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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 20:16

         Mes belins-belines, mes escapades successives en Saône-et-Loire dont j’émerge tout juste se sont accompagnées d’une mise de petits plats dans les grands aujourd’hui même (mais oui, mes agneaux ! de cette journée aussi j’émerge tout juste) pour les quatre-vingt six ans du « petit frère » qui à mes côtés a traversé les cinq années de guerre et les quatre années d’occupation allemande en faisant les mêmes découvertes que moi de la peur, de la faim et de la mort. Le petit frère, oui ! Celui qui, avec trois ans de moins, avait l’instinct pratique de conservation dont j’avais grand besoin lorsque nous traversions la Saône sous les balles allemandes ou que, croisant une voiture allemande à l’air suspect (surtout que nous venions d’entendre un tir de mitraillette de l’autre côté du col que nous grimpions en danseuse : nous ne savions pas que nous allions trouver dans le fossé des Résistants assassinés deux ou trois minutes plus tôt, mais nous pouvions supposer une horreur de ce genre), il m’avait enjoint d’avoir l’air de rire avec lui d’une bonne plaisanterie, pour paraître innocents de toute curiosité dangereuse. C’était moi qui lui donnais des leçons de latin à l’occasion, mais c’est bien lui qui dans ces deux occasions m’a protégée de ses conseils et m’a peut-être ainsi sauvé la vie. Est-ce que ça ne valait pas un baba au rhum pour dessert ?

 

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lucette desvignes
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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 07:26

         Si vous lisez Vampÿr, dans mon recueil Nouvelles à chuchoter au crépuscule, vous découvrirez ce que c’est qu’une emprise. Possession vampirique par insinuation pour ceux qui y croient ou simples hallucinations liées à un changement de nature physiologique pour une jeune femme qui n’a pas encore pris conscience de l’événement inédit, peu importe : ce qui compte c’est cette impossibilité à échapper à cette force d’attraction et ce consentement à s’y abandonner avec satisfaction. Voilà ce qu’est l’emprise de la Saône-et-Loire pour moi : dès que je foule son sol, toutes mes racines et radicelles se mettent à fourmiller dans tous les azimuts, on dirait qu’elle se reconnaissent et qu’elles souhaitent entamer la transplantation sans attendre une minute. La semaine dernière, je faisais le circuit des maquis clunysois qui mélangeait dans une heureuse et féconde harmonie le connu et le découvert. Après deux jours dans le secteur Cluny, Cormatin, Cortevaix, Salornay, Sigy-le-Châtel et Bierre Saint-Ythaire, après avoir appris que les lieux appelés Bonnay sont toujours sur une colline parce qu’ils bénéficient des bonnes eaux, tandis que les lieux appelés Malay sont toujours dans une plaine où les eaux s’étalent et risquent de  croupir, voilà que je repars pour l’Autunois : c’est un peu chez moi aussi, non seulement parce que ma grand’mère maternelle, la Jeanne des Nœuds d’Argile, y a vécu ses dernières années et que j’ai passé bien des vacances au Lac des Settons où elle avait fait construire sa maison de campagne, mais aussi parce que le salon du Livre d’Autun, Lire en Pays autunois,  m’accueille les bras ouverts depuis sa fondation ou presque et que, si on excepte que René de Obaldia y soit venu il y deux ans à plus du centenariat dépassé, j’ai toutes chances de devenir la doyenne si je ne la suis pas encore. Comme quoi on peut toujours tirer vanité de ses  manquements et infirmités, dont le grand âge fait joyeusement partie…

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lucette desvignes
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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 19:48

         Retour de Saône-et-Loire ma patrie, après deux journées de printemps extraordinaires où les bouffées d’air frais sous le soleil doré vous débarrassent de l’âge, des pesanteurs, des morosités… Retrouver les œuvres des peintres que j’aime aux Ecuries de Saint-Hugues, surtout retrouver une vieille amie depuis longtemps non vue sinon, loin de là, absente de ma pensée. Flâner au hasard des pavés de Cluny, découvrir l’église fortifiée de Saint-Hipppolyte sur des circuits inédits, et le lieu-dit Mont-Rachet où fut plantée la première vigne dépendant de l’abbaye de Cluny (j’aime quand même mieux le Montrachet de Côte d’Or, c’est un de mes vieux habitués, et vous n’hésiteriez pas non plus), et Saint-Vincent-des Prés, et revoir Massy. Et puis Saint-Gengoux, la Rue Pavée d’Andouilles de chère mémoire, même si j’avais oublié qu’il s’agissait des petits galets ronds de la Saône et non de charcuterie locale au vin blanc. Retrouver par hasard, après une simple rencontre en 84, l’organisatrice de la première biennale de la poterie de Cluny qui m’avait choisie pour la présidence, nous reconnaître d’instinct après trente ans bien pesés… cela ne mériterait-il pas, pour accompagner le bonheur offert par le grand feu de bois dans la cheminée le soir ou les confitures maison du petit déjeuner sur des tartines de pain grillé (pourquoi, mais pourquoi donc me contenter d’habitude d’un bol de café au lait vite englouti pour accompagner les médications quotidiennes ?) d’entonner un chant d’action de grâces ?

