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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 18:09

         Les chaises musicales, c’était l’avant-propos, c’était juste pour donner une idée du scénario – à la fois peut-être annoncer  que ça n’était pas une première, qu’au contraire on avançait en terrain déjà bien familier et que la technique en était admirablement maîtrisée, et aussi inciter tout un chacun à se convaincre que  la simple proclamation de cette pratique allait dans l’imminence entraîner la solution de tous les problèmes. Après, il y a eu la passation des pouvoirs. J’en ai manqué un bout mais ce que j’en ai vu m’a apaisée. Mais oui, apaisée – comme sur un paquebot en perdition l’orchestre vous joue de la musique sur les ordres du capitaine (que ce soit « Plus près de Toi mon Dieu », vous me direz, c’est un choix – mais ça vous apaise en théorie). Apaisée, oui : car les voir tous souriants, à l’aise, réunis en fraternité et se passant le micro avec courtoisie, cela changeait de la morosité de ces derniers temps où on aurait bien pu s’imaginer que tout était fichu. Grâce à cette petite cérémonie, on a bien vu qu’il n’en était rien. Chacun d’eux, gracieux et plein d’accortise, a résumé son petit bilan sans dissimuler sa satisfaction, dispensé les conseils à son successeur (avec doigté et délicatesse naturellement), bref laissé à l’autre une situation bien balayée, ce qui était fort rassurant pour nos inquiétudes. Mais surtout l’autre – le nouveau (ou le renouveau) -  s’agrippait au micro enfin à sa portée avec une fébrilité qui laissait bien augurer de ses capacités, de sa dévotion à la chose publique, de ses projets personnels qu’il allait désormais pouvoir développer, avec le sentiment du « Enfin seuls ! » des jeunes mariés d’autrefois au soir de leurs noces quand cela signifiait un monde de découvertes intéressantes. Désormais il n’y a plus qu’à attendre. Attendons.

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lucette desvignes
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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 10:52

 

        Le petit jeu des chaises musicales n’a rien des petits jeux de salon qui avaient cours dans les milieux doués d’esprits et d’aisance de parole de l’Ancien Régime, tel le récit interrompu qu’il fallait reprendre et étirer dans une tout autre direction. Les chaises musicales se jouent plutôt à la fin des banquets, quand tout le monde est las de danser et de boire et qu’on trouve sympa de ne pas encore se séparer (ou plutôt qu’on ne trouve pas l’énergie de proclamer la dissolution du rassemblement). C’est pourquoi on reste encore entre soi, pas mal délabré défraîchi épuisé mais entre soi : et on dispose de chaises sur lesquelles se précipiter quand la musique s’arrête. Rien de plus bête, au fond, rien de plus mécanique que cette course à la chaise – encore faut-il en trouver une libre sur laquelle se laisser tomber. Notre timonier a décrété le grand nettoyage de printemps sous prétexte de remise à la mode de cette vieille danse devant la chaise : mais au lieu de laisser les choses se faire, c’est lui qui commande, cela ôte de la gaieté au divertissement et cependant les spectateurs se tordent de voir comment on prend les mêmes pour recommencer « sur nouveaux frais », comme dirait mon cher Marivaux. Les vieux restent en place (l’armée, l’intérieur, les finances, l’économie – alors que précisément ce seraient ceux-là qu’il conviendrait d’évacuer), quant aux nouveaux on sait qu’ils disaient non il y a deux jours mais qu’ils ont dit oui hier matin (puisqu’on leur offrait une chaise ils n’allaient pas rester debout, tout de même !). Et quoi qu’on leur donne à faire ou à décider, même s’ils n’en connaissent même pas la première syllabe, ils se disent qu’ils tiendront bien encore un an et demi, quitte à se cramponner à leur chaise puisqu’on les a si gentiment invités à s’asseoir.

