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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 09:12
Deuxième tome, oui, pourquoi pas? Quand on a trouvé - fût-ce chez Charles d'Orléans - un joli titre, on peut le rééditer. Attendez-vous donc à des récidives, elles ne sont pas dangereuses autant que celles des violeurs libérés trop tôt. Donc hier brouillard. Aujourd'hui neige, si vous le voulez bien, et même si dehors il fait un soleil éclatant. La neige, avant, pendant et après : les couleurs, les contours proches ou lointains, les nuances de gris de bleu de mauve d'orangé, les façons de faire des flocons (papillonnants, cinglants, mollassons à courtiser la mort lente, cristallisés de glace, se laissant glisser jusqu'à terre en ralenti élaboré, tombant tout droit tout chargés de matière, s'écrasant sur les vitres avec un bruit de crachat,la neige, quoi). Et sa manière de s'insinuer elle aussi dans les manches - un autre type d'incursion glacée que celle du brouillard, il faut avoir connu les deux pour pouvoir comparer . Et puis au-delà des impressions sensorielles  - les yeux, les oreilles (le bruit de la neige, l'avez-vous déjà entendu? moi oui),la peau - il faut aller jusqu'à la signification profonde. Rien de gratuit, le terme même de description me gêne, même si c'est à ce type d'exercice qu'on m'a entraînée dès que j'ai su tenir une plume sans trop griffer le papier. La scène à faire, je vous ai déjà dit tout le mal que j'en pense; ces automatismes, ces choses auxquelles on s'attend, il n'y a rien de plus vide , de plus déplaisant, de plus trompeur. La climatologie ne devrait entrer dans le récit romanesque que si elle veut dire quelque chose. Avec la neige je vous en donne deux exemples - je pourrais en trouver d'autres. Ainsi d'abord Jeanne, surprise par une violente chute de neige dans la voiture de M. Barandelle alors que lui est allé devant aider le cheval à tirer, commence par examiner les chorégraphies diverses et contrariées des flocons qui s'enfilent jusque sous la capote du cabriolet, mais vite elle veut participer à l'effort de l'homme et de la bête, elle saute hors de la voiture au risque de tomber et se place de l'autre côté du cheval, tenant un bout de rêne,, préfigurant déjà l'effort de ce qui sera leur couple : ils ne se sont encore rien dit, mais ils partageront tout avec passion, les joies et les épreuves  - dans la neige déjà Jeanne enfonce jusqu'aux chevilles, trempe le bas de sa robe et de son manteau mais se réjouit de cette aventure pleine de sens, tandis que M.Barandelle rit sous les flocons et done à Jeanne l'impression qu'il va chanter. Autre exemple : dans "La Brise en Poupe", Mich qui dessine d'instinct sans avoir appris - et pour cause - se met soudain à l'aquarelle d'avoir observé les nuances de la neige qui entoure la cabane en rondins. Le gris le bleu l'argent le plomb le blanc éclatant vont révéler à son talent qui se cherche un enrichissement de ses techniques. C'est d'un oeil spécialement intéressé qu'il contemple les étendues de neige avant de les transposer fiévreusement sur son papier. D'ailleurs on peut déjà aller au-delà du domaine pictural pur;  cet instinct de dissocier la matière de son essence préfigure ce que seront par la suite ses amours avec Leni . Je prends ici le ton d'un speaker distingué qui rappelle le titre et le nom du compositeur juste après l'audition d'un morceau : "C'était la neige autour de Sweet Forelle, extrait de La Brise en Poupe". Ben oui, c'était ça mon deuxième exemple. Demain on s'attaque à la pluie, mettez les petites laines. A demain. Pour les chats tiédissez le lait du soir avant de leur souhaiter bonne nuit.
                                                                                                 Lucette DESVIGNES;
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lucette desvignes
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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 10:06

