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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 11:02

Oui, aujourd'hui ce sera en courant que je m'adresserai à vous, mes belins-belines. Imaginez-moi écrasée coincée aplatie piétinée : voilà pour la hauteur. Puis  étirée disloquée déguillemanchée écartelée (comme pour la Saint Ravaillac, dirait mon copain Fulgence : je vous l'ai déjà dit, tâchez voir un peu de vous souvenir) : voilà pour l'occupation au sol, comme on dit dans les administrations qui s'occupent des bâtiments. Naturellement tout le reste à 'lavenant : quand vous n'avez plus ni hauteur ni épaisseur, ah pauvres de nous et des petites Chinoises! Inutile de se demander ce qu'est devenu le cerveau, centre non seulement des émotions et songeries, mais encore bel et bien directeur des transmissions vers l'extérieur. Voilà où j'en suis ce matin, mes belins, mes belines (quand je vous sépare selon les genres, c'est que je me sens toute dolente, j'ai envie de me faire plaindre, à votre bon coeur m'sieu dames, oui plaignez-moi). Gageons que vous ne retiendrez pas grand-chose de culturel des messages de l'heure présente : c'est qu'entre mes occupations diverses et contraignantes je n'ai guère le temps de me consacrer à vous, malgré que j'en aie (au passage :" malgré que" ne s'emploie qu'au sens de "quelque mauvais gré que j'en aie", c'est le cas ici, ne m'accusez pas d'employer ce beau "malgré que" hérité des temps de la belle langue aussi fautivement que lorsque vous dites, vous, avec le laissez-aller ignorant qui sans doute vous caractérise, "Malgré qu'il soit de la ville, il s'intéresse beaucoup à son jardin" - c'est bien vilain à vous si vous commettez cette horreur, mais rassurez-vous, vous n'étes pas tout seuls, je pourrais vous citer des grands noms qui la pratiquent,  seulement comme j'ai bon coeur je ne vous les citerai pas). Tout ça pour vous dire que je vais faire grève aussi demain samedi, comme mon facteur, même qu'aujourd'hui je n'avais rien du tout à vous dire. Eh bien vous voyez qu'on y arrive quand même, pour un peu en tirant légèrement sur la ficelle, j'arriverais à vous pondre un petit roman parisien sur le rien- à- dire- mais- j'ai- besoin- d'une- centaine- de- pages- pour- vous- en- convaincre. A dimanche,  j'aurai sans doute repris un peu d'épaisseur d'ici là. entourez bien vos minous dans l'intervalle.

 

                                                                                                                                          Lucette DESVIGNES.

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lucette desvignes
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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 14:55
     Ne croyez pas, vous trompant une fois de plus à l'énoncé de mon titre, que je vais changer radicalement de sujets ou de technique de harangue pour vous plaire davantage, histoire de râtisser plus large et plus profond comme Mitterand dès sa première mise en difficulté, en 85 je crois. Que non pas! Je me trouve fort bien de ce commerce à l'aveuglette et n'ai pas l'intention de déplacer ni une virgule ni un iotta de mes prévisions de textes. Quand on tient un filon, on l'exploite, scrongneugneu! Vous avez vu hier ce qu'on peut faire sur le thème de la famille (et que l'exclusion accompagnée de la gestuelle traditionnelle soit perçue