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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 10:03

         A peine debout – 7h45, c’est bien raisonnable, non, pour mon âge et mes fonctions dans la vie ? – il faut d’abord nourrir les chats, et cela prend du temps, non seulement parce qu’ils n’aiment pas tous la même chose et que je vais à la rencontre de l’appétit de chacun, mais aussi parce que les onze n’ont pas les même rythmes de vie et que certains tolèrent mal la présence des autres (oh il n’y a jamais de bagarres ouvertes, mais la manière subreptice dont chacun se comporte pour passer devant un ennemi potentiel – reins affaissés, lenteur incroyable, allure indifférente regardant ailleurs, croisement réalisé dans un presque immobilisme – fait durer le temps des rencontres, d’autant que, bonne âme, je n’ai jamais le courage de dire avec la fermeté voulue « Bon, ça suffit,  service de déjeuner terminé, allez on ferme ! » pour les retardataires qui sont précisément venus plus tard pour éviter les foules et se restaurer sans histoire). Ensuite il faut prendre connaissance des messages, répondre à l’amitié par l’amitié, aux affaires  par les affaires, aux propositions de pétition par des signatures vigoureuses (après sélection attentive des thèmes de rouspétance : par exemple, quand on me demande de m’associer à l’indignation des acheteurs américains de voitures d’occasions non garanties qui vous lâchent ou causent des accidents dès les premiers cinq cents kilomètres, je les laisse bien se débrouiller tout seuls avec leurs problèmes d’économie domestique). Ensuite il me faut penser un peu à moi – déjeuner, douche, tour du jardin – my goodness, comme on dirait outre-manche, ça prend du temps tout ça ! Enfin – ENFIN – me voilà toute à vous, mes belins-belines. Comme on dit au Canada de l’Ouest : toute fraîche et la queue en panache, je n’ai plus que vous sur mon horizon immédiat. Vous en avez de la chance…

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lucette desvignes
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 11:08

          L’entrée au Panthéon, avec son faste – solennité, recueillement, lenteur impressionnante de cette suspension de temps annonçant une mémoire pour l’éternité – m’est apparue aussi souhaitable que réussie. Choisis alors qu’ils venaient d’horizons différents et de convictions différentes, mais ayant payé de leur personne l’offrande de leur vie à la liberté de leur pays, la France, « sans distinction de sexe ni de primogéniture » comme on disait en Droit, les quatre Français devenus exemples pour la Nation reposent désormais dans le temple de la gloire : Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay, Pierre Brossolette. Je ne comprends pas qu’un tollé de protestations ait pu s’élever à propos de l’un ou de l’autre de ces noms – sauf si, l’antisémitisme qui règne en sous-main depuis Drumond refaisant surface parce que non éradicable de notre société obscurantiste, on conteste à l’un ou à l’autre sa présence dans ce quatuor glorieux (ce que pourrait faire aussi l’anticommunisme  à peine moins virulent qu’aux pires moments). D’ailleurs, même un membre UMP convaincu entendu sur LCI approuvait sans restriction, ce qui me paraissait l’attitude normale à avoir devant ce choix justifié. Quant à faire du discours de notre timonnier l’annonce éclatante d’un changement de stature dans les bottes nationales où il continue à se sentir droit et à l’aise, je ne sais pas d’où a pu venir à l’esprit de qui l’a formulée cette idée incongrue, mais elle me paraît de la plus évidente bouffonnerie.