Pourquoi ne pas commencer cette contribution d'aujourd'hui par une citation de Charles d'Orléans? Il est bien lointain, le pauvre, mais c'était je crois un vrai poète (le "je crois", fait impression, n'est-ce pas? ça fait juge intègre, objectif, rigoureux, de bonne foi - en vérité cela veut simplement dire que je suis loin de tout connaître de l'oeuvre dudit, mais que personne, et pour cause,  ne me jetterait la pierre si je le citais de travers). Donc, c'est la suite normale de la météorologie d'hier (encore que mes propos se soient davantage portés sur les météorologues soudain devenus romanciers que sur leurs annonces toujours pareilles et dont tout le monde se moque, il faut bien le dire). Eh bien  justement : aujourd'hui on va s'occuper de la pluie, du vent et du grésil, car je vous assure qu'il y a tout ce qu'il faut dans mes bouquins, ça n'est même pas la peine de chercher, ça vous arrive dessus sans crier gare. Le brouillard, d'abord, avec son flou qui convient si bien aux petits matins de Toussaint quand il s'agit de traverser la Bresse pour arriver en Bourgogne par Saint-Laurent -lès-Mâcon (au passage je signale, mon instinct d'enseignement n'étant pas mort, qu'il faut un accent circonflexe sur le a mais qu'il n'en faut pas sur le a de Chalon-sur-Saône, comme il ne lui faut pas de s non plus tandis qu'il en faut un à Châlons-sur-Marne et, toujours au passage puisqu'on est en Bourgogne du Sud mes amours, on dit Tournus et non Tournusse - est-ce que nous disons Parisse, nous autres?). J'ai commencé par le brouillard parce que c'est ce qui arrive par ordre chronologique dans "Les Mains nues", il y aura bien d'autres choses à traiter par la suite, mais vous allez peut-être trouver drôle que lorsqu'on me dit "Ah cette description sur plusieurs pages! C'est tellement ça! On croirait que vous vous êtes assise sur un pliant au bord de la route ou derrière une fenêtre pour pouvoir mieux observer!" j'aie envie de répondre la vérité : mes belins-belines, j'ai écrit cette traversée de la Bresse en Egypte, à Gizah, où une tempête de sable m'avait coincée au pied des pyramides, et j'étais tellement oppressée, je ne pouvais reprendre mon souffle, j'ai même tellement cru que j'allais y rester que j'ai évoqué ce qui me fait le plus d'effet côté température, le brouillard de mon enfance : je suis une fille de la Saône, ne l'oubliez pas, et d'évoquer ce froid humide qui vous glisse dans les manches comme un serpent j'ai pu retrouver mon souffle et mon sang-froid, mais naturellement l'évocation complète et définitivement utile n'a pu s'effectuer que par l'écriture, bic et bloc en fonction pendant quelque temps. L'humidité du brouillard le soir du dernier petit tour avant le couvre-feu pendant l'Occupation, celle des traînées blafardes le long de la Saône (blafardes, vous vous rappelez? blanc-bleu, pas blanc-jaune ni blanc-vert) dont le souvenir rafraîchit Julien pendant ses crises de fièvre en face de son papier peint (une petite rose jaune à bouton rose avec un petit noeud de voile mauve, etc. "mais on dirait du Robbe-Grillet!" s'exclamait Pivot en des temps plus anciens en plaquant "Clair de Nuit" sur son genou), oui, le brouillard a joué un rôle dans ma vie et tout naturellement il est passé dans mon écriture. Le brouillard, c'est ce qui donne ce flou artistique aux contours les plus affirmés, c'est un peu notre mousse de Virginie à nous - ces longues bannières  végétales qui pendent aux branches des grands arbres dans le sud-est américain et leur donnent la grâce que donnaient aux robes des dames, au XVème siècle, ces immenses manches en pointe. Ah le brouillard...

     Demain on passe au reste de la climatologie romanesque. Prenez des forces auparavant, car il y aura fort à faire. N'oubliez pas les salutations aux chats pour autant. A demain. Prenez toutefois un parapluie, on ne sait jamais. 