comme si gravement blessante me demeure un mystère, car être exclu de cette famille serait presque une bénédiction, à mes yeux en tous cas). De la même manière et appartenant à la même source - ces EastEnders qui s'observent et s'étudient comme des animaux de laboratoire encore plus que comme des bêtes sauvages - le thème du changement (d'où mon étiquette pour l'aujourd'hui) reste une sorte de justification des jugements portés sur les individus avec lesquels ils sont contraints de vivre. La question "Est-ce qu'on change, est-ce qu'on peut changer?" se heurte à sa commère  la réplique "On ne change pas, on ne change jamais". Vous voyez la profondeur de la réflexion philosophique : n'importe qui pourrait suivre, même les lecteurs d'Anna Gavalda. Mais pour l'équipe chargée des scénarios de la série (c'est tout un atelier : chacun des auteurs doit avoir son personnage ou à la rigueur son groupe de personnages attitrés, c'est aux groupes des autres que les siens se trouvent confrontés - ah très franchement, j'aimerais voir de près comment le travail s'effectue dans ces petites usines, car il n'y a pas que le dialogue qui compte, il y a aussi l'arrangement des gros plans, des changements brutaux de séquences ou des transitions subtiles dont j'ai déjà parlé, un personnage ouvre une porte et pouf! on pénètre dans un  autre appartement en même temps qu'un autre personnage qui s'est substitué à lui, on attendrait du cahin-caha eh!bien non, ça se déroule assez bien) pour les scénaristes, donc, c'est une veine merveilleuse à exploiter. Imaginez: un personnage disparaît, un vilain monsieur, tricheur, hâbleur, voleur - soupir de toute la communauté, ouf! Mais trois ans plus tard coucou le revoilà, alors question brûlante : a-t-il changé? est-il devenu un bienfaiteur de l'humanité,va-t-il aider ceux qui ont besoin d'aide dans sa famille? Vous voyez la remarquable marge de manoeuvre des partisans du changement (les optimistes), mais les pessimistes ont tout autant leur mot à dire car ils brandissent leur conviction en branlant du chef et en rappelant tout ce que le vilain monsieur avait fait dans le passé, ce qui  peut facilement prendre autant de temps que l'action directe. De temps à autre, la sentencieuse remarque refait surface, ça donne à la simple guignolade défilée au jour le jour une espèce de fausse profondeur qui doit  impressionner une bonne partie du public. Vous imaginez l'arrière-plan de vérité que peut revêtir un dialogue du genre " On pourrait croire qu'il aurait changé, qu'il aurait lâché la drogue - ou la boisson, ou le jeu, ou le troussage permanent de jupons, selon le cas - eh!bien non, ma pauvre amie, il est encore pire, ah! on ne change pas,  que voulez-vous, on ne change jamais". De quoi, au fond, maintenir un suspens terrible parmi le public, chaque fois qu'un loustic ou une dévergondée réapparaît : je suis sûre que cela pourrait alimenter les paris, mais la boutique de style PMU et Cie a disparu de la série, il y a peut-être une pruderie nouvelle imposée au sujet sur les sujets des Iles britanniques (à voir, mais pas aujourd'hui si vous permettez). Rendez-vous demain, s'il ne pleut pas et ne vente pas, comme on dit joliment en Toscane - je vous l'ai déjà cité, mais l'avez-vous oublié?
                                                                                                  Lucette DESVIGNES.
