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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 08:43

Mea Culpa N°1641 : Pardon pour le bégaiement initial de ces deux lignes fâcheusement répétées.

 

Arrivé à une fourche de son destin, le héros tragique doit choisir : Hippolyte doit-il tromper son père et céder aux avances de Phèdre son ardente épouse ou repousser ses avances pour rester fidèle à son serment de virginité ? Trompeuse liberté : s’il cède, il s’expose aux foudres d’Athéna dont il est depuis longtemps le célébrant ; s’il ne cède pas, c’est – par le truchement de Phèdre qui va peaufiner sa vengeance – s’exposer aux foudres d’Aphrodite la ravageuse, « tout entière à sa proie attachée »… De même, Oreste revenu d’exil est déchiré entre deux musts : s’il venge son père Agamemnon, c’est qu’il accepte de tuer sa mère Clytemnestre; s’il refuse le matricide, il est coupable de parricide, puisque la mémoire de son père réclame de lui l’exécution de la vengeance. On peut les opposer – et c’est certes une question tout à fait au cœur de notre sujet – à Rodrigue ayant à choisir entre venger son père Don Diègue insulté par Don Gormas, le père de Chimène sa fiancée (donc tuer Don Gormas en duel et se gagner à jamais la haine de Chimène) ou laisser aller les choses, donc sans s’aliéner  sa fiancée mais en trahissant l’orgueil de la famille et en perdant l’estime de soi en même temps qu’en désespérant  son père. Les fameuses Stances de Rodrigue, où il « balance » entre les deux solutions, dressent tour à tour deux tableaux que le Cid trouve aussi inacceptables l’un que l’autre : « Mourir sans tirer ma raison ? »…pour aboutir à un constat délabrant : « Que je meure au combat ou meure de tristesse… ». Et certes la rencontre entre les fiancés séparés par ce choix douloureux est pleine d’une rare émotion : « Rodrigue, qui l’eût cru ? – Chimène, qui l’eût dit ? / Que notre heur fût si proche et si tôt se perdît… ». Mais le Cid choisit librement, les yeux ouverts : il a choisi l’honneur de la famille en refusant l’amour (s’il regagne ensuite in extremis l’amour de Chimène, c’est parce que Corneille veut bien arranger les choses pour les amoureux, c’est en dehors de notre sphère tragique). Rodrigue peut évaluer et se décider pour ce qui lui apparaît le mieux, ou disons le moins pire : Oreste ou Hippolyte, eux, sont l’enjeu de deux divinités qui s’affrontent à mort. Ils ne peuvent en ressortir autrement que brisés à jamais : l’un traîné derrière ses chevaux en folie, l’autre devenu fou par la force de l’épreuve.

 

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lucette desvignes
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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 10:07

 

Les héros de la mythologie, donc de l’Histoire magnifiée par la légende, assez extraordinaires pour être choisis comme héros de théâtre bénéficiaient d’un statut littéraire

Les héros de la mythologie, cette Histoire magnifiée par la légende, choisis comme héros de théâtre, bénéficiaient tous d'un statut mixte : ils étaient des hommes, mais leur destin fixé par la tradition les avait sortis du lot, exhaussés presque au rang des demi-dieux. En tout cas, c’était une donnée de base que leurs exploits fussent suffisamment retentissants pour indisposer les dieux, lesquels dès lors jetaient sur eux un regard implacable qui ne leur pardonnait rien. Qu’ils l’aient voulu ou non, leur gloire – victoire, triomphe, succès – les avait amenés à dépasser les limites de leur modeste statut d’humains, donc de piétiner les plates-bandes réservées aux Olympiens. Crime de lèse-majesté impardonnable… Leur attitude commune, à ces héros qui allaient payer cher leur gloire, c’était l’hubris, autrement dit l’excès, le dépassement, le franchissement des limites – et aucun d’eux ne pouvait échapper à la vindicte divine. Etre trop grand, trop beau, trop riche, trop fort, trop pur même, comme Hippolyte (qui a choisi  Athéna, la chasteté, comme déesse de cœur alors qu’Aphrodite le guettait comme une proie), c’est s’exposer : le « Pour être heureux vivons cachés » de la sagesse millénaire en est une parfaite illustration. Se faire remarquer, même dans le domaine du bien ou du beau, entraîne immédiatement son châtiment. Héraklès en a trop fait, lui qui est venu à bout de ces douze travaux impensables : il rentre chez lui près de sa femme aimée, il fait ses ablutions avant de franchir son seuil, il a fait aux dieux les sacrifices habituels – mais, quand on est un simple humain, rentre-t-on chez soi tranquille avec en laisse le chien des Enfers ? Donc, Lissa la folie, envoyée par les dieux, le guette dans son entrée et l’aveugle : il perd l’esprit et croyant protéger les siens d’une attaque félone extermine toute la famille, épouse et enfants. Voilà ce que c’est que de montrer aux dieux qu’on peut rivaliser avec eux en force et en courage. Méditez bien cet exemple frappant, cela facilitera les choses pour nous par la suite.