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lucette desvignes
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 10:25

Je viens de m'apercevoir (avec l'esprit d'escalier, dirait ma mère qui tenait beaucoup à cette formule et se l'attribuait avec complaisance lorsqu'elle avait loupé une bonne occasion, voire une simple occasion de se taire) qu'hier la priorité était donnée au temps et à la météorologie. Ce n'était pas du tout dans mes intentions, mais puisque les stars de la météorologie télévisée se lancent (et avec quel talent, mon dieu mon dieu) dans l'écriture de romans-confidences, je ne vois pas pourquoi moi aussi je ne marcherais pas sur leurs brisées. Certainement pas, d'ailleurs, pour arriver à leur relevé de droits d'auteurs : quand vous faites la météo sur TF1 pendant des années (ce qui prouve que vous ne répugnez à rien), vous offrez un visage connu à vos auditeurs, une manière comme une autre de les caresser dans le sens du poil, de leur cligner de l'oeil, "Attendez un peu mes petits amis, quand je me lancerai dans l'écriture je vous dis que ça fera un malheur" - de quoi, dans le public, se lécher les lèvres d'impatience et se jurer que quand le moment serait venu, oui oui oui on le lui achèterait, son roman-confidences, surtout si par la même occase il était un peu léger voire osé, ça serait comme qui dirait tout bénéf). Non, donc, pour rivaliser avec son relevé de droits d'auteurs, à celle-là,  mais simplement pour répondre à cette provocation permanente qu'est la disposition naturelle des journalistes, depuis peu, à devenir romanciers. Je ne connais pas de romanciers qui se découvrent tout par un coup, comme on dit en Saône-et-Loire, d'extraordinaires talents pour la météo et sa présentation sur les étranges lucarnes - alors pourquoi cette injustice? Serait-ce que les journalistes même météorologues sont plus doués pour tout faire que les gens de lettres? En tout cas, le problème est posé (aussi simple à résoudre  que l'équation Salah Hamouri franco-palestinien  prisonnier des Israëliens = Guilal Shalit franco-israëlien prisonnier des Palestiniens : oui, c'est tout simple, eh bien non, le franco-israëlien "c'est la France, quand on le touche ça fait mal à Monsieur Sarkozy" , et le franco-palestinien Monsieur Sarkozy ne le touche pas avec des pincettes, il l'ignore, il ignore sa famille (française) quand elle voudrait être reçue, c'est pas la France çui-là oh que non - comme quoi vous voyez que ce qui vous paraît simple est au fond rudement compliqué, c'est sans doute pour ça que je ne me sens pas de disposition à présenter la météorologie sur TF1, tant pis pour moi, j'aurais pu me récolter un bon public, j'ai une bonne plume je vous assure, mais côté météo je suis nulle, alors ça se verrait, tandis que, une fois le côté météo assuré,  une journaliste peut être nulle en écriture ça se voit pas).

    Je viens de vous dire que je suis nulle côté météo, mais ça n'est pas vrai! Quelle idée de me calomnier comme ça!  C'est que précisément je vois une drôle de différence entre la météo à présenter (gestuelle précieuse des doigts, bagou infernal et ininterrompu auquel on ne comprend rien, évolutions quasi chorégraphiques devant des cartes qu'il ne faut surtout pas effleurer même du bout des ongles : au fond je n'ai pas besoin de vous énumérer les différentes phases, vents, dépressions, cyclones amis ou ennemis,  courants,  Açores, températures, vous connaissez ça comme moi et tous les jours c'est pareil) et la météo telle que je l'utilise autour de mes personnages et en rapport, souvent, avec leur destin. Voilà, le personnage se profile, avec son biotope aussi pardi! De quoi vous en dire plus demain, mes belins-belines, si vous aimez la météo des gens de lettres. D'ici là, bonsoir aux chats. A demain, la pluie, la neige, l'orage, on va pouvoir enfin se marrer. 

