a plus que la prostitution. Mais j’ai plaisir à vous signaler que la voyance se fait aussi par téléphone, à un euro la minute c’est une véritable affaire. Imaginez le progrès réalisé depuis les gitanes au foulard de tête bordé de sequins tintinnabulants : c’était déjà miraculeux que votre passé et votre futur fussent aperçus dans la paume de votre main gauche, mais à présent, dites voir un peu ! Même plus de paume ni de main gauche, et pourtant on sait tout ce qui vous est arrivé, et on vous fait part de tout ce qui va vous arriver. Ne me dites pas que nous ne vivons pas une époque exaltante !

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lucette desvignes
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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 09:40

Le présentateur de Margin Call, hier soir, annonçait une plongée dans le monde des traders au moment des prémisses de l’effondrement mondial. En soi le thème ne m’attirait guère (j’en suis toujours restée à la moralité de l’abbé Prévost dans l’histoire de Manon et de Des Grieux : dès que l’argent n’existe plus, dans la colonie où on les a déportés comme indignes, ils redeviennent des modèles de vertu, c’est l’argent, moteur de toutes les vilenies de la société, qui corrompt les êtres), mais Jeremy Irons et Kevin Spacey valaient sans doute le coup, d’autant que ledit présentateur évoquait l’intensité avec laquelle on souhaitait jusqu’au bout que l’opération pût réussir. En vérité, je ne me suis sentie nullement concernée par les affres de cette poignée de traders qui détenaient les clés de l’équilibre financier du monde. Mais j’ai pu constater in situ l’horreur de cet univers du chiffre où se brassent les milliards en achats, ventes, tractations de toute sorte impossibles à suivre pour les non initiés (le super boss et son adjoint réclament qu’on leur expose in English la situation qui les réunit en urgence au milieu de la nuit, car ils ont « fait leur carrière autrement que par les chiffres », aveu stupéfiant tout de même qui souligne l’irresponsabilité des décisions planétaires qu’ils peuvent prendre) Cerveaux d’élite, consacrés uniquement à faire évoluer des rangées de chiffres et à en tirer des déductions astronomiques de croissance ou d’effondrement… Des services entiers d’hommes et de femmes superdoués – et dévoués, en plus, ce qui mérite d’être souligné – sont licenciés après une déclaration du boss qui en quelques phrases ruine des dizaines de destins.Pas l’ombre d’un sentiment dans ce contexte glacial totalement déshumanisé. Seulement, en ouverture et en conclusion, le chagrin d’un homme qui pleure la mort de sa chienne et qui l’enterre dans sa pelouse…

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lucette desvignes
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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 09:04

Hier c’était à Autun la grand’messe annuelle (je ne parle pas de celle des Rameaux à Saint-Lazare, mais de celle de la lecture et  du livre, tenue à  bout de bras par une soixantaine de bénévoles mobilisés toute l’année, et pas seulement pour les 48 heures que dure la fête). A deux exceptions près j’y participe tous les ans – c’était ma quinzième fois, donc - càd que je me laisse avec bonheur inviter, convoyer, héberger, chouchouter dans une atmosphère que je ne retrouve nulle part ailleurs. Est-ce parce que ces célébrations se situent au cœur de ma chère Saône-et-Loire, que j’y retrouve un accent bien-aimé en prime par-dessus les retrouvailles avec tant de gens sympathiques, figures familières et affectueuses, vieux copains que je ne vois qu’une fois l’an, sur fond de déambulations d’un public qui ne donne pas trop l’impression d’être venu voir les lions en cage ? En tout cas je ne connais pas de meilleur rechargeur de batteries. J’en repars gonflée à bloc, émue de ces attentions que je n’ai jamais vu fléchir, stimulée par les rencontres inattendues dont certaines, j’en suis sûre, vont se développer dans l’avenir. Choc précieux de ces atomes qui s’accrochent sensiblement, profondeur étonnante de l’entente au bout de quelques minutes où l’élan se précise, où l’on découvre le partage des ressentis,   la communauté d’idées et d’émotions primant encore sur celle des goûts…Et l’amitié avec laquelle les lecteurs repartent en serrant votre livre sur leur cœur et en vous disant « A l’an prochain ! » en y croyant, cela vous fait chaud partout. Serrage de boulons avec les uns, ouverture sur des plains pieds inédits avec les autres… Il fallait bien être Autunois pour avoir su inventer la formule.

