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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 13:47
    N'allez pas vous imaginer tout de même que je vais vous tenir au courant des conditions atmosphériques de mon coin jour après jour. Ces dames font ça très bien, avec leurs jupettes au-dessus du genou, leurs décolletés aguichants et leurs gestes bénisseurs (c'est même la seule chose dont je les crédite, à ne vous rien cacher : remontez quelques semaines dans le temps et vous trouverez mon opinion sur les talents d'écrivains de ces dames, inutile de bien chercher, vous trouverez facilement - ce que je veux dire ici, je le précise pour les malentendants et durs d'oreille, c'est que vous trouverez facilement les lignes et pages que je leur consacre, je ne veux aucunement vous encourager à chercher leurs talents d'écrivains, ce serait vous engager dans une recherche pénible, longue, lassante et finalement négative). Non, si je vous signale qu'aujourd'hui il pleut, c'est pour corriger le caractère insolent de ma toute récente proclamation de chance. Je ne me rappelle déjà plus (non que ma mémoire soit défaillante, que non pas! mais j'avais accordé à la chose en question si peu d'importance que je ne sais plus ce qu'elle était - vous voyez que c'est une tout autre affaire) à quel propos j'avais agité  cette bannière ensoleillée en clamant que j'étais protégée d'en-haut
et cela m'est procédure si peu familière que j'aurais bien dû m'en souvenir, tant pis! je gratte le fond et les parois du coin aux neurones de la mémoire, et je ne trouve rien,tant pis pour vous, tant pis pour moi, nous n'en mourrons ni vous ni moi. Donc, il ne fait plus soleil, il pleut. Après tout, je me demande bien ce que cela peut faire - à moi en tout cas, absolument rien. D'autant que les foules que vous êtes, mes belins-belines, sont dispersées aux quatre coins de l'hexagone, comme on dit volontiers dans les médias télévisées où l'étiage de la culture est régulièrement en baisse. Ce qui fait que je risque de vous envoyer mes baisers mouillés alors que vous êtes en maillot, enduites d'ambre solaire (ou ce qui en tient lieu de nos jours : il y a si longtemps que je ne me suis pas mise en maillot, mes belines, que je ne suis plus au courant des dernières innovations pour la protection de l'épiderme contre les rayons ultraviolets, et que je ne sais même plus si on n'a pas découvert des autres rayons, des omégas trois par exemple, j'en entends souvent parler de ceux-là, mais je sais pas où ils fonctionnent). A quoi donc serviraient ces indications sur le temps, si elles vous font hausser les épaules sous votre soleil tandis qu'à moi qui vois la pluie tomber par ma fenêtre l'humidité ne me fait rien du tout? Tout ça, ce sont des mots... Verba, non acta, donc ça ne compte pas. Et ne croyez-vous pas que je suis là en train de vous donner des verges pour me faire fouetter, puisque les mots et seulement les mots c'est mon fonds de commerce? Tant pis, là encore! Je compte sur la bonté de votre caractère, oui, j'y compte ferme, comme La Bruyère et La Rochefoucauld me l'ont appris! Et demandez-vous de temps à autre pourquoi j'aime tant les chats. Bonjour aux vôtres, à demain!
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lucette desvignes
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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 10:44