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lucette desvignes
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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 09:31
     On peut s'en prévaloir ouvertement, par les titres des recueils de nouvelles qu'on publie et par la conception même des sagas - en théorie histoires claniques sur au moins deux générations, si pas trois - ou au contraire paraître la négliger avec dédain pour se concentrer sur le nombril de l'individu ou éventuellement, avec effort, sur les avatars du couple (auquel cas à mon avis il manquera toujours un arrière-plan explicatif des hauts et des bas du développement sentimental, s'il existe vraiment) : en toute vérité on ne peut nier à la famille son importance comme thème de recherche dans l'écriture romanesque ou sur la scène, et j'ai toujours plaisir à constater que même dans les intrigues, déjantées à l'occasion, dont l'enchevêtrement constitue le scénario même de mes chers Eastenders, la famille est la base de toutes les histoires. On le proclame   fébrilement pour arriver à regrouper les membres séparés par des convulsions intestines : "We're family, don't forget it"  ou tout aussi bien on le rappelle pour exclure certains témoins accessoires (brus ou gendres, beaux-frères, voire cousins) qui jugeaient normal de s'agglutiner aux réunions où se discutaient les questions de l'urgence (par exemple, doit-on ou non accepter en catimini le retour après cinq ans de l'une des filles qui, convaincue d'avoir tué son beau-père, a fui au Brésil au lieu de passer en jugement) : "You're not family, please leave us". Si je suis pleinement d'accord avec un tel intérêt pour ces relations, qui se révèlent aussi essentielles à l'intérieur de regroupements ethniques dans cet Est londonien populeux et grouillant (par exemple chez les Pakistanais, où il n'est pas question d'admettre un gay en son sein : quand on découvre les tendances de l'aîné c'est une affaire déchirante à régler dans le chagrin - ou au coeur d'une communauté noire dont la foi religieuse soude tous les membres), je me réjouis fort de voir comment sont boutiquées lesdites familles. La manière dont elles sont recomposées dépasse l'imagination. Les père et mère qui depuis des années attendent dans l'impatience de divorcer chacun de son côté amènent au pot familial qui deux enfants de deux pères différents, qui trois filles issues de deux mères différentes; avant l'issue des procédures de divorce, ils ont déjà procréé deux ou trois fois. Dans une autre famille où deux ou trois divorces égayent l'arrière-plan, les rejetons proclament leur filiation par la couleur de leurs cheveux, il y a les rouquins et il y a les noirauds. Le pompon revient quand même à l'inénarrable famille du bar placé sous la protection de la vieille reine Victoria : ce sont tous des adultes, au moins la quarantaine, eh bien la réapparition d'une soeur ou d'un frère entraîne des remous considérables, car sur les cinq (jusqu'à présent je n'en compte que cinq, mais on n'est jamais à l'abri d'un coup de théâtre) un quinqua plus quatre femmes plus que délurées entre quarante et trente, il doit y avoir trois pères à l'origine pour la seule tenancière du bistrot toujours gaillarde, et les divorcés de tout sexe donnent lieu à des combinaisons de figure hautes en couleurs. C'est paradoxalement une manière d'imposer la suprématie de la cellule familiale : on n'est pas obligé de prendre ces exemples comme modèles, mais on s'ennuie moins qu'avec un petit roman sur les variations du nombril, même si pour l'auteur ledit nombril est devenu l'omphalos de l'univers. A demain!


                                                                                         Lucette DESVIGNES.
























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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 14:54
     J'apprécie fort, de temps à autre, qu'une nouvelle (c'est en général surtout dans le domaine de la nouvelle que la chose peut se produire) se termine sur un large espace de méditation quant au sens de son achèvement. Le lecteur est laissé un peu en suspens, non point confronté à une révélation (un événement, une clé soudain donnée qui éclaire tout l'ensemble et rétablit les faits ou les éclairages,  donc propose les vérités qui désormais remplacent les apparences) mais bien laissé dans le doute sur ce qu'est exactement cette vérité terminale. Que se passe-t-il en réalité? Nous avons besoin de nous poser la question, personne autre ne se trouvant à notre disposition pour éventuellement nous renseigner. Les événements ne sont pas parfaitement clairs, et pourtant nous savons que tout l'essentiel de l'histoire se trouve enfoui dans ce dernier geste. C'est le moment pour nous d'examiner tous les possibles, voire tous les probables, afin d'acquérir peut-être une certitude qui nous rassérènerait - car nous avons