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lucette desvignes
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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 12:52

         La formule du tragique, telle qu’on la reconstitue à partir de confrontations diverses tirées des écrits de l’antiquité grecque, est la base même de toute construction théâtrale, si l’on excepte la comédie dont les structures et les formes occupent un autre territoire. A cette recherche esthétique, elle mêle la philosophie et la mythologie dont elle retrouve toutes les traces dans les textes mêmes des grands tragiques, essentiellement  Eschyle, Sophocle et Euripide, chacun d’eux illustrant la formule par une pratique personnelle. La confrontation de base est celle des héros – les personnages célèbres, grands de ce monde que les dieux ont brisés – au terme d’un combat avec le destin invariablement vainqueur. Reprendre l’histoire d’Œdipe, d’Héraklès, d’Electre ou d’Oreste (qu’à l’époque de la grande civilisation athénienne tout le monde connaissait par cœur) amenait à faire réfléchir  sur le sens à donner – si possible – à leur chute succédant à leur royale grandeur : sont-ils responsables ou non d’en être arrivés là ? qui a orchestré leur chute, leur accablement et leurs souffrances, leur mort ? Cette notion de responsabilité se trouve incluse au cœur même du traitement accordé à ce morceau d’histoire ou de mythologie qu’on a transformé en pièce de théâtre tragique. Changeons d’ère avec une comparaison saugrenue : lorsque deux autos s’encastrent l’une dans l’autre au sommet d’une double pente, c’est que l’une d’elles   roulait à gauche ; dans la mesure où son conducteur y perd la vie, sa mort  n’a rien de tragique, car il est responsable de l’accident. Il y a tragique si l’autre conducteur est tué, lui qui roulait bien à sa droite sans dépasser la ligne jaune et sans excès de vitesse, car il ne porte aucune responsabilité dans sa mort et son écrasement et la question du pourquoi ? se pose avec intensité. C’est cette notion lourde de sens qu’il nous faut garder devant les yeux au cours de cette petite excursion dans la tragédie. Vous voyez qu’on n’est pas encore arrivés à Corneille et Racine : tiendrez-vous le coup jusque-là ?

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lucette desvignes
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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 11:43

         Entre un fond d’œil (avec jets d’air piquants comme une giboulée d’avril) et une instillation de gouttes pour dilater,  puis enfin un ultime examen qu’il s’agit d’obtenir aussi satisfaisant que possible, vu les circonstances, j’utilise au mieux le temps des phases de repos pour poursuivre mon analyse des héros tragiques – pour laquelle, j’avoue, je n’ai reçu ni approbations enthousiastes ni non plus protestations irritées, ce qui m’a permis de garder le cap envisagé. Oh je m’imagine bien, mes belins-belines, que depuis votre sortie du secondaire et sauf exceptions exceptionnelles la différence de conception entre les héros cornéliens et les héros raciniens doit relever pour vous d’un pesage d’œufs de mouche sur des balances en toiles d’araignées, selon la formule que Crébillon fils appliquait à mon cher Marivaux. Et, en fait, l’ignorance de ce résultat des courses n’a jamais ni empêché le monde de tourner, ni même gêné la carrière de quiconque. Tout de même, je ne vois pas pourquoi on se gausserait d’une occasion de remettre à leur place les personnages dont les examens à coups de serpe des collèges et lycées ont ôté tout intérêt, d’autant qu’ils font partie de notre patrimoine littéraire, si chevrotant et mal parti qu’il soit. Le tragique est traditionnellement assimilé à la  chute d’une statue sur un individu qui passait par là justement : c’est dire qu’il faut analyser ses raisons d’être présent au moment de la chute de la statue mais aussi admettre l’écrasement de l’individu, qu’un accident (sur les raisons duquel il convient de s’interroger) a tout simplement rayé de la surface de la terre. Donc par définition le tragique doit comporter la mort, voire l’écrasement de l’individu. Le Titus de Racine s’arrachant à sa Bérénice  est potentiellement mort, tandis que le Polyeucte de Corneille qui a recherché le martyre a certes perdu la vie mais est tout le contraire de terrassé. Qu’on ajoute Horace  ou le Cid, ou Hippolyte victime de Phèdre, et on a un beau petit lot à étudier, comme on disait au XVIIIème… Si le cœur vous en dit…