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lucette desvignes
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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 18:45

         « Permettez-moi de vous féliciter, me dit à peu près toutes les semaines, avec un exquis raffinement de courtoisie, le directeur financier d’un catalogue sur lequel je fais de temps à autre une commande : vous avez gagné… » (alors suivent des sommes fabuleuses, des 25.000 €, une fois 50.000, des 8.500  - pourquoi cette singularité ? – ou des 15.000, des 6.000, des 4.350 – là encore, on s’étonne – jusqu’à atteindre le pur et simple pourboire, 7 ou 8 €, qu’il appelle modeste participation aux bénéfices). Cela au seul niveau des annonces : je n’ai bien entendu jamais gagné autre chose que des queues de poires, une fois il me manque le bon numéro, une autre fois j’avais bien le numéro gagnant mais je le partageais avec une autre félicitée et c’est elle qui empochait et non moi… bref tous les cas de figures envisageables se succèdent et les félicitations cessent dès qu’on me découvre comme loser (et je vous assure qu’en américain le terme est chargé d’un lourd mépris). Reste cette délicatesse à me demander permission pour me féliciter. De quoi me faire sentir honteuse : est-ce que je vous demande des permissions, moi ? Il est peut-être temps que je m’améliore… Aussi vais-je vous demander l’autorisation de vous parler de mes chats. Hier soir, en cercle autour de mon livre, de la place pour trois sur ma table : deux corbeilles en polaire douillette, entre les deux un vaste espace occupé par un doux molleton. Les corbeilles sont occupées, même si Maxence (qui pèse sept kilos) déborde de tous côtés. Mais il usurpe, c’est la place de mon Hysope. Qui saute sur la table, constate les faits, se tourne vers moi pour que j’intervienne. Non, non ! débrouille-toi ! Donc elle se  débrouille. Elle s’avance jusqu’à ses aîtres, vient frotter son nez contre celui de Maxence, donne un minuscule coup de langue. Maxence ouvre les yeux, juge la situation, me regarde – débrouillez-vous tout seuls ! Parfait ! il est le chef, il doit donner le bon exemple. Il bâille pour me dire « D’accord », se lève pesamment, à la Robert Mitchum, se laisse retomber entre les deux corbeilles sur le molleton (où il a d’ailleurs beaucoup plus de place) et se rendort immédiatement. Hysope s’empare de son territoire enfin libéré, reste assise quelques minutes comme pour avoir une meilleure vue des positions stratégiques, me regarde avec insistance (t’as vu, hein ? c’te autorité ?), et même un sourire  en coin ( entre femmes, on peut s’ le dire : c’est pas courageux, du mâle !) et clôt l’incident en se roulant en un turban qui occupe deux fois plus de volume que d’habitude.

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lucette desvignes
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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 08:23

         C’est comme cet ê à lui tout seul, spécialement et injustement dans le collimateur de nos gendarmes du beau langage ! Ces magiciens de là-haut avec leurs cisailles et leur myopie n’ont donc jamais appris que c’est la graphie réduite pour es ?  Qu’une forest n’est pas un foret ? Qu’une conqueste n’a aucun rapport avec une coquette ? Qu’une beste n’a rien d’une bette à côte ? Je ne veux pas épuiser le NPLI pour vous renseigner, mais vous pourrez aisément continuer. Et reprendre avec le â qui veut dire as, ainsi dans le bât d’un âne ou d’un mulet qui n’a rien à voir avec un bas, qu’il soit en nylon ou en laine. Et qui nous défendra de la confusion entre côte et cote désormais, puisqu’il y a déjà belle lurette que nos magiciens de la télé ne font plus la différence (les cotes bretonnes ont-elles la cote ? les pylones ont été pilonnés, et cette crainte pudique de dire « le nôtre »quand il le faudrait, et qu’ils nous remplacent par un  « le notre »comme une note de musique  qu’ils trouvent plus distingué) ? Ah la la, mes belins-belines, je vois l’avenir en sombre pour mes yeux comme pour mes oreilles. Je vous assure que je tiens compte des décisions d’en-haut quand elles signifient : ainsi, le 22 mars 1968 (belle date, hein ? celle qui déclenchait tout !) j’avais annoncé à mes étudiants que je ne corrigerais plus leurs « par contre » - deux prépositions ne doivent pas se suivre – en un bel « en revanche » comme je l’avais fait jusqu’alors dans leurs dissertations, puisque l’Académie autorisait l’entorse à la grammaire ; c’était là une adhésion aux nouvelles règles qui prouvait ma docilité.. Mais ça pouvait se défendre. Aujourd’hui j’ai envie de m’épingler un bel insigne : « Touche pas à mes accents » ! Mais je vais me faire lapider !...