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lucette desvignes
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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 08:45

         Avec mélancolie et quelque amertume, je constate les dégâts collatéraux – comme on dit si doctement – causés à la disposition des esprits par le repli sur soi dû à la crise. Là où par exemple une association caritative, après avoir envoyé son bulletin trimestriel montrant les ravages de la faim, ou de l’ébola, ou de la guerre, ou du braconnage de l’ivoire et des espèces rares à transformer en trophées de chasse ou en descendes de lit, avait trouvé des formules discrètes pour vous inciter à ouvrir le porte-monnaie, les techniques actuelles ont bousculé les comportements, chassé la délicatesse du contact et de l’appel d’aide. D’abord la relance ne vient pas tous les trimestres mais à intervalles de plus en plus courts. Ensuite  on vous met carrément les points sur les i : l’info ne sert pas à vous cultiver mais à attendre de vous une participation, laquelle vous est demandée sans ambages. Enfin, la liste des cases où figure un chiffre de don, qu’on aurait pu laisser vides pour vous laisser quelque initiative, commence déjà à un niveau étonnamment élevé, portefeuille et non plus porte-monnaie,  parfois assorti d’une appréciation toute en rondeur qui me semble-t-il manque de courtoisie (par exemple, avec 500€, que ce soit pour le forage de puits ou le sauvetage de trois oursons, pour l’installation d’un élevage de poules en Afrique ou pour les soins réservés aux éléphanteaux rescapés des massacres par les braconniers, on peut, vous dit-on énergiquement, commencer à lancer un programme). Et pas de dons ponctuels SVP, sauf grande urgence : nous préférons le prélèvement mensuel, et du moment que les impôts vous redonnent 75 ou 66% selon le cas, vous voyez bien que cela ne vous coûte presque rien. Je comprends bien que les ONG soient dépassées par les événements, par l’horreur, par la barbarie, par la misère…Tout de même, cet appel aux particuliers comme s’ils devaient remplacer les devoirs et participations de l’état est de plus en plus considéré comme une évidence, et ce n’est pas ainsi que cela devrait se passer.

 

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lucette desvignes
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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 08:10

         A partir de 1940, inutile d’associer les numéros de blogs à des datations précises : trop de choses dans l’année, trop de souffrances déjà (le rationnement commençait à se faire sentir pour le sucre et le café, sinon pour les poulets de Bresse qui au contraire, gênés dans les expéditions par chemin de fer et bloqués presque sur place, permettaient des agapes quasi hedomadaires à prix réduit au lieu des célébrations un peu solennelles donc beaucoup plus rares qui avaient jusque-là prévalu). Le froid d’un hiver terrible, l’impression que chaque camp restait aux aguets sur ses positions – nos soldats naturellement se faisant prendre par surprise quand le front boche se mettait en marche, défonçant tout, prenant à revers nos défenses imprenables (m’sieu Maginot, y fallait en mettre partout, de ces bunkers mirifiques, et pas rien que sur une portion de frontière, faut jamais faire confiance aux amis d’occasion, et d’ailleurs pas plus m’sieu Maginot que nos soldats n’étaient coupables, c’est plus haut qu’il fallait remonter pour trouver des responsables, parmi les médaillés à badine et monocle). Et puis la débâcle par là-dessus, toute la France sur les routes dans les embouteillages sous la mitraille d’avions se promenant déjà chez nous comme chez eux…Puis les retours si difficultueux en importuns dont les lieux de résidence sont occupés, les masses de prisonniers ou de fugitifs tentant de s’échapper, les familles juives ou les révolutionnaires espagnols reprenant ailleurs la direction d’un nouvel exil…Puis l’entrée dans quatre années d’occupation impitoyable : tout cela fait beaucoup pour l’an 40 et je n’ai jamais compris pourquoi on prétendait s’en balancer si facilement.

 

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lucette desvignes
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 09:16

