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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:50

         Savez-vous combien il vous en coûterait s’il vous prenait envie d’aller en pèlerinage à La Mecque ? 5.000 €, ma bonne dame, et comme il se doit vous ne seriez pas sûr d’en revenir. Car vous devez être préparé à n’en pas revenir du tout : il y a toujours des incidents de parcours (erreur de direction ou de manœuvre dans le rituel) qui dégénèrent en catastrophe sur les lieux mêmes. Surtout que, si vous êtes tombé, vous n’avez pas le droit de vous relever ni par vous-même ni si on vous aide (ce qui est d’ailleurs improbable parce que non permis) : une fois gisant vous devez attendre que les pèlerins continuent leur course effrénée et vous passent dessus – oui, une fois tombé vous savez quel sera votre destin. C’est pour cela que, si vous avez décidé de faire le pèlerinage, il ne faut pas attendre d’être trop vieux : il faut au contraire être en pleine vigueur pour pouvoir s’en tirer au cas d’accident dramatique. Mais comme vous n’avez en général pas 5.000 € à votre disposition tant que vous n’êtes pas vieux… Problème !

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lucette desvignes
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 08:51

         Pour Hamlet, finalement, la question est simple (si Shakespeare ne lui avait pas consacré un si admirable commentaire, on aurait pu dire qu’elle ne méritait que les affres de l’hésitation entre les deux termes de l’option) : doit-il souffrir d’intolérables humiliations et souffrances ou s’y soustraire en s’ôtant la vie ? Pour moi, l’interrogation que je soulevais il y a deux jours (est-ce que j’existe ?) garde son flou aussi bien dans la manière dont elle est conçue que dans la réponse à lui donner. J’en veux pour preuve cette anecdote déconcertante : pendant plus de 25 ans, j’ai présenté des artistes (peintres ou sculpteurs) à leurs vernissages d’expositions, et ces présentations avaient suscité une véritable fidélisation. A l’une des toutes dernières, une dame se présente avec enthousiasme (elle avait enfin vaincu sa timidité pour s’approcher de moi), me félicite avec émotion de savoir si bien expliquer la peinture et ajoute qu’elle vient d’apprendre que je publie aussi des romans et des nouvelles. Les bras m’en tombent… Etre motivé par mon nom, me suivre de vernissage en exposition par plaisir de m’entendre – et ne pas savoir que j’existe en tant qu’écrivain, alors que la publication se fait régulièrement sous mon nom et que 24 fois on a pu la voir dans les vitrines des libraires en un peu plus de trente ans, ce qui n’est pas si mal (d’autant qu’il y a là-dedans six gros pavés qui en valent deux ou trois et que je n’ai  mentionné ni le théâtre ni les traductions et publications américaines) ! C’est là la cause de mon trouble : existé-je oui ou non ? Je ne demanderais pas d’arriver à l’écroulement après avoir négocié par la dédicace d’immenses piles  de livres pour de longues files d’attente qui piétinent avec une bovine patience jusqu’à la plume vénérée … mais tout de même un petit quelque chose, quoi ! Histoire de bien vérifier que j’occupe une place sur cette planète…

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lucette desvignes
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 08:47