     Oui, la chance, nous l'avons dans la région. Je suis (d'un oeil endormi d'ailleurs, je l'avoue) les gestes des marionnettes de la climatologie appliquée - aucun rapport, au passage, avec celle dont je vous vante les mérites et beautés lorsque mon humeur s'y prête - avec leurs silhouettes adaptées : minces comme un fil, ces bonnes femmes, et l'air culotté, et le bagou inendiguable, est-ce qu'elles ont appris leur leçon ou est-ce qu'elles débitent n'importe quoi, pourquoi pas le texte d'hier ou de la semaine passée, l'essentiel étant qu'elles ne s'arrêtent ni dans leurs gestes caressants et autoritaires à la fois, ni dans leur débit semblable à celui d'un fleuve en crue?). Si j'avais quelque énergie ou quelque curiosité (mais, mes belins-belines, tout ce que je possède en ce domaine vous est réservé, oui à vous, consacré, en exclusivité, il ne me reste rien pour mon petit particulier) j'essaierais de voir si d'une chaîne à l'autre elles disent la même chose. Je n'en suis pas si sûre, au fond : si vous passez d'un système à un autre, les nuages bougent ou ne bougent pas, il y a des flèches partout qui bougent, elles, vous avez des grands dessins compliqués qui recouvrent les croquis,  (toujours en direction de la droite, vous avez remarqué? on pourrait gloser là-dessus, hein?) si bien que vous vous étiez à peine repérés à partir de la Bretagne (celle-là on la reconnaît bien, tout de même) qu'on vous bouscule votre panorama météorologique, qu'on vous roule dans les grands  gestes de bras et de main en danseuse comme si vous étiez une faible épave dans les plis d'une houle marine (mon dieu il y a des jours de grâce de temps à autre : aujourd'hui c'en est un, je voulais parler seulement du beau temps qu'il fait chez nous - même si Charbonnier-beau-Sourire  ignore que Dijon existe : elle parle de Langres ou de Trifouillis-les-Oies, mais Dijon elle ignore, ni moutarde ni Kir ni mignonnettes fourrées à l'abricot - seulement du beau temps, oui, qui nous tombe dessus depuis trois ou quatre jours comme si on l'avait mérité et sans besoin d'une annonce particulière sur les étranges lucarnes, et puis finalement je suis bien obligée de vous signaler que la chance pour moi s'étend jusqu'à la puissance poétique : constatez je vous prie qu'elle ne m'est pas refusée même si nous ne sommes encore pas à la fin de la matinée (cela me rappelle qu'une de mes petites amies, lorsqu'elle allait en vacances chez sa grand-mère en Provence, l'entendait dire tous les matins, avant même huit heures : "Sylvette, allons debout, la matinée s'avance, on sera bientôt à la tombée de la nuit"...- et de fait la ratatouille était déjà cuite, les oignons d'abord, les aubergines, les poivrons, les tomates, les courgettes, le tout séparément, et vous savez que séparément ça prend rudement plus de temps que si vous vous contentez de vider dans votre casserole  un sac de surgelés tout prêts). Pour nous, mes belins-belines, la matinée n'est pas encore trop avancée, mais je suis sûre que je vous ai déjà soûlés de mes parenthèses et de mes incises, pour ne rien dire du corps du texte qui, lui, reste fidèle à ce qu'il doit être. Fidèle à moi, en tous cas : c'est vrai qu'il m'obéit bien, au doigt et à l'oeil,  mais mes chats aussi m'obéissent parfaitement, de quoi laisser les non connaisseurs incrédules. Oui, mes chats m'obéissent, vous devriez les voir quand je descends au jardin et qu'ils accourent de toute part pour me faire une haie d'honneur ou un cercle d'affection. La chance, je vous dis, je l'ai dans ma poche. A demain, laissez sortir vos chats, ils ont eux aussi besoin de soleil. Soignez-les bien.

 

                                                                                                                                     Lucette DESVIGNES.