         L’arrivée dans mes comptes du numéro de blog quotidien s’accompagne d’évocations diverses. Tantôt c’est la mémoire automatique qui fonctionne toute seule, adjoignant à une date un événement historique immuable – 1515, Victoire de Marignan, 1610 Assassinat d’Henri IV… - ,  tantôt c’est le lien subjectif avec un incident personnel ou familial, avec une émotion, avec une image insistante… 1938 ne m’évoquait rien de spécial, éparpillée qu’était l’année entre divers repères de pouvoir à peu près équivalent. Mais 1939, puisqu’il en était question samedi… Ah la déclaration de la guerre, apportée chez nous par un voisin qui avait la radio et nous prêtait son poste (juste le temps d’entendre les communiqués officiels et la voix du nautonnier de l’époque avec ses enrouements)… Je nous revois encore regroupés à la cuisine autour des nouvelles, mon père, ma mère, le voisin (qui s’excusait des crachotements de son petit poste mal raccordé à la barre nickelée de la cuisinière), mon frère et moi gagnés par le fou rire à cause de ce terme de « friture » dont le voisin accusait son poste… Insensibles à la gravité de l’événement, nous essayions en vain de ne pas nous tordre de rire, et l’engagement immédiat des hostilités, à savoir la gifle maternelle équitablement répartie en calmant traditionnel, faisait figure de prémonition, car cette activité inopérante annonçait le peu de résultat des piétinements que nos soldats traverseraient pendant des mois de souffrances et d’engelures au cours d’un hiver dont la barbarie est restée exceptionnelle.

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lucette desvignes
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 09:35

         Voilà que je me trouve détournée du propos que je voulais vous soumettre aujourd’hui (mais n’ayez pas peur ! on y reviendra : vous le savez, je ne lâche pas davantage mes idées qu’un vieux chien ne lâche son os) par l’indignation de voir maltraiter notre langue. Un aéroport, un aéroplane : d’accord, ça vole dans les airs ou ça permet d’y avoir accès. Un aéropage : halte là ! Une assemblée de penseurs, cela n’a rien de léger, ça ne vole pas (et hélas ! quand ça essaie, souvent ça ne vole pas bien haut), inutile donc de rattacher le terme à l’idée d’air (aérien, aération) car il n’a rien à y voir. C’est aréopage qu’il convient d’employer, et je viens de hurler de voir le mot déformé dans un texte grave et douloureux sur le Moyen Orient – il ne me reste plus qu’à souhaiter que les autres lecteurs n’aient pas la même irritabilité d’épiderme que la mienne : car il me faut carrément me gendarmer pour faire abstraction de ce genre de scories de la forme, elles m’empêchent de juger du fond en toute sérénité. Et je viens de pêcher chez Picouly - mais oui, chez Picouly soi-même avec ses grands airs - un « Il ne se départ pas de son allure » qui ignore les bases de conjugaison : « se départir de » appartient au 2ème groupe (il se départit, il se départissait, en se départissant) alors que le voici conjugué comme s’il était du 3ème groupe, celui de partir (il part, il partait, en partant). Et sur la 4 de couv’ on nous annonce des « amours contrariés » - pourtant, « amours délices et orgues » sont féminins au pluriel, on  répète ça comme bijou-caillou-chou-genou-hibou-joujou-pou au rayon des pluriels en X quand on est mômes, alors pourquoi l’oublier ?... Est-ce qu’on oublie les paroles d’Au Clair de la Lune ?

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 09:48

         J’ai eu, dans les décennies précédentes, plus d’une trentaine d’iris somptueux, couleurs grosseur vigueur forme (oh ces bords frisottés, oh le contraste entre le cœur blanc pur et les sépales jaune délicat, oh les orangés flamboyants, oh les cramoisis chiffonnés en glace à la groseille, oh les roses dans toutes leurs nuances, crevette, bonbon anglais, rose thé,  aurore) – de quoi, en pleine beauté de la floraison, faire freiner les conducteurs longeant ma grille. J’en ai alimenté plusieurs jardins, ceux d’amateurs incrédules devant tant de splendeurs et mendiant « deux ou trois rhizomes quand ce sera le moment », ceux des proches, des amis eux aussi amateurs de raretés… Bref je comprenais enfin le sens profond du portrait de La Bruyère dont je n’avais pas perçu la vérité en l’étudiant en Quatrième, comprenant plus aisément que pour l’amateur d’iris la folie de l’amateur de prunes - de toute façon  n’était-ce alors que folie, cet engouement qui en Hollande vit la ruine de plusieurs familles ne rêvant que d’acquérir des bulbes de tulipes noires au XVIIème…. Ma folie douce n’a jamais été poussée à ces extrêmes, mais j’ai aimé mes iris et leur générosité, leur parlant au cours de mes promenades au jardin, pendant de longues années. Et puis les plus délicates espèces se sont fragilisées, n’ont plus donné, ont disparu. D’autres ont cherché à revenir à leur floraison d’origine, celle d’avant qu’on ne les contrarie par de savantes opérations de botanique supérieure, greffes ou semailles. D’autres ont tout simplement pâli, comme sous le poids de l’âge… Mélancolie de songer à ce qui fut et qui n’est plus...