besoin de certitude, sans doute parce que nous sommes du pays de Descartes, et que nous jugeons insupportablement énervant de ne pas savoir où nous en sommes après nous être consciencieusement plongés dans une histoire dont tous les tenants et aboutissants nous semblaient connus sans problème: pourquoi donc faudrait-il que le dernier élément fût aussi hypothétique, aussi aléatoire, aussi douteux? L'impression la plus forte de ce doute est naturellement en conclusion d'une nouvelle fantastique, où l'on a peu à peu glissé dans un territoire flottant, dans une atmosphère incernable, au point de buter sur (ou contre : l'effet est celui d'un choc, d'une collision) un noyau irréductible que la raison raisonnante n'arrive pas à mettre à plat. Au contraire du merveilleux - où les forces du bien ou du mal interviennent pour éclairer notre lanterne mais, comme dans un conte de fées, suppriment  le doute - il reste dans le fantastique bien géré (non seulement Poe, bien sûr, mais encore et surtout Ambrose Bierce ou le divin Lovecraft) une dose d'inacceptable contre laquelle notre logique se rebiffe et qu'il nous faudra pourtant bien mettre dans notre poche avec notre mouchoir par dessus. Sans aller jusqu'à ce terrain spécifique auquel nous pourrions bien consacrer quelques mots un de ces jours, je mentionnerai volontiers ici la conclusion ouverte, qui fait parfois se hérisser certains auteurs. Il ne faudrait pas en abuser comme pour l'alcool, elle est à consommer avec modération comme toute bonne chose, mais de temps à autre je la trouve fort bienvenue, à savoir, un lecteur peut en donner une interprétation qu'un autre n'accepte pas du tout. Je pense toujours avec amusement à cette question insistante qu'on m'a posée plusieurs fois à propos de "L'Ecluse": est-ce qu'elle se fait sauter avec la baraque, oui ou non, au moment où son  fils arrive? J'ai tout fait pour laisser le lecteur dans le vague, et certains s'en accommodent précisément fort bien, ils aiment ce doute qui plane sur toute la fin. Mais si, lorsqu'on me presse, "Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez?"  je dis que je n'en sais rien, alors on me boude, mes belins-belines, on me fait la tête, on croit que je ne veux rien  dire...Et pourtant, je le jure, je n'en sais rigoureusement rien. Tous les probables sont possibles! C'est ça l'écriture, c'est ça la littérature : ce lien ténu et passionnel entre écrivain et lecteur par le biais de personnages auxquels on croit absolument... A demain,  aujourd'hui l'entretien a passé par-dessus la tête de vos chats, j'en ai bien peur!

                                                                                                  Lucette DESVIGNES.
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 11:28
     Non, mes belins-belines, l'admiration que je signale ici n'est pas à moi destinée! Elle va au technicien qui vient de mettre en ordre sur mon PC près de deux cents pages en désordre. Même moi je finissais par ne plus y retrouver mes petits (et pourtant vous savez si j'ai l'instinct d'une mère chatte). Des titres de chapitres, des sous-titres, des noms de personnages, des dates... Pendant quelques mois je faisais front, 25 pages de ci, 48 de là, ici un paquet non numéroté parce qu'il était flottant et que sa fonction était de rattacher deux morceaux déjà rédigés, un peu plus loin un groupe fermement constitué, bref , du texte imprimé avec pagination, puis du texte imprimé sans pagination, puis des paginations partielles, puis des paginations erronées (moi et mon sens du nombre!)... En tout une catastrophe : je ne me retrouvais chez moi que par petits bouts, et quels efforts vains pour avoir une idée d'ensemble! Bon, c'est remis en ordre. J'ai passé tout un week end à bricoler le raboutage, pages mises au crayon, portions tapées deux fois, décalages aussi incompressibles que le haut personnel des ministères qui pèsent sur nous comme un couvercle (c'est Baudelaire qui m'a soufflé ça, mais son spleen était mille fois moins lourd que nos budgétivores installés à perpète et lui coûtait moins qu'à nous), rectitude chronologique à bien vérifier..A constater le résultat de mon acharnement (la vraie patiente obstination des imbéciles) une seule solution s'imposait : appeler la technique à l'aide. Et lui, mon technicien, plus à l'aise devant l'écran que moi avec une tasse de thé à la main, en deux coups de cuillère à pot il m'arrange tout ça. Exactement comme s'il avait pondu toutes ces pages, qu'il connaissait leurs articulations, qu'il savait où rabouter quoi... J'en aurais pour un peu pris ombrage, voyez-vous, de voir pareille aisance alors que je barbotais misérablement au milieu de ce chantier. Question de métier, me disais-je pour me consoler... C'est vrai : il n'y a qu'à laisser faire le temps . Donnez-moi une vingtaine d'années de pratique, et je ne craindrai plus personne. A demain,bises aux chats.