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lucette desvignes
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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 10:52

         Sauf si vous regardez une page d’anglais (vous savez bien que les Anglais ne font jamais rien comme tout le monde), vous allez voir partout dans les autres langues des accents qui vont donner du relief à la graphie. Pas tous les mêmes, bien sûr : du nord au sud, une réjouissante diversité, qui certes ne simplifie rien mais qui montre que dans chaque pays on n’en fait qu’à sa tête et selon sa tradition. Des O barrés en travers, ou surmontés d’un O minitature, des ä ou des ü ou des ö en allemand pour empêcher la prononciation normale du u, du o ou du a, le papillonnement des accents italiens, les è, les à, les i avec accent mon dieu que c’est joli tout ça,  et les esprits des initiales grecques (ces apostrophes   ou ces accents graves  exhaussés d’une ligne) ou encore le iota souscrit,  niché entre les deux rotondités de l’oméga, et les accents circonflexes renversés du roumain ou des langues d’Europe centrale, les virgules collées aux  t pour singulariser la prononciation… bref partout des accents, qui font partie intégrante de la langue. Qui la poétisent, qui lui donnent son caractère. Qui la signent. Et puis qui surtout ont leur fonction précise depuis la nuit des temps. Or c’est le moment que choisissent nos cerveaux à nous (ah ! pauvres de nous et des petites Chinoises !) pour tonsurer nos cheveux en trop. Soyons modernes, bougre de bigre ! Que viennent faire le é de  blé, le â de château alors qu’on peut le prononcer comme chaton, le ê de frêne alors qu’on pourrait si bien dire Freine ! Freine ! Voyez, mes belins-belines : un monde nouveau s’ouvre à nous !

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lucette desvignes
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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 09:41

         D’ici à ce que la réforme de la langue ait été bichonnée, raisonnée, discutée, peaufinée, allongée, amendée, amoindrie, votée et acceptée, nous avons encore de beaux jours devant nous. Non que la suppression des tirets ou traits d’union soit une mauvaise chose : à mon humble avis c’est même une bénédiction, chaque tradition routinière s’imposant en dehors de toute logique. Pourquoi entre temps et entrechat ? ou contretemps et contre-pouvoir ? ou contrefaçon et contre-lettre ? C’étaient là des entraves incompréhensibles. Mais qu’est-ce que c’est que ces Filippe, ces farmarcies, ces filodendrons, ces filosophies, ces fysionomies qui vont se mettre à la botte du nénufar ? Car c’est du nénufar que tout est parti, sans que là-haut ils aient su faire la différence entre un mot exotique, qu’il est logique de simplifier, et les racines ou préfixes grecs qui depuis vingt siècles structurent notre vocabulaire ? Et qui continuent : car tous les mots récents de chirurgie ou de médecine se construisent sur des souches grecques, avec le psi, le phi, le chi intacts puisqu’à eux seuls ils ont déjà pratiquement du sens…Alors permettez qu’on proteste, qu’on s’indigne, qu’on s’insurge !:Ou alors qu’on adopte l’écriture phonétique, telle que la pratiquent déjà les jeunes qui ne savent pas écrire mais qui jacassent sans cesse dans leur besoin immodéré de communiquer. Qu’on adopte un espéranto, un volapück, un bichlamar (entendez : bêche-de-mer) pour se comprendre entre gens de rencontre qui vont juste avoir à échanger des notions de base, manger, dormir, boire, payer, promenade, avec les gestes ça aide. Je n’ai rien contre, et ça peut être une facilité de débroussaillage du minimum pour les migrants. Mais pardon ! dès qu’il s’agit d’une réflexion, d’une conversation, d’un échange intelligent d’idées ou d’émotions, laissez-nous le génie de la langue, laissez-nous son  orthographe même si elle vous pose problème de temps à autre !....

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lucette desvignes
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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 10:51

         Très en vitesse alors, mes belins-belines ! C’est la dictée du Zonta à Beaune, vous pensez que je ne peux manquer ça ! (d’ailleurs, les pauvres, comment feraient-ils tous puisque c’est moi qui ai le texte ?). Mais grave incertitude pour aujourd’hui : ces remaniements de la grammaire et de l’orthographe (contre lesquels je suis à peu près farouchement entêtée) dont on parle avec emphase depuis deux jours faute de trouver autre chose de réjouissant dans l’actualité, visent surtout les tirets et traits d’union (là je suis d’accord : la routine acceptée est tout à fait illogique), mais ils concernent aussi, plus subtils à étudier, la suppression des accents circonflexes, or ceux-ci n’ont pas la même fonction selon les termes, en particulier dans les conjugaisons. On va donc pouvoir dire « Je ne soupçonnais pas qu’il écrivit si bien » au lieu de « qu’il écrivît » - vous n’y voyez que du bleu sans doute, mais mois j’y vois un gouffre où tombe notre civilisation. J’aime mieux m’arrêter là, je reprendrai ces commentaires à humeur reposée. Bonne journée – et, pour les Beaunois, bonne dictée !