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lucette desvignes
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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 09:12

         J’avais, il y a peu, fait allusion aux progrès irréversibles de l’amélioration des conditions de vie en insistant sur un point particulier qui se présentait à moi : la voyance par téléphone. Je ne pensais pas engager un contact avec quelqu’un qui manifestement est de la spécialité, mais le fait est que j’ai reçu un commentaire que je vous livre dans son intégralité :  « La voyance par téléphone est facile à utiliser pour consulter une voyance (sic) parce que vous pouvez rester chez vous en téléphonant ». Admirable précision ! C’est vrai : quand on a recours au téléphone, on peut rester chez soi … Voilà ma lanterne judicieusement éclairée sur un point à propos duquel je n’aurais pas osé trancher toute seule. Toutefois, cela mis à part, les problèmes restent entiers : si vous n’avez pas devant vous une boule de cristal où la voyante peut tout lire de vous, passé et futur, tout ce que vous ignorez et tout ce que vous voudriez cacher, ou tout aussi bien si vous ne pouvez présenter votre paume gauche où les lignes de la main sont si évidentes pour les spécialistes que votre portrait, votre destin et celui de vos proches s’imposent indiscutablement, rien ne peut se faire. Mais j’y songe, moi l’irréductible sans portable ! Peut-être que tout peut s’arranger grâce aux engins tout récents où, à partir d’une coquille de noix, on peut avoir la télé, de la musique, faire de la photo, contacter le diable et son train…En ce cas, vous  pouvez montrer patte blanche à la voyante grâce à votre écran minuscule : ce n’est pas sûr que dans ce petit format elle verra bien vos lignes de vie, de cœur, de tête, mais à l’autre bout de la lorgnette elle a probablement les loupes et engins grossissants qui lui faciliteront la tâche. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, et cela s’inscrit dans la grande ligne d’évolution des sociétés : sur aucun point de l’activité humaine on n’arrête le progrès. Je ne vois pas pourquoi la voyance stagnerait dans ses pratiques moyenâgeuses…

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lucette desvignes
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 12:22

         Peut-être que pour vous ce chiffre est lettre morte. Pourtant quelle belle résonance…6 juin 1606 naissance de Corneille – « Le Cid » servi sur un plateau pour ses trente ans… Le théâtre du sublime, de l’héroïsme qui s’écartait du tragique, voilà deux notions qui de mon temps n’étaient pas analysées ni explicitées avec assez de force et de pertinence. On  vous opposait catégoriquement le dramaturge ancien qui « peignait les hommes comme ils devraient être » et le dramaturge plus tourmenté – avec Port-Royal dans les arrière-plans – autrement dit le cher Racine, qui « peignait les hommes tels qu’ils sont », passions et faiblesses en tête, alors que pour Corneille c’étaient l’honneur et le panache qui passaient avant tout le reste.. Je sais bien que les notions de théâtre que j’avais aérées dans les premières années de mon blog sont lointaines et sans doute oubliées, à condition déjà que vous ayez été mes disciples à ce moment-là, ce qui n’a rien de certain. Je pense qu’il serait bon de revenir là-dessus (si cela vous contrarie, mes belins-belines, vous savez que faire) et je vais m’en occuper dès la reprise totale de mes activités énergétiques. Sachez seulement pour aujourd’hui que le tragique ne peut exister chez Corneille puisque ses héros sont consentants au martyre : méditez déjà là-dessus, creusez-vous si cela n’est pas clair. Et attendez-moi : je vous apporterai la lumière, n’en doutez pas.