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lucette desvignes
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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 10:36

   Baudelaire parlait si bien de l'ennui pesant sur vous comme un couvercle, c'était un jour comme aujourd'hui qui avait dû l'inspirer. Triste, gris, lourd, l'impression que ce qu'on respire c'est un air épais, et qui va vous faire faute d'un instant à l'autre. Pas la moindre luminosité en aucun point du ciel, qui s'étend opaque, se bornant à décliner (au sens latin, pardonnez-moi, je n'y peux rien) les nuances d'un blanc sale : le blême, qui est le blanc jaune, le blafard, qui est le blanc bleu, et le livide,  qui est le blanc vert. Et les squelettes des frênes en bordure du parc, grêles et souffreteux dans leur gris noirâtre,  avec leurs touffes de gui plus sombres que j'aimerais pouvoir prendre pour des nids de corbeaux (mais hélas je sais bien qu'en trente ans les corbeaux si nombreux à mon arrivée ont tous disparu) n'arrangent rien côté joie de vivre. Ce serait le moment de s'exclamer "Sursum corda!" avec panache (ah oui,  c'est vrai, pardon : "Haut les coeurs",  rien de plus - vieille formule démodée,"Hands up!" c'est beaucoup plus populaire et beaucoup plus pratiqué, mais en toute franchise "Haut les mains!" ne m'arrangerait guère non plus aujourd'hui, même si "Haut les coeurs!" reste aussi sans effet). Il y a des jours comme ça, que voulez-vous. C'étaient les jours sans, on disait ça pendant l'Occupation, c'était tout ce qu'on pouvait faire et ça ne consolait pas non plus. On disait ça sur un ton résigné et tristounet, c'était tout ce qu'on pouvait se procurer sans ticket. "One of those days", dans la langue de la perfide Albion - ton tristounet aussi, la voix en descente, quatre syllabes qui se perdent au fond de la gorge.
   Bon. Tout le monde a compris. Un jour triste, oui. L'inspiration ne va guère pouvoir décoller, ou si peu! Si je pouvais compter sur vous, mes belins-belines, je me dirais :" Oh, ils vont se manifester, ils vont me dire un petit mot - même si c'était "Eh bien chez nous au contraire on a un beau ciel bleu, qu'est-ce que vous nous racontez avec votre temps de cafard?" , oui, même si c'était pour me hausser carrément les épaules en pleine face, je verrais tout à coup le ciel s'éclaircir, perdre ses variations sur le blanc malpropre, peut-être même que j'apercevrais un petit coin de bleu, du bleu pâle, du bleu azur, du bleu nuage, du bleu céladon, du bleu turquoise, du bleu bleuet. Oui, mais voilà : vous ne vous manifestez pas.... Mais j'y pense ("'Mais c'est bien sûr", comme on disait à la fin des Cinq Dernières Minutes) - vous ne pouvez pas vous cultiver en conversant avec moi! Bien sûr que non, vous êtes tous et toutes dans les embouteillages, les kilomètres de bouchons, les aires de repos surpeuplées (si vous avez pu vous y enfiler -  sans d'ailleurs avoir réfléchi au moyen de vous en sortir, ça se fera pas tout seul non plus, qu'est-ce que vous croyiez, mes petits pigeons?), les heures de conduite exaspérante qui vont réduire d'autant le bienfait de vos vacances de neige... Ce serait plutôt à moi à vous consoler, à vous encourager! Courage, donc, mes belins-belines, courage, vous allez pouvoir vous remettre de vos fatigues demain en regagnant le bureau, c'est fait pour ça, la reprise du travail. Du coup, je pense à vous avec soulagement, ça me redonne un peu de tonus, à demain, bien le bonjour à vos chats si y a personne chez vous. A demain, bon dimanche pour ce qu'il en reste.

 