                                                                                                Lucette DESVIGNES.
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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 13:57
     Naturellement, à l'intérêt dramatique s'ajoute le suspense - qu'avant la guerre les gens branchés appelaient le suce-pince pour faire américain. C'est exactement le suspens de l'action : une évolution se dessine ou se précise, on croit aller tout planplan dans une direction, et puis bernique! Tout s'arrête, le spectateur reste entre deux chaises, et le héros aussi, coincé, attrapé, roulé dans la farine, volé de ses expectations. De temps à autre, dans ma série londonienne, ça se produit, comme à peu près immanquablement à la fin des chapitres de Jules Verne où le lecteur est pris à la gorge  (s'il ne tourne pas la page pour s'engloutir dans le début du chapitre suivant il va étouffer ): un présumé mort réapparaît (non point depuis les enfers : on est là dans le réalisme pur-sang de betteraves, il était tout simplement en prison, voilà, il a purgé sa peine); ou bien  c'est une femme qui revient, on la croyait heureuse en Australie avec moutons et chevaux (plus kangourous à 'larrière-plan, forcément), eh!bien non, le quartier la reconnaît avec stupeur, elle est devenue vendeuse de charmes, les siens d'abord, ceux de quelques autres aussi peut-être bien, vu l'allure prospère de ses finances, en tout cas le revenant ou la revenante laissent bien augurer des complications qui vont suivre et le spectateur en a l'eau à la bouche. C'est aussi pour cela que les séquences de règlements de comptes (découverte d'une fraude,  d'une tromperie, d'un adultère, voire d'un crime ou d'une vie antérieure qui avaient tout intérêt à être tenus secrets, pas de bol) ou d'explications publiques - en particulier dans le pub dédié au souvenir de la vieille  reine Victoria où se passent déjà souvent les déclarations d'amour, les demandes en mariage, les pugilats et échanges de gifle -  oui, on vous les arrête au début, là où ça se corse, suite au prochain numéro, on vous laisse haletant, comme ça on s'assure de votre fidélité. Vous m'objecterez qu'il n'y a point de suspense dans les séries chirurgicales où l'intérêt essentiel est de voir ce qui se passe dans les abdomens ou les cages thoraciques qu'on a ouverts devant vous - mais si, mais si! D'abord ce ne sont pas toujours les mêmes équipes, donc fatalement les conversations derrière les masques sont différentes, parfois ils se découvrent des points communs donc l'opération va sûrement réussir, d'autres fois au contraire ils sont ennemis, parce qu'ils sont jaloux les uns des autres ou qu'ils diffèrent sur les stratégies de bistouri-scalpel à pratiquer, alors ça tire un peu à hue et à dià et ça n'est pas sûr que l'éventré s'en tirera. Et puis surtout il y a la manière de présenter ces travaux de couture : l'autre jour c'était un peu comme la récolte des patates, on prenait les choses dans la cavité, on triait, on ôtait le pourri, on rebouchait le trou; hier, mes belins-belines, c'était du jardinage tout en finesse, ils se mettaient à plusieurs pour prélever leurs rejets, ils replantaient, on nageait dans l'humus, oh on sentait que la récolte serait belle. Comment voulez-vous que je résiste? A chaque fois je me dis : "Qu'est-ce qu'ils vont encore inventer?" Ah! si seulement vous pouviez tous vous dire la même chose en arrivant à la signature!  