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lucette desvignes
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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 10:07
     Ah mes belins-belines! (ça y est! Je crois bien que j'ai attrapé comme il faut le ton même de la Mère Cotivet vantant les beautés de la tour métallurgique de Fourvière à ses auditeurs ravis... Si seulement je pouvais rameuter les foules comme elle, ma voix écrite se substituant à sa voix orale - ce devrait être sans inconvénient majeur puisque les données informatiques ont changé en quelque quarante ou cinquante ans, mais les foules d'aujourd'hui ont-elles toujours le goût d'antan? J'en doute, hélas!). Donc, mes belins-belines, nous nageons en plein printemps. Je sais pas chez vous, mais chez moi les tulipes chantent, bouche ouverte, cou tendu (oh pardon! Je me laisse emporter par mon élan créateur : c'est là une petite citation de "Hymne 2", si je ne m'abuse, inclus dans la petite suite "Dialogue avec Pan" - heureusement que j'ai de la mémoire, sans ça vous laissiez passer sans rien remarquer, pas un seul d'entre vous n'aurait levé le doigt pour souligner que de la poésie pure venait de passer par là, mais je suis là, je veille ... ceci, pour ne rien celer, étant une autre citation prise dans "Mycènes", extrait de "La Porte des Lionnes" :  je ne pourrais d 'ailleurs vous dire exactement où, le "je veille" si vibrant se retrouve un peu partout dans le poème, c' en est aussi la conclusion). Donc, mes belins-belines, en plein printemps : tulipes, narcisses, oeillets tout en boutons, camélia déjà presque défleuri (de la couleur de ceux que la Dame exhibait sur son corsgae les jours où elle n'était pas disponible - vous avez pas lu Dumas, le fils?), j'ai même un rhododendron qui compte près  de quatre-vingts boutons prêts à s'épanouir, j'ai tout fait pour en avoir un à moi avant d'aller en Ohio voir leurs roses et leurs mauves et leurs blancs et leurs rouges, j'ai même triché cette année (puisque, lasse d'en planter et de les voir attraper la chlorose des jeunes filles avant même de prendre deux couronnes de feuilles, une par an, j'en ai acheté un d'au moins dix ans, même qu'il avait eu du mal à entrer dans le taxi) - j'ai donc triché, s'il fleurit ce ne sera pas de mon élevage personnel, tant pis, mais avec ma veine habituelle il ne fleurira que lorsque j'e me serai envolée pour l'Amérique et chaque année ce sera la même chanson. J'ai beau me dire que c'est bien ma faute, j'ai qu'à pas aller en Amérique en mai chaque année, tout de suite après mon anniversaire et comme pour m'offrir un petit cadeau, ça me permettrait d'admirer dans mon jardin toutes mes variétés d'iris (vous savez bien qu'ils font exprès de fleurir en mai, les gredins, surtout les plus beaux, les plus rares,tous mes préférés, quoi! à me demander si, en continuant sur la voie des absences hors hexagone en mai, je ne ferais pas mieux de distribuer mes iris rares aux amis qui les convoitent et de faire bêcher le terrain à fond pendant mon absence pour replanter dès mon retour). Ne croyez pas que je n'aie pas de suite dans les idées, ça va très bien avec l'amour des fleurs. Ou des chats : ne vous imaginez pas non plus que j'allais oublier les vôtres ou ceux de vos voisins. A demain, la bise!
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lucette desvignes
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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 13:10

     Sans avoir fait la bringue hier - je sais pas vous, moi sûr pas - on n'a pas l'esprit très ouvrier aujoud'hui. Hier on pouvait ouvertement revendiquer de se prendre des vacances, sinon de facto, du moins de spiritu (entendez ici que l'esprit pouvait se mettre en berne, soit descendu à moitié de sa dimension possible, soit tassé dans un petit coin sans ambition de flotter haut et fier : si vous avez vu ma contribution du jour passé, vous avez pu vous rendre compte que cette ambition avait totalement déserté mon cerveau, même si d'habitude je fais en sorte que mon esprit soit parfaitement réveillé et puisse faire appel à toutes ses ressources - déjà éprouvées en général, cependant de temps à autre aussi en innovation imprudente mais hardie - pour vous servir au maximum, mes belins-belines). Non, aujourd'hui on n'a plus de raison valable d'échapper à l'étau des obligations quotidiennes   et professionnelles (j'énonce ça comme si j'étais payée pour vous distraire ou à défaut

pour vous enseigner, or vous avez déjà dû sans doute trouver dans mes propos une espèce de liberté qui sent bon son indépendance, oui mes belins-belines, vous avez bien eu raison de deviner qu'on ne me paie pas pour vous ennuyer, si je vous ennuie c'est de mon initiative seule, de ma volonté propre, et non en échange d'espèces sonnantes et trébuchantes). C'est toujours ça de pris, devriez-vous ajouter, ça me prouverait au moins que vous lisez même mes parenthèses et mes incises, et au fond rien n'est moins sûr : si je vous donnais une interrogation écrite, là, tout de suite, sans vous donner le temps de vous retourner, est-ce que vous pourriez sans erreur préciser ce que j'ai dit dans les incises et parenthèses d'aujourd'hui? Probablement pas. Je vous vois d'ici, aussi nettement qu'hier je voyais la plupart d'entre vous en pique-nique avec les mômes et la grand-mère : quand vous abordez une parenthèse, vous ne vous mettez plus en demeure que d'attendre le crochet qui la clôt, c'est lui que vous guignez, quand vous l'avez atteint c'est comme une petite récompense pour vous, vous vous dites Ouf! encore une de sautée, de toute façon ça n'apporte rien à rien, ces parenthèses, puisqu'une fois terminée on retrouve le début de la phrase tel qu'on l'a abandonné. Oh je vois bien comment vous raisonnez, ne croyez pas que   je sois  venue au monde avec la rosée, oh que non pas! Vous raisonnez comme un tambour, tout simplement, mais permettez-moi de vous dire que non seulement vous vous privez de la petite annexe entre ses deux crochets, laquelle est toujours croquignolette voire succulente (croyez-moi, je sais de quoi je parle, c'est moi qui les rédige), mais vous devez vous donner le torticolis à guigner du coin de l'oeil quand la fin de la parenthèse va se pointer, et c'est vraiment vous donner beaucoup de mal pour rien. Moi je vous les ai bien données, même aujourd'hui lendemain de fête, vos parenthèses et vos incises comme prévu au programme journalier - alors? Vous ne pourriez pas faire un effort de votre côté? suivre mes parenthèses au fur et à mesure que je les dévide pour vous? Tenez, vous m'affligez. Brisons là. Ah! s'il n'y avait pas vos chats...