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lucette desvignes
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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 10:36

         Bulletin de santé N°2 : Vous voyez, mes belins-belines, que cela se passe dans le désordre. Si je m’occupais bien de moi, je vous aurais déjà adressé  un rapport circonstancié chaque matin, bien à l’heure, avec pronostics ou simples constatations, mais si je suis heureuse de pouvoir vous garantir l’état de mes neurones c’est pour vérifier que les facultés d’indignation restent intactes.  Il semble que oui, toutefois cela épuise. Est-ce pour cela que frileusement les gens appelés à s’indigner sont si lents à se dégeler ?  Il y a de ces réactions qui devraient être instinctives, irrépressibles, automatiques – or il semble que tout un processus d’ébranlement, de déclenchement, de mise en route doive être mis sur pied, comme autrefois on devait se servir de manivelle pour faire démarrer une guimbarde récalcitrante. Je n’ai pas de manivelle dans mon arsenal de défenses, je suis donc obligée d’attendre que le démarrage se fasse de lui-même. Mais    la guenille est devenue si poussive, si lente ! Seulement j’ai ma bronchite qui traîne et résiste comme explication d’impuissance : avez-vous une bronchite vous aussi, mes belins-belines ? ou votre potentiel d’indignation est-il resté intact ? Gardez-le bien en bon état de marche, vous me ferez plaisir.

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 19:29

En guise de Bulletin de santé pour aujourd’hui (car mes catarrhes, tousseries diverses, fièvres et douleurs n’ont aucun espèce d’importance), je préfère vous montrer que mes forces d’indignation n’ont pas souffert de ma bronchite. En effet, je viens d’apprendre que, un an après l’effondrement de l’atelier de vêtements qui avait causé la mort de 1500 personnes sans compter d’innombrables blessés et handicapés à vie, deux choses sont à porter religieusement en médaillon double autour du cou. D’abord que le chiffre d’affaires pour l’année de l’ensemble des manufactures concernées a augmenté de 15%. Ensuite, que la première pincée (appelons ça un timide saupoudrage) des indemnités pour les morts, les handicaps, les privations de ressources des survivants, lesquelles indemnités ne sont acceptées que par une minorité des multinationales criminelles, la première pincée, donc, des compensations annoncées au cours des mois sans que le cœur y soit a été versée – tenez-vous bien – la semaine dernière seulement. Voilà de quoi nourrir l’indignation des braves nigauds qui avaient mouillé leur larme en apprenant qu’au moins, parmi ces multinationales de cauchemar, deux ou trois avaient conçu quelque remords. Moi j’en étais, de ces crédules nigauds. Donc, de toutes les forces qui me restent, je m’indigne je m’indigne je m’indigne. Faites comme moi.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 09:37

         Je me fais un peu l’effet d’un de ces vieux dirigeants soviétiques qu’on exhibait en les sortant de leur naphtaline pour les jours de grands défilés ou de grandes célébrations, qu’on aérait sur le grand balcon du Kremlin sans les quitter de l’œil de peur de les voir s’effondrer et qui, après qu’on les avait  montrés à la foule pour bien prouver qu’ils étaient encore de ce monde, étaient rangés de nouveau dans leurs placards jusqu’à la prochaine utilisation publique. J’ai leur raideur, leur air absent, leur mobilité d’automates, leur voix éteinte. Et j’ai le corps brisé d’avoir tant toussé et de tousser encore. Mais c’est toute seule que je viens me montrer sur mon balcon : je ne vous y ferai pas une longue déclaration, parce que les mécanismes mentaux sont encore un peu rouillés, mais vous le voyez, je suis encore consciente, et même consciente de mes devoirs, que je reprendrai dès que possible. Pouvais-je vous donner une meilleure preuve de ma bonne volonté à votre égard, dites-moi, mes belins-belines ?

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 11:36

Excuses en vers envers vous

 

 

Ne vous étonnez pas : une grosse bronchite

Avec fièvre et douleurs, accès de toux, frissons,

S’accompagne chez moi d’une alexandrinite

Qui soutient les derniers efforts de ma raison.

 

Je ne peux pas vraiment, mes belins, mes belines,

Me fixer  sur certains sujets dont, cependant,

Vous m’avez déjà vue dérouler les bobines

Avec maestria sur vos petits écrans.

 

Du devoir envers vous il ne subsiste guère

Que la conscience que je devrais vous guider

Depuis le grand matin sur les voies de lumière

Où vous et moi avons choisi de cheminer.

 

Alors pardonnez-moi. Si je vous versifie

Quelques explications pour mieux vous informer,

L’esprit, je le sens bien, en moi se raréfie :

Il vaut mieux, voyez-vous, retourner se coucher.

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lucette desvignes
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