                                                                                                                  Lucette Desvignes




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lucette desvignes
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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:21
Vous remarquerez la nuance d'intensité entre le titre d'hier et celui d'aujourd'hui : "Encore," certes, dans les deux : à interpréter ad libitum (autrement dit, à volonté -  pour ceux qui ne possèdent ni pages roses ni NPLI, Nouveau Petit Larousse Illustré) soit sur un ton tout gonflé de suffisance ("vous voyez ça! j'en ai encore, des choses à dire là-dessus!"), soit vaguement agacé ("On n'en finira donc jamais!") en théorie le premier ton se rapportant à moi, le deuxième vous convenant davantage mes belins-belines, qui devez vous impatienter de me voir jamais (quand donc? mais quand donc?) en finir avec le personnage. D'autant que, ce personnage mâle ou femelle, je vous ai pratiquement interdit de l'imaginer de teint, de taille, de cheveux, de regard, d'allure etc. dès son arrivée dans un roman., et je vous concède que certains d'entre vous doivent être fort marris de ne pouvoir se raccrocher à de pareils adjuvants pour leurs imaginations déficientes ( allons, franchement, qu'avez-vous besoin dès l'abord de savoir à quoi ressemble un personnage ou un autre? Laissez-lui le temps de s'imposer, bon sang! de s'habituer à vous et vous à lui de manière à envisager un,parcours de quelques centaines de pages de conserve; petit à petit vous découvrirez la couleur de ses yeux à un moment où l'autre le regardera en face, ou vous verrez la beauté de ses dents - ou, pourquoi non, la laideur de ses chicots -  à un moment où l'autre le verra rire :  est-ce que ça n'est pas mieux comme ça?). Dites-moi donc vite si vous n'en êtes pas d'accord : le sachant je m'abstiendrai de faire allusion à cette lenteur réfléchie de la découverte du physique qui me paraît si logique, allant de soi. Mais je sais aussi comme c'est difficile de lutter contre des habitudes bonnes ou mauvaises prises dès le jeune âge : si on vous a dit que c'était bien de savoir dès l'abord à qui vous aviez à faire (un grand gaillard brun, un avorton rouquin, une boiteuse qui louche etc etc.), alors vous aurez du mal, malgré une bonne volonté dont je ne doute pas puisque vous faites partie du nombre restreint de mes belins-belines fidèles, à vous passer du portrait qu'on vous a toujours présenté comme un article de foi des auteurs pour vous aider à vous représenter un individu qui entre dans votre circuit culturel. Je vous signale au passage que je n'écris pas "ou individue" parce que je suis irrécupérablement hostile à la féminisation des noms du genre commun (voir plus haut), mais je ne doute pas que quelque jour proche on ne lui accroche tendrement un e à la queue, à ce mot qui ne demandait rien à personne. J'espère bien ne plus être là pour voir ça, j'en ai déjà vu suffisamment, merci, j'ai déjà donné. A propos de cette merveilleuse formule "qui ne demandait rien à personne", cela me rappelle une petite histoire (vraie) d'un gars de Nanton près de Saint-Gengoux (vous voyez, ça n'est pas la Provence) qui montrait partout ses paluches toutes meurtries et griffées et piétinées :" il  sortait de son cellier sans rien demander à personne, et ces cons-là lui avaient marché sur les mains en passant". Je pense que, du côté de la victime comme du côté des passants, il avait dû y avoit pas mal de vent soufflant dans les voiles ce matin-là. J'ai d'ailleurs dans mes bagages le portrait sonore d'un ouvrier potier qui demandait dix sous tous les samedis soirs à la patronne de la poterie ("Dix sous! Mais qu'est-ce que tu veux donc en faire? Tiens, les voilà, et tâche de les rapporter!") et qui, les dix sous dépensés au cabaret, régalait la patronne, en rentrant aux petites heures,  de l'exécution retentissante et avinée du Temps des Cerises. Au passage, je me demande ce que cela ajouterait au personnage si on précisait qu'il avait une barbe grise ou qu'il avait les yeux bleus J'aimerais savoir ce qu'honnêtement vous en pensez.Mais voilà encore une de ces choses où vous me laisserez sur ma faim. Comment voulez-vous que je tienne compte de vos desiderata si vous refusez de m'en faire part? Allons, je vois bien que je vais encore ce soir faire le poing dans ma poche en vous quittant. Cela m'attriste, mais surtout que les minets n'en souffrent pas! A demain.
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 11:09