                                                                                                     Lucette DESVIGNES.

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lucette desvignes
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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 17:40

    Dimanche de Pâques, mes belins-belines... Je vous vois tous comme si j'y étais. Il y a les optimistes qui n'ont pas voulu tenir compte des annonces météorologiques toujours aussi fiables que les promesses des hommes politiques en campagne : ils se sont lancés dans un pique-nique encouragé par les chaleurs des deux ou trois jours précédents, je les vois avec leur nappe sur l'herbette, leurs couverts en plastique, leurs gobelets à couvercle contre les fourmis et autres ovni des parages, je vois leur pâté en croûte leurs omelettes dans l'aluminium leurs oeufs durs que les mouflets n'arrivent pas à avaler malgré les menaces d'un côté et les pleurs de l'autre leur taboulé destiné à réconcilier tout le monde et la grand-mère qui a renversé son vin sur la nappe avant même qu'on en soit arrivé à la crème glacée, ils ont eu raison, ils n'ont pas eu de pluie (en tout cas c'est ce qui se serait passé s'ils étaient venus pique-niquer dans mon jardin). Il y a les mordus du kilométrage à tout va, direction la neige (faut bien chercher, et les risques d'avalanche sont grands, tant pis, il ne sera pas dit que) ou direction la mer (pas pour se baigner, mais on ne sait jamais, j'emporte quand même les maillots des enfants, si par hasard y avait moyen ça nous ferait une belle photo, faudrait inscrire la date dessous) - y en a même qui ne savent pas s'ils veulent aller à la neige ou à l'océan, l'essentiel est qu'ils soient dans les embouteillages, à l'aller comme au retour ils ont eu leur petite dose, c'est bon de se retrouver chez soi, ils ont fait comme tout le monde, les voisins les ont vus partir et revenir, c'est ça qui compte. Bref tout le monde s'est sorti, s'est habillé en Pâques ou au contraire s'est déshabillé pour les premiers bains de soleil (on peut faire ça sur sa terrasse, vous savez, ou même devant sa fenêtre ouverte, ça évite la fatigue du voyage, on peut même faire ça avec de la teinture qui fait illusion, on faisait ça sous l'Occupation pour faire croire qu'on avait des bas, même que la couture c'était pas coton à tracer bien droit, alors vous pensez depuis ce temps qu'est-ce qu'on n'a pas pu inventer rayon teinture pour faire croire au bronzage, je fais confiance aux produits de beauté). Les petites mémés qui commencent à transpirer sous leurs toits avec ces premières chaleurs sont descendues prendre le frais sur le macadam, c'est vrai qu'avec tous ces vacanciers partis ça fait de la place sur les trottoirs, y a peut-être aussi un chouia de moins d'odeur d'essence dans l'air, c'est pas comme si on était sur la montagne de Beaune à respirer le lilas qui pousse sauvage depuis tant de temps, c'est probable les Romains qui l'ont planté ils ont bien planté la vigne pourquoi pas le lilas, dites un peu, c'est vrai sur la montagne de Beaune il ferait meilleur et ça sentirait vraiment le lilas, mais qu'est-ce que vous voulez on peut pas tout avoir, on se fait les vacances qu'on peut. Eh ben moi je me suis fait les miennes. Si vous avez à réclamer, vous me trouverez au téléphone, c'est comme je vous le dis. A demain si vous êtez déjà rentrés. Les chats!