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lucette desvignes
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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 13:55
     C'est vai, j'aurais pu tout aussi bien vous parler d'intérêt dramatique, mais avouez qu'en latin ça vous a une autre allure! Et puis ça me rappelle (il n'y a pas que Pinget qui se rappelle, ni Pérec qui se souvient, c'est permis aux autres aussi, non mais des fois) qu'en Première on ne nous aurait jamais autorisées à dire autre chose que vis comica, vis dramatica - même les B, donc la  section sans latin, étaient obligées d'y passer,  mais heureusement pour elles c'était assez transparent pour ne pas leur causer de difficultés supplémentaires. D'ailleurs il y avait là une salutaire insistance sur le sens du terme : dramatique, cela ne veut pas dire tragique comme le croit si souvent de  nos jours le citoyen Lambda, cela veut dire qui contient de l'action ou la fait avancer. D'où l"intérêt dramatique d'un roman, ou d'une pièce de théâtre : c'est en général en relation avec la lecture ou la représentation. Les exemples sont si nombreux que je me contenterai de contre-exemples, pour bien éclairer mon propos : prenons un roman parisien dont la critique parle, un petit roman qui a du mal à atteindre les 150 pages écrites gros et qui se cramponne mollement à son idée unique : mon nombril. Eh! bien, qu'on nous le présente direction Nord, ou Sud, ou Est, ou Ouest tour à tour, puis qu'on reprenne la balade  direction N.O. ou S.E., voire N.N-O. ou S.S-E, c'est toujours le même nombril, il n'a pas bougé de place, il se retrouve toujours Gros-Jean comme devant au terme de toutes ces approches immobiles ( et nous, donc, mes belins-belines, au cas où nous nous serions aventurés sur ces terrains marécageux! Non seulement Gros-Jean comme devant, mais enlisés sans espoir de survie ou morts d'ennui). Pourquoi? Eh!bien je vais vous le dire (c'est là la formule phare de nos politiciens interviewés, du style certes, du panache oui, mais pas d'avancée dramatique pour autant).Parce qu'il n'y avait  rien à dire, donc il n'y avait rien à écrire, et pourtant ç'a été écrit et édité et vendu, et peut-être même lu faute d'autre chose. Moi je m'intéresse toujours à la manière dont les choses littéraires sont boutiquées, pas forcément du genre "Qu'est-ce qui fait courir les femmes à Séville la nuit?" mais j'aime voir les développements s'apprêter de loin - ou tout autant les interventions soudaines qui vous démolissent toute la physionomie d'ensemble d'un groupe de personnages.C'est vraiment ça, l'action - et pas au sens de l'action au cinéma, courses effrénées, explosions, bagarres en tous genres, accidents spectaculaires style Week-End (on a même fait bien plus - sinon bien mieux - que Godard), bref on va pouvoir parler de l'intérêt dramatique si vous le voulez bien dès demain. D'ailleurs si vous ne le voulez pas, vous connaissez la parade. Qui m'aime me suive! Bisous aux chats.
                                                                                               Lucette DESVIGNES.
