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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 07:34

         Je sais bien que Fellini n’a jamais cherché à se gagner un public « passe- tout- grain » comme on dit en Bourgogne, autrement dit un public nombreux à ratisser de tous les côtés et en toutes les directions. Non seulement Fellini Roma ou Le Satiricon d’après Pétrone, mais La Voce della Luna (et j’en passe) n’ont jamais fait des risettes à une audience béatement admirative et facile à satisfaire, comme peuvent l’être par comparaison les lecteurs de Marc Lévy ou d’Anna Gavalda. Merci à lui pour ne suivre que la fantaisie de son inspiration : ses fidèles savent apprécier, goûter, trier si nécessaire sans qu’il soit besoin de leur faire un dessin ni de leur passer un mode d’emploi. Ainsi en va-t-il de cette Città delle Femmine, de cette Cité des Femmes où on pourrait croire qu’il a voulu une bonne fois pour toutes dire ce qu’il pensait de la femme tout au fond de lui, en s’exaspérant qu’elle ait pu tenir une telle place dans ses cauchemars et nourrir si fort ses obsessions bien connues. Cela donne quelque chose de frénétique, de vaguement dément, de dérangeant dans l’intrigue, la construction, les découpages, le déroulement… Finalement, malgré la beauté d’une ou deux femmes de rencontre qui déclenchent chez le malheureux Mastroianni des réflexes de vieux viveur aux instincts de pourceau, la gent féminine n’a guère à se féliciter de l’image qu’elle laisse avec ses criailleries, ses excès libidineux, son agressivité sexiste, même si la démonstration qu’elle expose pour se passer de l’homme a ses raisons d’être. Une œuvre à enfermer comme un livre entre ses deux couvertures, puisque le film s’ouvre et se referme sur la même adorable vision d’un vieux tacot brinquebalant plongeant sous un tunnel, comme deux parenthèses soulignant que le beau Marcello va traverser un cauchemar horrible mais qu’à peine réveillé d’une mauvaise sieste il va s’y replonger …                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

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lucette desvignes
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 08:24

         Samedi c’était le Blog N°1944 – j’avais bien dit que je ne ferais plus de correspondance entre la numérotation de mon billet quotidien d’humeur avec les datations historiques signifiantes, mais en toute vérité je ne peux pas laisser passer cette année des grandes douleurs (avec la découverte des camps d’extermination nazis, les convulsions de la Libération – que j’ai connues dans notre maison de campagne, sous les obus tirés depuis Givry, crispée et les mains sur les oreilles entre deux murs de refend de la maison, que mon père avait jugés la portion du logis la mieux apte à nous protéger en cas de bombardement direct : tous les détails dans Le Miel de l’Aube, je n’en menais pas large, et pas forcément rassurée de penser qu’en cas de pépin nous y passions tous) – puis de nouveau les grandes exaltations  de la libération de nos deux résidences, mais aussi les grandes et dévorantes inquiétudes du piétinement des armées américaines dans les Ardennes au fur et à mesure que l’hiver progressait sans que l’Allemagne nazie soit encore à genoux… Non, en toute honnêteté, je ne peux passer cette année-là sous silence. Je crois en effet que les gens de ma génération qui ont connu ces affres, ces espoirs, ces terreurs, ces joies  et qui se trouveraient par hasard à faire partie de mes fidèles, fût-ce de manière épisodique et ponctuelle, non, je crois bien qu’ils ne me le pardonneraient pas.

 

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lucette desvignes
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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 10:18

Mea Culpa immédiat : N° 1944 du 30 mai 2015, lire p.4 « les mêmes rythmes » au lieu de « les même rythmes ». Un doigt qui glisse sur les touches…

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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 10:11

Mea Culpa immédiat : N° 1944 du 30 mai 2015, lire p.4 « les mêmes rythmes » au lieu de « les même rythmes ». Un doigt qui glisse sur les rouches…

Mea Culpa immédiat : N° 1944 du 30 mai 2015, lire p.4 « les mêmes rythmes » au lieu de « les même rythmes ». Un doigt qui glisse sur les rouches…

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lucette desvignes
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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 10:03