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lucette desvignes
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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 11:13

PASSAGE DU TEMPS

 

Les années passent

elles ont passé

elles qui s’égrènent à la sauvette

sans carillonner

sans même prendre conscience

qu’elles s’enchaînent l’une à l’autre

en nous ligotant telles les mouches

dans la toile de l’épeire

Elle qui a d’abord joué avec sa proie

 les liens tout doux d’abord de soie

à peine à peine sensibles

d’abord impalpables

presque réconfortants avec leur douceur

et leur tendresse

C’est d’avoir répété cette douceur

cette précautionneuse attention

C’est d’avoir multiplié ce geste

en soi si impalpable

qu’elle a terminé son jeu

qu’elle a révélé son dessein

la mort lente de la proie

emprisonnée dans des liens de soie

garrottée jusqu’au souffle

jusqu’au cœur

jusqu’à l’âme

 

Et nous, laissés à nos solitudes,

garrottés par le temps

sans le moindre espoir de résilience

dévastés délabrés en ruines

tenant debout par miracle

dans ce linceul  de soie

le cœur inerte

le souffle détruit

l’âme morte

 

5 février 2016

 

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lucette desvignes
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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 08:49

         Le fonctionnement des élections aux Etats-Unis fait naître des problèmes là où il n’y en aurait pas : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et ce choix de l’Iowa puis de l’Ohio comme états étalons peut aussi laisser pensif. Donc les premiers résultats, non seulement partiels mais encore parfaitement trompeurs (on peut être défait ici puis vainqueur ensuite, ou vice-versa), ont repoussé l’horrible Donald Trump en troisième position, ce qui doit  rabattre son caquet ainsi que celui de son égérie du moment, l’inusable Alaskaise prénommée Sarah. D’autant qu’on lui prédit  que son ennemi sera le pion N°4, autrement dit le représentant des fondamentalistes chrétiens dont on connaît le comportement quand ils sont à l’œuvre. Reste l’exploit de Bernie Sanders, qui a financièrement atteint pour sa campagne populaire le niveau des sommes récoltées par les grands partis officiels, et qui, sans la moindre aide autre que le parti des petites coupures, talonne Hillary malgré les coups en vache qu’elle ne lui ménage pas pour le faire lâcher prise. A mon avis, il y a trop de naïfs et d’innocents qui croient en lui pour que les autres ne lui réservent pas un ultime coup de Jarnac, à lui qui est naïf et innocent. Mais c’est toujours tonique de voir les petits faire la nique aux grands.

 

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lucette desvignes
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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 09:19

         J’aime bien me tenir à l’écart des jugements qui s’affrontent, dans le bruit et la fureur, à la sortie d’un film sur lequel tout le monde se précipite – 37°4 le matin, Titanic, The Artist…J’attends mon tour, en général deux ans plus tard (le temps qu’il faut pour que la Télé s’empare des circuits distributeurs) et je juge au calme, quand les clameurs se sont tues. Les qualités et les défauts des films n’ont changé en rien, deux ans tout de même suffisent parfois pour qu’un thème ou un style aient vieilli – rien à regretter. Et on est désormais sourd (encore plus qu’en leur temps) aux commentaires pro et contra que charrient les médias avec complaisance. C’est ainsi que j’ai vu cette histoire d’Adèle, comme si vraiment le film d’Abdellatif Kechiche méritait tant de bruit. On nous parlait avec componction des limites que les actrices devaient ou ne devaient pas dépasser, celles auxquelles il les avait contraintes… En vérité, on ne sent nulle contrainte dans les ébats des demoiselles, et le thème général du film, qui est la découverte du plaisir sexuel chez une adolescente, et qui passe par le garçon, puis la fille, puis l’un et l’autre, est très mal traité, en un émiettement de brèves séquences, à grand renfort de déplacements, de coups de fil, de séances de travaux pratiques (on voit bien que pour le réalisateur c’est cette portion-là qui a seule compté). De vagues invraisemblances dans les tempi, les rythmes scolaires, la vie de famille (ce bonheur des spaghetti à la Bolognaise dans les deux maisons !) insèrent mal le scénario dans une réalité quotidienne. A fait beaucoup verser d’encre, mais aurait pu rudement mieux faire.

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lucette desvignes
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