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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 13:03
     Imaginez - je tâche de me mettre à votre portée, c'est pas gagné d'avance - que vous veniez d'écrire une lettre importante. D'affaires, d'amour, de remerciement, d'excuses, tout ce que vous voulez, pourvu qu'elle soit importante. Bon. Vous avez déjà recommencé deux ou trois fois, pas le bon papier, pas trouvé le guide-âne et pourtant bou diou il y en a grand besoin, pas la bonne encre, pas la bonne plume, enfin tout se trouve heureusement rassemblé, vous ne vous fiez même pas, prudents que vous êtes, à l'inspiration géniale qui normalement devrait se coucher sur la feuille blanche et se déverser en toute sérénité, vous avez fait un brouillon, vous l'avez recopié pour qu'il soit bien clair, l'un de vos chats ne l'a grignoté que dans le coin, pas trop de bobo, bref l'exemplaire à envoyer brille de tous ses feux, impecc, vous avez tout vérifié, le Nouveau Petit Larousse Illustré pour les pluriels, le Becherelle pour les conjugaisons, vous avez trouvé (avec du mal mais enfin c'est le résultat qui compte) une enveloppe assortie, vous avez encore des timbres sur votre carnet - tout baigne, quoi, tout baigne. Pour un peu vous vous mettriez volontiers à tourner autour pour l'admirer à loisir, ce produit de votre application sans défaillance. Et puis, ah mes belins-belines voyez comme les malheurs arrivent, le petit verre de porto que vous vous étiez accordé en récompense se renverse, l''enveloppe est transpercée, la lettre inondée, il n'y a plus qu'à recommencer (et ne dites pas que c'est bien fait parce que vous consommez  de l'alcool qui est si mauvais pour votre santé quand il est pris sans modération : si vous aviez renversé un verre de lait ou de jus de fruit sur la lettre le résultat serait le même, en pire peut-être). Bon, eh! bien ça vient de m'arriver! Non point le porto, non point l'enveloppe assortie, non point la belle feuille immaculée indûment barbouillée, mais bel et bien ma page de blog, sagement rédigée, où je vous exposais des états d'âme variés. C'est vous dire si ça va vous manquer que je ne recommence point, mais la désinvolture d'Internet (qui se glisse juste un peu avant votre signature pour vous informer que vous n'avez plus la connection, et qui en conséquence vous avertit que si vous ne vous reconnectez pas dare-dare votre travail sera perdu) dépasse les bornes. Se reconnecter dare-dare, d'accord, mais  comment faire? Sur quel bouton appuyer? quelle tirette pousser? quel poussoir manoeuvrer? quelle manette tournicoter? Vous m'imaginez, j'espère, dans ce cataclysme technologique contre lequel je ne peux rien,  avec mes faibles forces réduites à zéro par la perplexité, l'épouvante, le sens de mon indignité... Voilà où j'en suis, mes belins, mes belines : ce que vous lisez là c'est du réchauffé tout neuf, je n'ai même plus déjà le souvenir des beautés que je vous avais amoureusement exprimées dans un premier temps. Mais croyez-moi sur parole : c'étaient des beautés, tant pis pour vous! A demain,  sans rancune de part et d'autre.
                                                                                                         Lucette DESVIGNES.
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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 16:58
   C'est à moi que j'adresse la question, perplexe, après l'avoir entendue s'adresser à moi abondamment.. Où vas-tu? Mais enfin où vas-tu? C'est ce qu'on me fait comprendre avec inquiétude. On évalue en effet l'usure cérébrale que me cause ce blog quotidien, le temps passé à chercher un sujet, le temps passé à le traiter, ou tout aussi bien à en traiter un autre (je suis sûre que vous avez déjà remarqué ma totale docilité au caprice, mais après tout, je ne vois pas pourquoi ce serait réservé aux autres et pas à moi : je me rappelle en Cinquième l'étude d'un texte de La Fontaine, c'était une lettre, je crois, commencée avec sérieux, et puis tout d'un coup, paf! on tombait dans la poésie, la fantaisie, les rimes coquines, la phrase déguillemanchée comme on dit en Saône-et-Loire, voire comme un écartelé de la Saint-Ravaillac, et le prof - le professeur, oui, sans e au bout, c'était Mlle Tric - demandait pourquoi il y avait ce changement de forme,  oh les réponses étaient rudement ingénieuses, mais c'est moi qui avais eu raison, j'avais haussé les épaules pour admettre