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lucette desvignes
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 07:36

         Depuis ce matin me trotte par la tête (le soleil, la fraîcheur tonique, la présence du printemps) un petit bout de poème ravissant. Je vous le cite :

 

         Madame, regardez ! a dit une fillette,

         Et respirez comme il sent bon ce réséda.

         Ubaldine sourit : Non, c’est une alouette.

                   Et le réséda chanta…

 

Honte sur moi à tout jamais ! J’ai oublié l’auteur… Lucie Delarue-Mardrus peut-être ? ou Tristan Klingsor ? Honte à moi… Mais pas de raison pour que vous n’en profitiez pas au passage. Bonne journée !

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lucette desvignes
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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 08:42

         Je trouve dans ma boîte aux lettres des renseignements fort (im)pertinents (pertinents quant à leur but, fort impertinents de s’adresser à moi) concernant le moyen d’éviter la fiscalité. Tout est prévu, les calculs sont faits, il y a une échelle impressionnante dans laquelle vous n’avez plus qu’à vous repérer par rapport à vos possibilités de caisse. Mais attention, la barre est haut placée – à tel point que votre caisse devrait être une grosse caisse pour pouvoir donner de la voix. Ainsi par exemple on vous calcule vos exonérations d’impôts pour donations : tous les quinze ans, vous pouvez donner 100.000 € à chaque enfant, mais aussi à chacun de vos parents s’ils sont encore en vie (bless their soul ! dirait-on en anglais) : même si vous avez neuf ou dix rejetons, ça marche, 100.000 € par tête de pipe avec exonération totale de droits. Mais le reste de la tribu n’est pas oublié, même s’il vient seulement après : 80.724 € pour le conjoint, 31/865€ pour chaque petit-enfant, 15.932€ pour chaque frère et sœur, 7.967 € pour chaque neveu ou nièce, et même 5.310 € pour chaque arrière-petit enfant, même si vous en avez une tournée. Comment voulez-vous hésiter, devant une transmission qui s’effectue sans retenues ? Vous n’avez plus qu’à vous lancer. Je sais bien que c’est seulement tous les quinze ans, mais tout de même…. Ne laissez surtout pas passer l’occasion !

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lucette desvignes
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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 08:41

         On ne peut certainement pas me soupçonner d’une tendresse fanatique pour l’œuvre de Sir Alfred. J’ai parlé des Oiseaux il n’y a pas longtemps, j’ai déjà dit et répété que Psychose est une fausse valeur dont on ne sait pourquoi la critique s’est entichée (et ma foi, à force d’entendre parler d’un chef d’œuvre inégalé, copié, devenu culte avec des tremblements d’extase dans la phrase, le pauvre peuple impressionnable ne peut que suivre et se mettre à se pâmer) et j’ai, en motivant mes choix, extrait de la masse de films sans grande valeur à la fois Fenêtre sur Cour où à chaque vision on découvre quelque chose et  Vertigo          

 dont la construction est parfaitement remarquable ainsi que la vraisemblance sentimentale et obsessionnelle (dommage que la fin soit ridiculement élaborée). J’aime aussi Life Boat et l’insoluble question posée par sa conclusion, et puis deux ou trois intrigues bien combinées, comme  Dial  M  for Murder (Le Crime était presque parfait) ou encore le toujours divertissant La Main au Collet, avec une tendresse particulière pour ces Trente-neuf Marches qui me sont apparues comme la perfection de l’engloutissement du spectateur  dans une intrigue policière inextricable (c’était il y a longtemps).J’ai donc voulu voir hier ces Amants du Capricorne, et Ingrid Bergman et Joseph Cotten pouvaient servir de garanties. Las ! comme on disait au Grand Siècle, le romantisme affiché par Sir Alfred ne lui convient pas, de toute évidence : c’est faux, c’est plat, c’est convenu, c’est joué forcé et Comtesse de Ségur née Rostopchine.. Et ce n’est certainement pas le lamentable Cinquième Colonne offert en prime qui par son indigence en tout domaine devrait revernir le blason hitchcockien : ce navet époustouflant, on le regarde en rigolant de bout en bout.