                                                                                             Lucette DESVIGNES;

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lucette desvignes
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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 10:30

     Nous allons abandonner (provisoirement, oh très provisoirement je vous le garantis) le domaine du théâtre pour passer à celui de l'Académie. Non que j'aime particulièrement savoir ce qu'ils font, les Quarante, sous leur coupole : c'est plus intéressant, dans un restaurant de grande classe, de découvrir ce que les coupoles enlevées toutes ensemble avec les gestes élégants du bras vont vous révéler, et qui en théorie correspond à ce que vous avez commandé, certes, mais qui en pratique constitue une chasse au trésor dès que vous entreprenez de retrouver la base du plat sous les fioritures enjolivements couleurs inattendues et autres enrubannements qui brouillent les pistes. Là, au moins, c'est jouissif, et je ne sache pas que cela le soit tellement au Quai Conti (puisque c'est là, si je ne m'abuse, qu'ils revêtent leurs habits à parements étincelants de broderies et chamarures et qu'ils se coiffent du bicorne assorti - seulement dans les grandes occasions d'ailleurs, et ça se comprend : comment pourraient-ils travailler sérieusement ainsi affublés? et puisqu'ils nous répètent avec force qu'ils travaillent, on doit donc les croire, ils tombent la veste,  ils remontent les manches, c'est leur manière d'aller au charbon). Non, je n'ai pas les yeux sans cesse attachés à leurs faits et gestes, non plus qu'à leurs recommandations de lecture : quand aura-t-on vu un prix de lAcadémie française attribué à autre que fillette à peine nubile, de préférence à l'air vicieux,  capable de vérifier dans ses textes l'inventivité proposée par son regard et son titre? On a des exemples. D'ailleurs, moi, quand je vois "de l'Académie française" sous un nom d'écrivain ou de journaliste, je passe. On a rarement pu me prouver que j'étais victime de préjugés qui me coûtaient cher, je serais plutôt tentée de dire que j'ai fait des convertis à ma vision sans trop de mal. Si j'aborde ce sujet en aucune façon plaisant voire nécessaire, c'est tout simplement parce qu'on s'est beaucoup activé ces derniers temps sur les vides laissés par des départs vers la droite du Seigneur (ils ont tous un ticket pour là-haut, réservé en première). On avait presque fini par les prendre en pitié, ces rescapés de la mort parmi les Quarante qui se battaient les flancs pour trouver des gens propres à boucher leurs trous. Et ça me fait bien rire de voir les mimiques des uns et des autres guignant les fauteuils libres, l'air du bon élève qui n'a jamais douté d'être reçu, l'air du dédaigneux qui prépare déjà son attitude de refusé, l'air du plaisantin qui rigole de l'honneur parce qu'on n'a en principe aucune raison de penser à lui mais qui va fondre de servilité dès que les choses seront bien engagées. Ne croyez pas que j'invente : si je vous en parle c'est que je les ai vus, et contactés, ces impétrants... Quand je pense à Gracq refusant le Goncourt, à Sartre refusant le Nobel... Le bon goût se perd, mes belins-belines. Ce genre de hochet consistant en une chaise (un fauteuil, pardon : c'est tout de même mieux) fait toujours mouvoir les hommes depuis Napoléon... J'aime mieux mes chats, et les vôtres aussi bien sûr. Ciao!

                                                                                                 Lucette DESVIGNES.

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lucette desvignes
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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 15:40