         A peine debout – 7h45, c’est bien raisonnable, non, pour mon âge et mes fonctions dans la vie ? – il faut d’abord nourrir les chats, et cela prend du temps, non seulement parce qu’ils n’aiment pas tous la même chose et que je vais à la rencontre de l’appétit de chacun, mais aussi parce que les onze n’ont pas les même rythmes de vie et que certains tolèrent mal la présence des autres (oh il n’y a jamais de bagarres ouvertes, mais la manière subreptice dont chacun se comporte pour passer devant un ennemi potentiel – reins affaissés, lenteur incroyable, allure indifférente regardant ailleurs, croisement réalisé dans un presque immobilisme – fait durer le temps des rencontres, d’autant que, bonne âme, je n’ai jamais le courage de dire avec la fermeté voulue « Bon, ça suffit,  service de déjeuner terminé, allez on ferme ! » pour les retardataires qui sont précisément venus plus tard pour éviter les foules et se restaurer sans histoire). Ensuite il faut prendre connaissance des messages, répondre à l’amitié par l’amitié, aux affaires  par les affaires, aux propositions de pétition par des signatures vigoureuses (après sélection attentive des thèmes de rouspétance : par exemple, quand on me demande de m’associer à l’indignation des acheteurs américains de voitures d’occasions non garanties qui vous lâchent ou causent des accidents dès les premiers cinq cents kilomètres, je les laisse bien se débrouiller tout seuls avec leurs problèmes d’économie domestique). Ensuite il me faut penser un peu à moi – déjeuner, douche, tour du jardin – my goodness, comme on dirait outre-manche, ça prend du temps tout ça ! Enfin – ENFIN – me voilà toute à vous, mes belins-belines. Comme on dit au Canada de l’Ouest : toute fraîche et la queue en panache, je n’ai plus que vous sur mon horizon immédiat. Vous en avez de la chance…

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lucette desvignes
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 11:08

          L’entrée au Panthéon, avec son faste – solennité, recueillement, lenteur impressionnante de cette suspension de temps annonçant une mémoire pour l’éternité – m’est apparue aussi souhaitable que réussie. Choisis alors qu’ils venaient d’horizons différents et de convictions différentes, mais ayant payé de leur personne l’offrande de leur vie à la liberté de leur pays, la France, « sans distinction de sexe ni de primogéniture » comme on disait en Droit, les quatre Français devenus exemples pour la Nation reposent désormais dans le temple de la gloire : Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay, Pierre Brossolette. Je ne comprends pas qu’un tollé de protestations ait pu s’élever à propos de l’un ou de l’autre de ces noms – sauf si, l’antisémitisme qui règne en sous-main depuis Drumond refaisant surface parce que non éradicable de notre société obscurantiste, on conteste à l’un ou à l’autre sa présence dans ce quatuor glorieux (ce que pourrait faire aussi l’anticommunisme  à peine moins virulent qu’aux pires moments). D’ailleurs, même un membre UMP convaincu entendu sur LCI approuvait sans restriction, ce qui me paraissait l’attitude normale à avoir devant ce choix justifié. Quant à faire du discours de notre timonnier l’annonce éclatante d’un changement de stature dans les bottes nationales où il continue à se sentir droit et à l’aise, je ne sais pas d’où a pu venir à l’esprit de qui l’a formulée cette idée incongrue, mais elle me paraît de la plus évidente bouffonnerie.

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lucette desvignes
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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 08:45

         Avec mélancolie et quelque amertume, je constate les dégâts collatéraux – comme on dit si doctement – causés à la disposition des esprits par le repli sur soi dû à la crise. Là où par exemple une association caritative, après avoir envoyé son bulletin trimestriel montrant les ravages de la faim, ou de l’ébola, ou de la guerre, ou du braconnage de l’ivoire et des espèces rares à transformer en trophées de chasse ou en descendes de lit, avait trouvé des formules discrètes pour vous inciter à ouvrir le porte-monnaie, les techniques actuelles ont bousculé les comportements, chassé la délicatesse du contact et de l’appel d’aide. D’abord la relance ne vient pas tous les trimestres mais à intervalles de plus en plus courts. Ensuite  on vous met carrément les points sur les i : l’info ne sert pas à vous cultiver mais à attendre de vous une participation, laquelle vous est demandée sans ambages. Enfin, la liste des cases où figure un chiffre de don, qu’on aurait pu laisser vides pour vous laisser quelque initiative, commence déjà à un niveau étonnamment élevé, portefeuille et non plus porte-monnaie,  parfois assorti d’une appréciation toute en rondeur qui me semble-t-il manque de courtoisie (par exemple, avec 500€, que ce soit pour le forage de puits ou le sauvetage de trois oursons, pour l’installation d’un élevage de poules en Afrique ou pour les soins réservés aux éléphanteaux rescapés des massacres par les braconniers, on peut, vous dit-on énergiquement, commencer à lancer un programme). Et pas de dons ponctuels SVP, sauf grande urgence : nous préférons le prélèvement mensuel, et du moment que les impôts vous redonnent 75 ou 66% selon le cas, vous voyez bien que cela ne vous coûte presque rien. Je comprends bien que les ONG soient dépassées par les événements, par l’horreur, par la barbarie, par la misère…Tout de même, cet appel aux particuliers comme s’ils devaient remplacer les devoirs et participations de l’état est de plus en plus considéré comme une évidence, et ce n’est pas ainsi que cela devrait se passer.