 

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lucette desvignes
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 10:33

         Dans son émotion sans doute – car il m’avait connue depuis l’enfance – le maire qui m’a mariée s’est emmêlé les pinceaux dans une phrase dont il a eu du mal à sortir. Nous avions, nous,  eu du mal à nous retenir de rire, et par la suite mon mari rappelait ce détail chaque fois qu’il y avait quelque chose à reprendre dans la construction des phrases entendues à la radio ou plus tard à la télé, à l’aide d’une fabrication hardie qu’il énonçait avec emphase : « dont auquel il fallait s’y attendre que l’occasion serait à profiter » et dont nous avions fait une citation maison scrupuleusement respectée. Sans atteindre ce sommet, les artistes du petit écran ne se font pas faute d’étaler des fautes de construction dont ils n’ont jamais l’air de voir qu’elles auraient besoin d’une correction à l’encre rouge. Les professions de foi et flamboyantes promesses de la littérature tartinée sur les programmes d’élection tout récents et aussi éphémères, en recèlent par-ci par-là de savoureuses : « C’est de cette fidélité à nos grands principes dont nous pouvons être fiers »…Mais naturellement il y a aussi, hélas,  la gent écrivaine qui donne à la syntaxe du fil à retordre : « [la mer] c’est d’elle dont je me souviens en premier », dit un auteur fort à la mode – heureux encore qu’il  n’ait pas dit « C’est d’elle dont je me rappelle en premier » - oh cela doit bien se trouver quelque part, dans son œuvre ou ailleurs…

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lucette desvignes
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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 09:34

         La vision, hier soir, de la  Shoah de Claude Lanzmann arrive à point nommé pour rappeler l’ouverture des camps lors de leur libération, au printemps 44 et 45. Outre la dimension des lieux et leur côté secret, dans des forêts non peuplées ou sur des terres arides que personne ne cultivait, on est frappé, par-dessus l’horreur du projet (si inédit qu’il n’avait aucune paperasserie précédente pour y appuyer son fonctionnement administratif) par le problème essentiel qui très rapidement se posait aux autorités nazies : comment faire disparaître tant de gens, tant de corps, tant de vêtements ? Les wagons à bestiaux continuaient d’arriver et de déverser leur contenu humain, dont la moitié était morte de soif, de faim, de misère pendant les interminables heures de ces voyages de cauchemar. Or qu’en faire ? Le problème, pour les nazis, relevait seulement du pratique. Enterrer les corps dans des fosses, même conçues pour plusieurs strates superposées, n’empêchait pas la putréfaction, avec les gaz pestilentiels soulevant la terre. Les usines à gazer furent bientôt insuffisantes pour exterminer ces humains qui arrivaient sans arrêt,  même si elles fonctionnaient jour et nuit. Il fallut trouver d’autres solutions, dont l’incinération : les fours crématoires se mirent à fonctionner pour doubler le rendement de l’extermination par le gaz, et encore cela ne suffisait-il pas : le souci de ne laisser aucune trace de l’existence de ce carnage inspiré par la démence et mis au point par des fous meurtriers, qui s’imposait au moins la première année, disparut devant l’accélération de l’extermination. Deux points particuliers me rendent malade : certains wagons étaient des wagons pour voyageurs, avec des voyageurs assis bien  vêtus, qui jouaient aux cartes ou qui, du côté des dames, se maquillaient, et qui ignoraient tout de leur destination (est-ce même concevable ?).D’autre part, les rares résidents locaux continuaient à travailler leurs champs, ils voyaient le trafic des wagons à bestiaux, ils voyaient ces hordes d’humains qu’on en déversait, ils constataient que le lendemain ils avaient disparu mais ils ne se posaient pas la question de savoir comment ou  pourquoi l’escamotage s’était effectué… Cela rappelle la fin du film Le Chagrin et la Pitié, où la brave voisine dont les fenêtres donnaient au-dessus de Dachau, je crois, persistait à dire que pendant deux ans elle avait cru que l’armée brûlait des pneus usagés…

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lucette desvignes
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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 08:57

         J’ai appris hier soir avec une vive émotion l’admission de la Palestine au Tribunal international de La Haye chargé d’examiner les responsabilités des individus et des nations essentiellement pour faits de guerre. C’est un lent processus de reconnaissance qui s’est mis en branle péniblement, avec tant de barrages qu’on pouvait croire vouées à l’inutilité absolue les tentatives des gens de bonne volonté de donner à ce pays martyre un peu d’espoir et un peu d’air à respirer. Au bout de plusieurs décennies il s’est toutefois imposé à l’opinion, fût-elle indifférente et surtout passive, voire veule, qu’un pays qui résistait à l’oppression depuis plus de soixante ans, sans arrêt rongé sur ses territoires, humilié de toute manière, vivant dans des camps puisque expulsé hors de ses terres et ainsi réduit au chômage et à la mendicité, méritait sans doute d’être reconnu comme une nation dans ses droits et avantages – d’autant que ses droits et avantages lui étaient illégalement, indûment, impunément soustraits par la haine raciale et une inacceptable provocation à l’égard du monde. C’est une accession à la pleine reconnaissance quant à son identité de nation. Je ne pense pas que cela seul va contribuer à désembrouiller une situation calamiteuse, que les intérêts supranationaux et étrangers ne font que rendre encore plus éprouvante et injuste, mais du moins le pays tortionnaire va devoir prendre conscience que la planète a enfin décidé qu’il aurait des comptes à rendre.

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lucette desvignes
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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 09:36

MEA CULPA immédiat : N° 1901, lire « le XXème siècle » et non « la XXème si-ècle ». Sorry !

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lucette desvignes
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