l'amour total de la liberté chez le poète, le haussement d'épaule c'était en son honneur, oui, il se fichait du tiers comme du quart, il écrivait comme il pensait, comme il sentait, comme il aimait, du coup on peut bien m'accorder en récompense de faire comme lui lorsque j'en ai envie. Ouf! vous suivez toujours? on est encore dans la parenthèse, mais je la ferme - la parenthèse seulement, vous m'avez bien comprise).Voilà donc ce dont on s'inquiète à mon sujet : autant s'inquiéter de me voir inondée de chats, transformée en mère nourricière sans le moindre loisir pour autre chose que les    contingences terrestres. Mais que non pas, mes belins-belines! Plus j'ai de chats autour de moi, plus je suis heureuse. Et plus j'ai de boulot  (vous devez le savoir, j'ai abandonné le bic et le bloc sauf en voyage, mon ordi et moi nous sommes en tête-à-tête amoureux toute la journée et même le soir - le croirez-vous? ça me reprend même après la télé nocturne, il faut le faire tout de même) mieux je me porte. Ce doit être de me sentir entourée de tous ces personnages qui sont entrés dans ma vie et qui continuent à y rentrer, romans ou nouvelles ou théâtre, vous ne pouvez pas vous imaginer comme ils me soutiennent,  que feront-ils quand je serai tout à fait croulante? Mystère. Mais pour l'instant, je suis un peu comme la tour prend garde, vous savez, je cambronne allègrement à la chicougougnia ou à la grippe porcine (touch wood en douce, quand même), enfin il me semble être encore en possession de tous mes moyens et même de mes avantages : donc dès que vous verrez un fléchissement dans ma tenue ou dans la rigueur de mes propos, téléphonez, nous aviserons ensemble, ce serait en tout cas de votre part oeuvre pie. Bises à vos chats, à demain pour la suite de nos propos si utiles.
                                                                                                         Lucette DESVIGNES.
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lucette desvignes
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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 10:00
     Ah! mes belins-belines, heureusement qu'il y a parmi vous des lettrés! Des qui connaissent la poésie enseignée dans les écoles! Des qui ont de la mémoire, et de l'ordre, et de la méthode, puisque, à peine ai-je fait allusion à "quelque illustre inconnu", ils bondissent. Illustre inconnu?Henri de Régnier un illustre inconnu? Ils vous sortent le reste du poème (dont, faute de mieux, je n'avais cité que deux vers, ùmisérablement), même que, certes, la mémoire ainsi rafraîchie, je retrouve les sons, les phrasés, les mots mal retenus, mais d'autre part jignorais - pour de bon : j'accuse ici mon inculture et non les défaillances de ma mémoire - le deuxième couplet sur l'outre trop obèse qui va craquer aux coutures, tout en attirant les abeilles. Ainsi vu dans son ensemble, le poème mérite certainement d'être récité avec plus de sentiments que dans ses deux premiers vers. J'avoue, oui, penaude, et doublement penaude parce que j'aime Henri de Régnier, et qu'il m'arrive souvent d'en citer des petits bouts. En face d'une superbe colline que révèle l'autoroute A6, à gauche direction N-S, à peu près à la latitude de Vézelay, je mumrure invariablement "Cette colline est belle, inclinée et pensive"... Et lorsque la lune - en septembre surtout, tiens, quelle rencontre! - vire à l'orange avec sérénité, je ne peux jamais me retenir de dire "Savions-nous / Que cela finirait en cette lune jaune / Qui monte et s'arrondit entre les peupliers?"... Je n'ai d'ailleurs pas du tout l'impression que je m'inflige ici un "Pan sur le bec!" façon "Canard enchaîné". Au contraire, je suis heureuse de cette connexion via Internet, elle m'émeut et me ravit... En outre, la découverte du reste inconnu du poème m'a apporté deux joies : l'une est la beauté de certains vers, surtout quand un alexandrin ample et noble succède à des rythmes plus rocailleux (pour l'alexandrin, Régnier est passé maître, même si c'est en volume moindre par rapport à Hugo), et d'une; l'autre est précisément la découverte de ces autres rythmes, un peu cahotants, inattendus, donnant du poète une image dépoussiérée, et de deux. L'aventure me donnerait presque envie de recommencer, délibérément cette fois... Chiche?

                                                                      Lucette DESVIGNES.
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