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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 08:34

         Sic transit gloria mundi : ainsi a-t-on l’habitude de souligner que la célébrité n’a guère de durée, la mort ramenant toute gloire à l’aune commune. On peut certes comprendre qu’une fois la mort arrivée, la défense par elle-même de la célébrité en question perde beaucoup de son acumen. On peut plus difficilement admettre, après due constatation dans les faits, qu’un artiste déjà installé sur une orbite remarquable cherche à en descendre (ou y réussisse en croyant qu’il grimpe vers de nouveaux sommets – très franchement, je ne sais trop ce que pourraient être les sommets d’une orbite, mais enfin j’espère que vous comprenez le sens de cette métaphore osée). C’est toujours une sensation mélancolique, pour ne pas dire déchirante, que de voir un talent se perdre, se fourvoyer – et cela, sans doute parce que l’inspiration s’essouffle mais surtout parce qu’il ne fait que se contempler dans la glace, ce talent (autre métaphore : mais celle- là, sans être géniale loin de là, s’accepte sans trop de mal et peut être comprise par tout le monde). C’est la pire des choses pour l’aveuglement, car ce tête à tête permanent avec son image souriante entraîne  automatiquement la satisfaction, empêche la remise en question si indispensable au progrès, barre toute suggestion de renouvellement . Et si les thuriféraires s’en mêlent, comment voulez-vous que le talent puisse retrouver le chemin de sa vérité ?

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lucette desvignes
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 09:57

Mea Culpa immédiat : N°1936,  ligne 2 : Lire "le 8 et son pont" (et non "et son point"). Sorry...

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 09:50

         Ce beau mois de mai rutilant, qui n’est certes pas le mois des patrons (certes non ! le 1er et son pont, le 8 et son point, l’Ascension, le lundi de Pentecôte… aïe aïe aïe pauvres patrons qui doivent payer sans contrepartie ouvrière) m’a déjà à deux reprises fait perdre la date. A deux reprises je me suis crue trois jours d’avance. Heureusement que la datation de mon blog se fait automatiquement, car si la tâche m’était confiée je ne sais à quel imbroglio je nous aurais amenés, vous et moi, mes belins-belines (ou plutôt je le sais bien, puisqu’à la main, sur les copies que je garde, j’ai à deux reprises écrit des dates de la plus haute fantaisie). C’est comme pour le sens de l’heure : je découvre soudain qu’il est 21 heures, et certes la luminosité de la journée a baissé, mais pour un peu je poserais mon livre pour me préparer du thé, croyant pour de bon avoir encore bien du temps devant moi avant les plumes. Et mes chats ne peuvent plus guère me servir d’horloge, eux qui restent dehors aussi tard que possible à profiter de la terre chaude même après le coucher du soleil. Ce serait beau qu’on pût mettre pareil mois de fleurs, de couleurs, de senteurs, de lumière entre parenthèses , comme un chef d’œuvre parfaitement réussi cette année, afin d’en redemander un pareil chaque année (sauf pour le 1er mai où les vendeuses de muguet devaient s’abriter sous les porches pour ne pas être trempées comme des canards – oui, à part ce fâcheux démarrage, ce mois de mai 2015 pourrait bien être choisi comme l’étalon pour tous les mois de mai à venir. Et tant pis pour M. Gattaz et consorts : c’est bien là la seule arme qu’on puisse leur opposer…

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lucette desvignes
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