     Vous connaissez mes scrupules, j'espère, en ce qui concerne mes rapports avec vous : j'allais vous annoncer "Marivaux, suite",  mais comme je ne suis pas sûre de vous alimenter en marivaudages pendant tout ce chapitre, j'aime mieux, honnêtement, élargir le champ de vision. On reviendra sur Marivaux à l'occasion,  il ne faut tout de même pas que les uns ou les autres - moi d'un côté, vous de l'autre, mes belins-belines - nous nous sentions encorsetés coincés ficelés : vous finiriez par me fuir comme la peste (rassurez-moi : l'exode n'a pas encore commencé? l'ennui n'a pas encore ravagé vos rangs? vous êtes toujours aussi nombreux à m'écouter?) et moi je finirais au désert, comme Alceste, sans la moindre lueur de confiance en la nature humaine. Donc, on reviendra sur Marivaux à l'occasion. Aujourd'hui, certes, toujours théâtre, mais je voudrais revenir sur "Les Justes" et "Les Mains sales" (vous allez dire que j'ai beau les trouver poussiéreuses, j'y reviens toujours, sur ces pièces plus marquées par leur époque qu'on ne veut bien le dire). Je pense à la future (et très proche) mort de Dora, qui prend la suite de Yanek pour la prochaine bombe : elle sait qu'elle y laissera sa peau,  mais elle la lancera pour être sûre de mourir. Parce qu'elle ne peut supporter que Yanek soit mort en la laissant seule. Je pense à la raison pour laquelle Annenkov  est entré dans les rangs de l'armée secrète : - "Depuis quand n'as-tu pas aimé, Boria? - Quatre ans. - Depuis quand es-tu à l'organisation? - Quatre ans.(Silence)". Et avec Sartre il y a toute une complexité d'arrière-plans sentimentaux qui gâchent la spécificité de l'engagement politique. Cela fait réfléchir tout de même, puisqu'on considère ces deux textes comme les deux grands drames sur l'engagement dans la lutte armée, secrète, en rébellion contre le pouvoir en place. Et si en plus on considère de près les deux héros qui vont gaiement à la mort, Hugo parce que le parti le juge "non récupérable", Yanek parce qu'il a jeté la bombe et tué le grand-duc, on s'aperçoit que les deux auteurs les ont faits d'une espèce plus raffinée : Hugo est "un aristocrate", Yanek est " le barine".Qu'est-ce à dire, mes belins-belines? Faut-il du sang bleu dans les veines pour se rébeller, pour entrer dans la résistance quelle qu'elle soit? Dommage qu'ils soient morts, et morts déjà depuis longtemps, ces deux dramaturges; je leur aurais volontiers demandé ce qu'ils pensaient tout au fond d'eux-mêmes en donnant cette distinction particulière à leurs héros. C'est vrai, ça, la question se pose.
Et moi, ce genre de question-là, ça m'agace puissamment de ne pouvoir y répondre ni m'adresser à quiconque le pourrait. C'est comme si tout d'un coup j'avais trouvé un ver dans un fruit.
     Mais c'est tout de même quelque chose que de constater que les éléments sentimentaux sont quasi indispensables pour donner forme humaine à une pièce de théâtre. Là j'ai été un peu obligée de gratter sous la surface pour les mettre en lumière, pourtant chez Camus il y a un passage qui devrait être analysé de près, on passe trop vite sur des répliques données à voix brève. Stepan - le dur, le graniteux, le blindé contre le sentiment - est chargé de "raconter" comment est mort Yanek. C'est Dora qui pose les questions, en refoulant son émotion. Et, alors que son compte-rendu est déjà fait, Stepan ajoute quelques détails : comment il était habillé, comment il a frotté une petite tache de boue sur sa chaussure - manifestement il invente, afin de répondre aux questions de Dora. Il y a dans ce bref passage une émotion qui se remarque difficilement à la représentation - du moins ici ne l'ai-je pas perçue, elle doit s'ajouter, distincte d'elle, à l'émotion générale concernant la mort de Yanek : c'est, dans le texte, le bouleversement en profondeur du terroriste à tout crin qui s'émeut de la douleur d'une femme, même s'il donne comme raison à ceux qui s'étonnent de cette perception de tant de détails (alors que le récit est déjà de seconde main) qu'il a posé les questions pertinentes au transmetteur de l'événement parce qu'il était plein d'envie du héros et de son sort. J'ai aimé cette ouverture silencieuse sur des sentiments silencieux. C'est là que les "characters" deviennent "round", plein de sens et de chair, au lieu de rester dessinés dans du carton depuis le début de l'aventure écrite. Vous voyez, mes belins-belines, je reviens toujours à mes idées fixes. Puisque c'est pour vous faire 
réfléchir, qui pourrait s'en plaindre, à part vous? N'allons pas plus loin. Les chats, les chats! A demain.

                                                                                                         Lucette DESVIGNES.





















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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 09:42