         Pour Hamlet, finalement, la question est simple (si Shakespeare ne lui avait pas consacré un si admirable commentaire, on aurait pu dire qu’elle ne méritait que les affres de l’hésitation entre les deux termes de l’option) : doit-il souffrir d’intolérables humiliations et souffrances ou s’y soustraire en s’ôtant la vie ? Pour moi, l’interrogation que je soulevais il y a deux jours (est-ce que j’existe ?) garde son flou aussi bien dans la manière dont elle est conçue que dans la réponse à lui donner. J’en veux pour preuve cette anecdote déconcertante : pendant plus de 25 ans, j’ai présenté des artistes (peintres ou sculpteurs) à leurs vernissages d’expositions, et ces présentations avaient suscité une véritable fidélisation. A l’une des toutes dernières, une dame se présente avec enthousiasme (elle avait enfin vaincu sa timidité pour s’approcher de moi), me félicite avec émotion de savoir si bien expliquer la peinture et ajoute qu’elle vient d’apprendre que je publie aussi des romans et des nouvelles. Les bras m’en tombent… Etre motivé par mon nom, me suivre de vernissage en exposition par plaisir de m’entendre – et ne pas savoir que j’existe en tant qu’écrivain, alors que la publication se fait régulièrement sous mon nom et que 24 fois on a pu la voir dans les vitrines des libraires en un peu plus de trente ans, ce qui n’est pas si mal (d’autant qu’il y a là-dedans six gros pavés qui en valent deux ou trois et que je n’ai  mentionné ni le théâtre ni les traductions et publications américaines) ! C’est là la cause de mon trouble : existé-je oui ou non ? Je ne demanderais pas d’arriver à l’écroulement après avoir négocié par la dédicace d’immenses piles  de livres pour de longues files d’attente qui piétinent avec une bovine patience jusqu’à la plume vénérée … mais tout de même un petit quelque chose, quoi ! Histoire de bien vérifier que j’occupe une place sur cette planète…

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lucette desvignes
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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 10:42

         J’ai revu avec plaisir le « God knows, Mr Allison » (Dieu seul le sait) de John Huston. Je n’aime ni les films de guerre (sauf s’ils défendent une grande idée allant de pair avec mes indignations permanentes) ni les films d’aventure où seule compte l’action, et ce film se passe pendant la guerre du Pacifique et compte dans son déroulement pas mal de paliers qui en feraient facilement un film d’aventures. Mais je l’aime à cause de ce tête-à-tête savoureux du Marine pur jus et de la nonne de la plus pure eau forcés de vivre ensemble pendant des jours de détresse et d’abandon. C’étaient ces échanges que je retrouvais avec délices : chez le combattant, cette délicatesse instinctive qui d’emblée a vénéré l’habit de la religieuse, et chez la bonne sœur – si jolie : Deborah Kerr, rien de moins – cette compréhension de la rudesse de l’autre qui se fait respect et tendresse sans savoir ce qui se passe en lui. Oui, il a toutes les solutions pour le matériel et la débrouillardise, et pour le sacrifice de sa vie au moment venu, mais dès que le sentiment s’empare de la situation le voilà qui s’ouvre au questionnement le plus naïf  et le plus désireux de comprendre. Le parallélisme entre sa vocation de guerrier (en dehors de laquelle il n’y a rien) et la vocation de la religieuse (qui est tout aussi exclusive) se développe pas à pas, évoluant vers la tendresse, finissant par poser des questions irréfutables bien que – et c’est jouissance supplémentaire pour le spectateur qu’on laisse sur sa faim – l’avenir paraisse lourdement incertain. Sur une note finale plus éclatante, c’est l’évolution des positions initiales qui charme dans Pretty Woman, et je pense même que l’ouverture de l’homme d’affaires à l’amour pour cette femme de si humble origine est bien autant passionnante, sinon plus, que celle de sa partenaire évoluant vers les bonnes manières et l’exclusivité sentimentale : Pygmalion modèle sans le vouloir celle qui sera sa compagne idéale, mais c’est  la disposition sentimentale du modeleur qui, à chaque fois, me paraît fascinante à examiner. A chaque fois, oui, car il y a quelques exemples savoureux – je vous les garde pour une autre fois.

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lucette desvignes
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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 15:27