 

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lucette desvignes
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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 08:10

         A partir de 1940, inutile d’associer les numéros de blogs à des datations précises : trop de choses dans l’année, trop de souffrances déjà (le rationnement commençait à se faire sentir pour le sucre et le café, sinon pour les poulets de Bresse qui au contraire, gênés dans les expéditions par chemin de fer et bloqués presque sur place, permettaient des agapes quasi hedomadaires à prix réduit au lieu des célébrations un peu solennelles donc beaucoup plus rares qui avaient jusque-là prévalu). Le froid d’un hiver terrible, l’impression que chaque camp restait aux aguets sur ses positions – nos soldats naturellement se faisant prendre par surprise quand le front boche se mettait en marche, défonçant tout, prenant à revers nos défenses imprenables (m’sieu Maginot, y fallait en mettre partout, de ces bunkers mirifiques, et pas rien que sur une portion de frontière, faut jamais faire confiance aux amis d’occasion, et d’ailleurs pas plus m’sieu Maginot que nos soldats n’étaient coupables, c’est plus haut qu’il fallait remonter pour trouver des responsables, parmi les médaillés à badine et monocle). Et puis la débâcle par là-dessus, toute la France sur les routes dans les embouteillages sous la mitraille d’avions se promenant déjà chez nous comme chez eux…Puis les retours si difficultueux en importuns dont les lieux de résidence sont occupés, les masses de prisonniers ou de fugitifs tentant de s’échapper, les familles juives ou les révolutionnaires espagnols reprenant ailleurs la direction d’un nouvel exil…Puis l’entrée dans quatre années d’occupation impitoyable : tout cela fait beaucoup pour l’an 40 et je n’ai jamais compris pourquoi on prétendait s’en balancer si facilement.

 

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 09:16

         L’arrivée dans mes comptes du numéro de blog quotidien s’accompagne d’évocations diverses. Tantôt c’est la mémoire automatique qui fonctionne toute seule, adjoignant à une date un événement historique immuable – 1515, Victoire de Marignan, 1610 Assassinat d’Henri IV… - ,  tantôt c’est le lien subjectif avec un incident personnel ou familial, avec une émotion, avec une image insistante… 1938 ne m’évoquait rien de spécial, éparpillée qu’était l’année entre divers repères de pouvoir à peu près équivalent. Mais 1939, puisqu’il en était question samedi… Ah la déclaration de la guerre, apportée chez nous par un voisin qui avait la radio et nous prêtait son poste (juste le temps d’entendre les communiqués officiels et la voix du nautonnier de l’époque avec ses enrouements)… Je nous revois encore regroupés à la cuisine autour des nouvelles, mon père, ma mère, le voisin (qui s’excusait des crachotements de son petit poste mal raccordé à la barre nickelée de la cuisinière), mon frère et moi gagnés par le fou rire à cause de ce terme de « friture » dont le voisin accusait son poste… Insensibles à la gravité de l’événement, nous essayions en vain de ne pas nous tordre de rire, et l’engagement immédiat des hostilités, à savoir la gifle maternelle équitablement répartie en calmant traditionnel, faisait figure de prémonition, car cette activité inopérante annonçait le peu de résultat des piétinements que nos soldats traverseraient pendant des mois de souffrances et d’engelures au cours d’un hiver dont la barbarie est restée exceptionnelle.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 09:35

         Voilà que je me trouve détournée du propos que je voulais vous soumettre aujourd’hui (mais n’ayez pas peur ! on y reviendra : vous le savez, je ne lâche pas davantage mes idées qu’un vieux chien ne lâche son os) par l’indignation de voir maltraiter notre langue. Un aéroport, un aéroplane : d’accord, ça vole dans les airs ou ça permet d’y avoir accès. Un aéropage : halte là ! Une assemblée de penseurs, cela n’a rien de léger, ça ne vole pas (et hélas ! quand ça essaie, souvent ça ne vole pas bien haut), inutile donc de rattacher le terme à l’idée d’air (aérien, aération) car il n’a rien à y voir. C’est aréopage qu’il convient d’employer, et je viens de hurler de voir le mot déformé dans un texte grave et douloureux sur le Moyen Orient – il ne me reste plus qu’à souhaiter que les autres lecteurs n’aient pas la même irritabilité d’épiderme que la mienne : car il me faut carrément me gendarmer pour faire abstraction de ce genre de scories de la forme, elles m’empêchent de juger du fond en toute sérénité. Et je viens de pêcher chez Picouly - mais oui, chez Picouly soi-même avec ses grands airs - un « Il ne se départ pas de son allure » qui ignore les bases de conjugaison : « se départir de » appartient au 2ème groupe (il se départit, il se départissait, en se départissant) alors que le voici conjugué comme s’il était du 3ème groupe, celui de partir (il part, il partait, en partant). Et sur la 4 de couv’ on nous annonce des « amours contrariés » - pourtant, « amours délices et orgues » sont féminins au pluriel, on  répète ça comme bijou-caillou-chou-genou-hibou-joujou-pou au rayon des pluriels en X quand on est mômes, alors pourquoi l’oublier ?... Est-ce qu’on oublie les paroles d’Au Clair de la Lune ?

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lucette desvignes
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