Bon, vous êtes tout ouïe, j'espère? Alors voici la chose. Dans une espèce de prologue, le metteur en scène fait venir la Princesse sur la gauche (donc côté jardin: vous savez, Jardin et Cour? Jésus Christ? droite et gauche? comme à l'armée on enseignait aux campagnards qui ne savaient pas marcher au pas "Foin, Paille! Musette, Bidon!" au lieu de "Une,  deusse! " trop dur à mémoriser) sur la gauche de la scène, donc, comme si elle accouchait : manifestement enceinte jusqu'aux yeux, elle est prétendûment grosse de son désir de noblesse que le Roi de Castille va combler, preuve qu'elle n'attendait que cette demande de sa main à elle et l' offre de sa main à lui (ce qui est curieux, car ce pauvre Roi de Castille n'est que par-ci par-là dans la pièce une sorte de passant un peu empaillé, sans rien qui suscite de partager de la gloire avec lui fût-elle royale). Vous voyez donc comme les choses sont devenues claires : cette femme prête à accoucher, quand après ce prologue surajouté vous la retrouvez fière et  flambante en Princesse de Barcelone, vous permet de comprendre qu'elle est obsédée par l'idée de régner, et vous ne la perdez plus de vue - sauf qu'elle n'a plus l'air d'une future maman, comme on dit, mais tout de même la vision première perdure dans votre mémoire de spectateur. Et c'est rudement utile, parce que dans le texte de Marivaux la seule chose qui compte c'est cette bataille de femmes à fleurets plus ou moins émouchés (la plus forte n'hésitant pas à faire appel à la coercition pour faire taire les sentiments des autres), si bien que, à partir d'un texte où tout de même c'est le Prince - le beau Lélio - qui est le héros de l'histoire, l'accroche-coeur, dans ses difficultés avec la Princesse qui d'abord fait de lui son favori puis le voue à l'exécration, on ne devrait selon le metteur en scène s'occuper que de l'accouchement de la Princesse (accouchement de son désir de noblesse, je le reprécise). Normal, non, puisque l'événement a été officiellement programmé? La maïeutique en exercice dans cette vision de sage-femme ne me paraît certes pas aller dans la ligne droite des interprétations logiques : on devrait plutôt suivre le parcours sentimental d'une femme vexée dans ses colères de femme qui, amoureuse d'un homme, le découvre  amoureux d'une autre, et voir dans quelle mesure elle va décider d'user de sa puissance pour sévir contre le couple amoureux, puisqu'elle croit qu'elle peut agir, sans avoir à lui donner de justifications, envers tout sujet exposé à sa tyrannie. L'histoire de la noblesse déclenchant une gestation aussi spectaculaire vaut son pesant de moutarde (Dijon oblige) : fallait le faire, pourrait-on dire en conclusion,  fifty-fifty admiration éberluée pour l'industrie des neurones du réalisateur, mais sans oublier la pitié pour l'état de son cerveau malade (ou son propre désir de gloire par l'originalité de sa prestation, c'est tout un pour moi).

Nous voilà rendus, mais j'ai d'autres choses en réserve, si ça vous convient (et si ça ne vous convient pas... vous savez que faire). Je salue vos chats du fond du coeur. A demain, vous, les muets.

                                                                                                 Lucette DESVIGNES.

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 18:06
     Marivaux, mes belins-belines, on parlait de Marivaux. Et je vous disais qu'à l'occasion du bi-centenaire de sa mort on avait vu du Marivaux fleurir partout. Ne croyez pas que je m'en sois jamais plainte! Que non pas! Pour moi, Marivaux est une source inépuisable d'apaisement et de sourires du coeur (croyez-moi : il n'y a pas beaucoup de dramaturges dont on puisse dire autant). On n'est bien sûr pas obligé de partager mon engouement (ma mère disait qu'on y mentait tout le temps, dans ce théâtre - elle n'avait pas tous les torts, mais elle avait le tort de ne pas en apprécier toutes les subtilités, de ces mensonges ou de ces feintes). Et qu'on ne me dise pas que Molière lui dame le pion puisqu'on peut le donner en représentation dans tous les pays du monde: tout le monde rit même sans comprendre le texte.Je ne me lance pas dans la discussion.Je comprends fort bien qu'on préfère Molière, moi je préfère Marivaux, vous le voyez j'annonce la couleur fort honnêtement, de toute façon, que vous l'aimiez ou que vous ne l'aimiez pas peu importe : l'histoire que je vais vous conter est indépendante de toute  passion ou aversion. D'ailleurs, vous conter... certes je vais vous dire les faits, mais précisément ce n'est pas une histoire inventée.
     Dans "Le Prince travesti", une rivalité violente malgré les belles manières de la Cour oppose Hortense, jeune veuve, à la Princesse de Barcelone dont elle est la confidente, à propos du Prince de Léon arrivé à la Cour sous le nom de Lélio et dont elles sont toutes deux amoureuses. La Princesse laisse voir son penchant à sa confidente, alors qu'Hortense et Lélio se sont déjà en secret engagés l'un à l'autre. Avant que les choses ne se gâtent par trop (et surtout avant que la Princesse n'ait pu se croire dédaignée en public), le roi de Castille, jusqu'ici se présentant comme un simple ambassadeur, lui offre sa main et son coeur (comme on dit). Tout s'apaise : la Princesse est honorée de cette union, le trône de Castille vaut bien un Lélio...même si ce Lélio se révèle être un Prince. J'ai schématisé, bien entendu, mais j'ai fait ressortir l'essentiel du problème pour la dignité de la Princesse. Certes elle accepte un parti royal, mais ce sera tout de même un prix de consolation, et on a un peu l'impression qu'elle se sent frustrée au fond d'elle-même, tout en terminant la comédie dans la gloire. Or un metteur en scène de l'année du bicentenaire (!) a trouvé qu'il fallait expliquer son acceptation finale qui ne correspondait pas au choix de son coeur. Devinez un peu ce qu'il a concocté pour rendre les choses claires, évidentes, sautant aux yeux. Non vous ne pourrez pas, même si je vous le donne en mille! Oh mes belins-belines, je vous garde ça au chaud pour demain, vous n'en croirez ni vos yeux ni vos oreilles quand vous connaîtrez cette mirifique mise en branle d'une imagination souffreteuse. Dans l'excitation de l'attente, ne négligez pas les chats, n'est-ce pas? Je me fâcherais, sinon.
                                                                                                               Lucette DESVIGNES.
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 09:08