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lucette desvignes
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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 18:21

Blog du 11 avril, à compter pour le 12 avril 2014 :

 

         Quand on évoque Harry Truman (pas celui de Twin Peak, ce merveilleux honnête homme de shérif, mais le maigrichon petit bonhomme qui a donné l’ordre de lâcher les deux bombes à Hiroshima et à Nagasaki), on peut rester perplexe devant cette chétive figure rabougrie sans couleur ni expression, en la découvrant responsable de ces carnages diaboliques. Comme si cette responsabilité ne suffisait pas à priver l’individu de tout espoir de rédemption aux yeux de la postérité pour les siècles des siècles, il paraît, d’après les dires de ceux qui l’ont connu ou qui ont étudié sa vie et ses œuvres, qu’il faut en rajouter une couche si on veut avoir une juste vue de ce qu’on lui doit. C’est lui qui, après d’infinies et incessantes magouilles pour être le vice-président aux côtés d’un Roosevelt en quatrième mandat mais s’acheminant vers la mort, attendait son heure aux commandes des USA pour organiser la guerre froide. Avec une seule visée au milieu de tant de problèmes si graves : défier les Soviétiques, leur faire peur faute de pouvoir les détruire tous jusqu’au dernier. Ainsi, les deux bombes atomiques n’avaient pas tellement pour objet d’épargner la vie de milliers de soldats américains qui luttaient contre le Japon, mais bien plutôt de montrer aux Russes à la fois qu’Oncle Sam avait bien la bombe du diable et n’hésitait pas à s’en servir – vu, les Russkofs ? Dès lors, course aux armements pour rattraper les retards, menaces permanentes, téléphone rouge entre complices d’un même côté (pas celui du rideau de fer et de tout ce qui se cachait derrière, mais officiellement celui des apôtres du bien qui, eux, n’avaient rien à cacher, pas de CIA, pas de FBI, rien dans les mains rien dans les poches, l’agneau qui vient de naître, on vous dit !). Une fois les jeux faits…

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lucette desvignes
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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 11:47

         Après ce grand coup de faim de cinoche, j’avais cru qu’un bon vieux western intelligent et pas trop banal me laisserait rassasiée. Point ! mes belins-belines, l’appétit m’est revenu, et sous sa forme dévorante, quand j’ai vu Elena et les Hommes au programme de la chaîne d’Histoire (à cause sans doute des relations parodiques existant entre le général Rollan et le général Boulanger : mais les marionnettes complotantes autour de leur héros et le général Rollan lui-même – Jean Marais, c’est tout dire – n’ont d’historique que des attitudes caricaturées, lui-même recherchant désespérément à faire passer l’amour avant la politique). Aucun autre film n’a ce pouvoir de vous dilater de la première séquence à la dernière, le sourire éclatant et le rire irrésistible d’Ingrid Bergman servant de fil rouge en boucle. Et ces hilarantes scènes de foule, pendant la revue du général Rollan, filmées sans mouvement de caméra pour mieux faire ressortir les courants et contre-courants de ces badauds coincés comme des sardines, avec les mêmes sujets bousculés, emportés et ballottés, la mère de famille déposant le bébé dans les bras de  n‘importe qui pour pouvoir apercevoir le général dans le télescope en carton qu’on lui prête et qui circule, comme le bébé, de bras en bras, un maigrichon petit bonhomme qui brandit en vain une ombrelle de dentelle – celle de la princesse Elena qu’elle a perdue – servant d’indicateur des poussées en tous sens travaillant les masses comme un levain à l’œuvre et dessinant malgré lui avec ce jalon d’étranges arabesques dans cette marée humaine…Et les couleurs, et la chaleur, et la gaieté – et quelle élégance de ce couple radieux Bergman-Ferrer !. Si Poutine le voyait tous les matins, ce film, je suis sûre que les rapports entre les peuples s’amélioreraient, et durablement.

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lucette desvignes
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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 09:14

Eh bien voilà, mon envie de soirée cinéma est passée. Parce qu’elle a été assouvie : L’Appât, d’Anthony Mann. Je ne l’avais pas vu depuis bien longtemps et je croyais que ce serait une redécouverte, mais dès les premières images – cette rencontre avec le vieux chercheur d’or et son bourricot – je me reconnaissais. Les personnages, le jeu des uns et des autres, le thème, le rythme…Robert Ryan et son sourire sarcastique et mauvais, qui traverse presque tout le film les mains liées par une corde ; l’adjonction à ces types de Western sauvage d’un renégat de l’armée sudiste, avec son cynisme, ses ruses, son courage – et l’amour de la prime (Robert Ryan vaut 5.000 dollars de l’époque) qui entraînera sa perte ; et puis, du côté du chasseur de prime occasionnel qui en même temps assouvit sa vengeance, la juste dose de brutalité et d’intransigeance  pour faire admettre in fine que James Stewart soit sensible à l’amour, au point de renoncer à toucher la prime en présentant le corps du bandit aux autorités : en l’enterrant sur place parce que la compagne du mort le supplie de ne pas monnayer sa victoire, il enterre ses espoirs de richesse mais il gagne l’assurance d’une vie nouvelle à ses côtés. A trois ou quatre reprises il y a des éboulements de rochers, arme dont se sert le fugitif tel l’homme des cavernes depuis le haut de l’escarpement d’où on le débusque : on a du mal à croire qu’ils sont tous en pierre, ces rochers de toute taille, et par moments on se croirait revenus dans les studios d’Universal, à Hollywood, où on explique aux visiteurs les trucs les plus courants de l’ancien cinéma de papa (c’est ainsi qu’après avoir été soumise à un catapultage de rochers où j’aurais dû laisser la vie, je me suis retrouvée fraîche comme un gardon : comme on dit en patois bressan : « Au tombe roide mort, au se r’lève, point d’mau ».

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lucette desvignes
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