Les gestes du personnage, surtout dès les premiers contacts du lecteur avec lui, sont à mon avis  aussi importants que sa taille, la teinte de ses cheveux, la couleur de ses yeux. Ce qu'on doit deviner est tellement plus gratifiant, dans une lecture, que ce qui vous est asséné impérativement... Et chaque geste a une portée, une signification, traduit - voire trahit - un élément de sa personnalité. Ainsi je pense à la première rencontre de Marrain et de Jeanne (j'avais bien entendu totalement oublié qu'il s'agissait avec eux de mon grand père et de ma grand-mère maternels : pour moi ils étaient deux êtres dont la passion devait se mettre en branle dès le premier échange de regards, même et surtout si cette mise en branle était souterraine, ignorée d'eux encore pour quelque temps). La rencontre avait lieu   en dehors du cercle de famille regroupé à la cuisine, autour de la lampe à pétrole. Marrain est allé chercher dans le couloir où il les avait laissés les cadeaux de poterie qu'il avait destinés aux uns et aux autres, histoire de leur montrer son savoir-faire et son imagination de potier qui voudrait sortir  des sentiers battus. C'est donc dans le noir qu'il rencontre Jeanne, arrivant essoufflée de chez sa cousine et craignant de se faire gronder pour son retard. Elle débouche dans le couloir, et lui tient à la main la lampe à essence qui sert lorsqu'on se déplace d'une pièce à une autre. Il vient de déballer un ou deux de ses présents, il comprend qu'il va peut-être lui causer de l'effroi, à elle qui entre en trombe dans ce couloir sans savoir qu'il y a quelqu'un. Alors au lieu de lui braquer la lumière en plein visage - ce qui serait l'aveugler, ajouter encore à sa confusion - il approche la lampe de son visage à lui, afin qu'elle puisse le voir, qu'elle s'apaise, qu'elle ne se sente pas agressée.Ce qu'il dit n'a pas d'importance, elle ne l'a peut-être même pas entendu. Vous êtes Jeanne, bien sûr. Je suis Marrain, je vais rester quelque temps. Nouvelle variation sur l'air de Moi Tarzan, toi Jane - je vous dis ça maintenant, mais je vous assure qu'on n'y pense pas quand on les devine dans l'obscurité de leur couloir. Et Jeanne a surpris

Marrain un genou en terre pour mieux déballer les poteries de la malle - elle le verra donc d'abord de haut,  tandis que lui va pester quelques instants sur cette position qui humilie le mâle en lui. Ce sera pourtant l'atttude qu'il aura toute sa vie auprès de Jeanne, à laquelle il vouera une passion sans limite. Et elle, le souffle coupé, rassurée de découvrir ses traits à lui éclairés par la lampe à essence, garde sans y penser une main plaquée en étoile contre le bois de la porte, l'autre cramponnée à son fichu sur sa gorge : c'est la stupeur, l'expression d'une surprise  qui va jusqu'à l'incrédulité  (la seule chose que Jeanne eût demandée au Père, lors de sa première visite qui organisait le séjour de Marrain à la poterie de Cluny, c'était "Est-ce qu'il est beau au moins, votre fils?" ). Symbole aussi, cette attitude de Jeanne ainsi plaquée contre la porte, de cet attachement au premier amour: par-delà le déroulement de sa vie cahotante, son dernier mot sera le nom du bien-aimé. La couleur de ses yeux, la lampe à essence ne la montrera pas alors, ils auront d'autres occasions plus logiques d'être objet d'attention. Moi j'aime distribuer les effets du physique en fonction de leur rôle. Mais si vous préférez tout recevoir en paquet, en vrac, dès l'apparition du personnage, libre à vous. Il ne vous sera pas difficile de trouver des histoires où la photo des uns ou des autres vous sera offerte en prime. Bonne chasse! je préfère me retirer sur la pointe des pieds en vous chargeant seulement de faire mes politesses aux chats. Peut-être à demain, alors?