         Rien ne peut être plus tonique, plus euphorisant pour moi que ces contacts d’amitié qui se sont peu à peu établis avec ce petit groupe de fidèles, enhardis désormais jusqu’à concrétiser leurs réactions à mes propos. C’est un peu comme si leur oreille avait fini par prendre l’envie de se mettre à parler (vous la voyez, j’espère, cette oreille qui se met à bouger les lèvres ? On a depuis longtemps donné un nom aux licences poétiques, mais on n’a pas encore trouvé d’étiquette pour ces hardies figures de style qui contreviennent à toute logique et auxquelles cependant certains auteurs se croient autorisés avec entêtement - suivez mon regard). Oui, j’en suis arrivée à ce point revigorant où je me félicite de n’avoir pas jeté le froc aux orties, comme j’ai pendant des années eu envie de le faire – car que signifiait cette manière de s’adresser chaque jour à des belins-belines muets, sans doute disciplinés (sauf bien entendu les deux du fond, ces cancres qui causent au lieu de faire leur miel de mes discours) mais ne se manifestant pas par le moindre commentaire ? Comme Narcisse ne contemplant dans l’eau des sources que la beauté de son visage, j’allais finir par m’enivrer de ma pauvre voix – ou m’en décourager jusqu’à mettre la clé sous la porte. J’ai bien fait de tenir…Moi qui pensais n’exister que dans une clairière cernée par des sous-bois où le soleil ne s’aventure pas, tandis  qu’une fois franchie l’orée de la forêt la plaine toute baignée de lumière et descendant en pente douce jusqu’à la rive où les autres se baignent ne gardait de mon passage ni trace ni ombre, voilà que mon ombre s’est dessinée, voilà que mes pas  laissent une trace …Serait-ce à dire que j’existe ?

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lucette desvignes
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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 08:14

         J’ai déjà à votre intention, mes belins-belines (et ce n’était pas un hapax : il n’y a qu’à prononcer le mot devant moi et je bondis) exprimé mon horreur pour la notion même de bonzaÏ. Cette idée de réprimer, de tailler dans le vif, d’empêcher les pousses naturelles, de déformer le tronc ou les branches pour imposer une boursouflure ligneuse à la place d’un rameau ou d’une tige qui symboliserait la poussée de vie, l’élan, la verdeur, oui, cette mutilation permanente et inflexible d’une végétation dont on bride la vigueur me rend malade. Presque comme tout ce que j’apprends de nouveau, toujours plus barbare, toujours plus cruel, sur les bêtes d’abattoir  dont le long martyre s’est banalisé puisqu’il faut chaque année des milliards d’animaux à abattre pour nourrir les nantis du globe : la souffrance végétale n’est pas la souffrance animale, je le sais bien, mais c’est ce principe de base qui me met mal à l ’aise. Et il ne peut être qu’attristant : chaque fois que j’en arrive à constater qu’une nouvelle chose, un nouveau geste, un nouvel effort, me sont interdits par mon âge, je pense à cette répression de la force vitale comme à un bonzaï pratiqué sur  l’individu. Ne plus courir, ne plus se baisser, ne plus s’étirer, ne plus s’agenouiller, ne plus entrer dans la baignoire de peur de ne plus pouvoir en sortir…Non seulement ne plus pouvoir le faire, mais même – encore plus désolant – ne plus penser qu’on puisse le faire… Bonzaï, bonzaï…

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 14:26

         A chaque bout du téléphone, à l’écoute, un être marqué par la douleur. Chacun d’eux sait que la douleur ne se partage pas, malgré tout ce qu’on en dit, qu’il faut longtemps pour qu’elle s’atténue et que le chagrin ressenti par les autres, même s’il est preuve d’amitié et de proximité, même s’il est plein d’attention et de chaleur, apporte sa dolence au poids de la douleur sans l’alléger. Nous le savions l’un et l’autre. Nous savions que de la solitude on peut tirer quelque chose – la volonté de se reconstruire, la faculté de lui donner une forme malléable mais intéressante et tonique. Nous savions que l’absence, elle, est terrible et inusable. Paradoxalement dressée comme un bloc monolithique au milieu du territoire des sentiments, elle symbolise une volonté mauvaise d’entêtement borné, elle est indéplaçable, encombrante, elle refuse de se faire oublier et on se cogne à elle sans cesse, au prix de meurtrissures et de bleus – incroyable puisqu’elle représente ce qui n’est plus, mais elle en a pris la place avec une volonté de faire mal à laquelle on ne se trompe pas, du fond d’une solitude où l’on tente de se reconstruire  sur des ruines. Oui, nous savions tout cela l’un et l’autre, et nous en avons discuté à voix retenue,  chacun disant sa peine sans penser qu’il allégeait celle de l’autre mais écoutant l’autre la dire, et au bout du compte comme disait mon cher Marivaux, il est né une douceur certaine de  cet échange où de part et d’autre se maîtrisaient les larmes.