     J'ai tout de même retiré quelque chose de cette confrontation Camus-Sartre de la semaine dernière. C'est que Sartre est beaucoup plus théâtral que Camus. Mauvais choix d'adjectif, d'ailleurs : théâtral contient une ombre de dépréciation (pas pour moi : j'aime assez quand un acteur "joue théâtre", ce n'est pas donné à tout le monde, et Brialy le faisait fort bien, sans pour autant arriver à la cheville de Saturnin Fabre, inconnu de plusieurs générations mais sans doute non oublié de la mienne) et précisément ce que je voulais dire est que le dialogue de Sartre passe infiniment mieux la rampe, plus enlevé, plus concret, plus rapide - l'échange de répliques et de jeux de scène entre la jeune femme de Hugo et les deux gardes du corps de Hoederer était un régal. Avec Camus, on a l'impression que rien ne peut se dire sans contenir son poids de philosophie, ça n'allège guère le débit ni le flux des échanges. C'est certainement cela la raison profonde du semi-échec des "Justes" : vérification facile via l'ennui secrété par la deuxième partie des "Mains sales", dès lors qu'il n'est plus question que de discussions sur la nécessité du compromis ou l'obligation de pureté. Cela dit, qui s'imposait par rapport à l'impact dramatique sur un public d'une pièce ou d'une autre, je trouve toujours aussi poussiéreux les enjeux de ces dialogues. Il est difficile, à mon avis, de les remettre en piste en les réactualisant. Bien sûr, les problèmes du terrorisme sont toujours aussi aigus, et sa définition toujours discutable puisqu'il peut - il doit, me semble-t-il - s'évaluer comme la Résistance d'un peuple opprimé ou occupé qui n'a plus d'autre moyen de se faire entendre, ni même de faire savoir qu'il existe toujours puisqu'on le bâillonne et qu'on le martyrise.  Le mot de "Justes" d'ailleurs introduit un arrière-plan historique plus contemporain qui ne fait que brouiller les pistes.
     Bon. Sufficit  ("Il suffit" : vous entendez le ton des personnages de nos grands classiques? vous voyez le geste autoritaire qui coupe court à tout prolongement?). J'aimerais passer à autre chose, et vous commencer (car je doute que j'aurai le temps de finir) ce que je vous ai promis sur Marivaux et sur la manière de l'interpéter qu'ont eue (et qu'on toujours, hélas) les metteurs en scène avides d'originalité à peu de frais (comme si à lui tout seul il n'en regorgeait pas : je pense aux représentations de Marivaux chez Jean Vilar ou Georges Wilson voire Bluwal, où l'exquise finesse des textes et des situations  était mise en lumière à force de scrupules et de respect). Cela remonte à 1963, pour le bicentenaire de sa mort : il y eut alors soudain une floraison de représentations, pièces bien connues ou moins connues, sur la scène ou le petit écran (et non des moindres), où chaque réalisateur voulait montrer ce qu'il avait compris, ou voulait expliciter quelque chose qu'il était le seul à avoir perçu. Ah! la belle année pour le théâtre! Mais parfois Marivaux n'y eût pas reconnu ses petits... On verra ça demain,  si vous êtes là mes belins-belines. Caresses aux chats de votre connaissance.

                                                                                            Lucette DESVIGNES.

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