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lucette desvignes
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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 08:39

         Bien décidée sur le tard à ne pas mourir idiote, puisque Wikipédia supprime toutes les lacunes d’histoire ou de culture par un simple claquement de doigts, je clique sur Orange la cité romaine pour me contenter de quelques rudiments (j’ai déjà visité Orange mais il y a trop longtemps). Et là mon ignorance me cloue piteusement au sol... Il y avait d’abord, si on remonte au 2ème siècle avant notre ère (Wikipédia ne remonte pas plus haut, dommage), des Romains, lesquels se font torcher par les Cimbres et les Teutons (déjà en piste, ceux-là ?) au cours de la bataille d’Orange, mais la région se retrouve occupée par les Gaulois, les Tricastini, lorsque les survivants de la deuxième légion fondent la cité, en 35 : ils s’emparent du territoire, en dressent les plans cadastraux, le divisent scrupuleusement en lots de qualité différente (le meilleur pour les soldats démobilisés, le pas trop mal pour la communauté, le tout venant pour mettre en location) – tout cela en poussant les Triscastini ailleurs, où ils voudront mais ailleurs (un genre d’entraînement, déjà, à la colonisation sauvage de la Cisjordanie, ma parole !). En 412 la cité est prise par les Wisigoths, puis un siècle plus tard par les Francs et les Burgondes, puis (j’en passe)  en 1388 elle devient chalonnaise (ha !ha !). Ne me demandez pas comment elle devient hollandaise par la maison des Nassau et, donc, annexée au Dauphiné – c’est un peu confus, n’est-ce pas ?. Quant aux réjouissances des guerres de religion, pillages et massacres par les protestants et les catholiques en rigoureuse alternance se succèdent allègrement, comme quand on joue à la main chaude. Les troupes du pape vont aussi venir piller, violer, voler… Bref,  on pourrait chanter « Et tout ça, ça fait / D’excellents Français/ Qu’on voit défiler / Au pas cadencé… » s’il n’y avait de nos jours ces hordes massives de migrants qui vont venir troubler notre pureté ethnique.

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lucette desvignes
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 10:11

Mea Culpa immédiat : En titre du N°2020 : Lire « Eviter Balzac » et non « Eciter Balzac » (par temps de pluie on dérape facilement).

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lucette desvignes
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 09:48

         Avertie –voire presque échaudée – par l’expérience, j’ai décidé de me livrer à l’établissement de mes dernières volontés de manière sérieuse, rédigée et communicable aux intéressés. Tâche ardue s’il en est… L’essentiel des dispositions me concernant, autrement dit l’expédition de ma dernière apparition en public, est prévue paraphée réglée : elle dépend seulement désormais de la ponctualité des pompes funèbres qui n’auront qu’à suivre mes indications. J’ai même prévu un petit papier pour prendre congé – je n’utilise ni « dire au revoir » puisque je sais qu’il n’y aura point d’au revoir possible, ni « dire adieu » pour une raison fort évidente. Mais il y a tout le reste à régler… et croyez-moi, même avec un seul héritier (ce qui doit donc faciliter la dévolution, pas de problème) il demeure tout le bataclan (all this jazz, dit-on en américain) dont j’aimerais prévoir le destin. Non seulement parce qu’il me serait agréable d’imaginer tel ou tel vieux meuble, tel ou tel tableau, tel ou tel livre ou vase spécialement chéri réinstallé dans un cadre de vie où il sera de nouveau heureux et à sa place, mais aussi et surtout pour éviter à mes enfants le casse-tête accablant d’une répartition qu’ils ne sauraient pas par quel bout prendre. En même temps j’aimerais laisser entre les mains d’amis quelque chose de moi qui leur rappellerait les bons moments passés ensemble autrefois, ou pérennisant des goûts et des idées que nous avons si bien su partager. Tout un programme de dévolution, donc, qui m’incombe et que j’entends mener à bien, ne serait-ce qu’en prenant mon temps. Et qu’on se rassure : il restera encore de quoi faire les beaux jours  d’Emmaüs…

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lucette desvignes
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