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lucette desvignes
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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 16:21
Les gens quelque peu au courant de mon théâtre et de sa publication (j'en compte quatre ou cinq, c'est pas si mal, au fond - I'm so easy to please, dit mon amie américaine à chaque instant, je ne vois pas pourquoi je ne reprendrai pas ça à mon compte) verront dans ce titre d'article un gros clin d'oeil à ma dernière pièce, celle parue aux USA au mois de septembre : Encore toi, Electre! Un gros clin d'oeil sonore, la couleur annoncée d'entrée (rien de comparable à ces films où paraît-il il y a des clins d'oeil incessants à Truffaut, à Godard, à Chabrol,à Rivette...- ??? -  ça c'est pour l'étagère franco-française, ou, côté américain, à Ford, à Hawks, à Huston, à Wilder - c'est peut-être moins imperceptible). Donc, gros clin d'oeil, gros effet : Encore toi, Personnage! Dame... Je vous ai déjà claironné qu'on ne devait pas savoir à quoi il ressemblait dès l'abord, j'ai insisté sur son biotope comme sur des adhérences délicates à trancher, vous me direz que ça ne vaut pas la bonne grosse description des familles qui vous dit tout de suite si c'est un avorton qui apparaît ou si au contraire c'est un bel homme. Mais je le dis! je le dis quand il le faut, pas avant. Par exemple, lorsque Jeanne, au repas d'enterrement du Père à Bourg, a entamé avec M. Barandelle une conversation décisive, elle ne fait attention - et c'est normal - qu'au son de sa voix grave. C'est lorsqu'il la quittera, avant la fin du déjeuner qui traîne, qu'elle remarque comme il est grand. Est-ce que ça ne nous suffit pas de le découvrir peu à peu, comme elle le fait, sans aller plus vite qu'elle? Maintenant si vous tenez à tout prix à savoir, dès la première rencontre dans un roman avec un personnage mâle ou femelle, ce qu'il a de bien et de pas bien, pourquoi ne pas non plus lui attacher au cou une pancarte avec l'énoncé de ses qualités morales? Attention! çui-là c'est un méchant, un fourbe, un sadique. Celle-là c'est une pauvre fille, elle a pas d'énergie, elle a pas de squelette, elle va se faire avoir à tous les coups, et çui-là encore c'est un brave garçon, y va se faire rouler dans la farine, pas assez méfiant avec ses beaux yeux noirs et ses cheveux frisés, et la belle-mère, là, avec ses lunettes et son chignon, une vraie belle-mère tiens donc, on peut s'attendre au pire rien qu'à la regarder.... En plus, quand on vous décrit un détective que vous allez retrouver dans d'autres bouquins, c'est bien de lui donner un signe distinctif : par exemple une mèche qui a repoussé blanche au milieu de ses tifs couleur corbeau depuis qu'il a reçu sans en mourir un coup de couteau à la tempe, et si en plus de ça il est fait allusion à sa femme qui est muette c'est parfait : d'un livre à l'autre vous avez l'impression de vous retrouver en territoire connu. Et alors? Qu'est-ce que ça vous apporte? Est-ce que ça explique l'insistance à décrire le physique du gars de la morgue, du médecin légiste appelé sur place, du témoin, de la maîtresse du mort? Je vous dis ça en catastrophe à propos d'un polar, car c'est souvent dans les polars qu'on a cette pléthore de portaits de gens qui apparaissent pour une seule petite prestation et puis qui disparaissent parce qu'en vérité ils n'avaient rien d'autre à faire dans le récit, mais combien de romans prétendus littéraires vous peignent des portraits léchés pendant lesquels vous vous ennuyez mortellement? Vous me direz qu'il faudrait juger sur pièce : je n'en disconviens pas, c'est une bonne méthode pour raison garder. Mais vous devriez aussi me dire, vous, si vous me suivez dans mes exemples. Cinéma, théâtre, romans des autres ou de moi, j'aimerais être sûre que ça suit, derrière. Sinon, à quoi bon, mes belins-belines? Allons, une petite caresse aux minous qui attendent, et à demain.
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lucette desvignes
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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 09:30
On va tâcher d'avancer sur le personnage. Si vous trouvez que ça ne va pas assez vite, c'est bien votre faute : vous n'avez qu'à me demander des comptes, des modifications, des retouches. Vous savez bien que je ne serais que trop heureuse de me plier à vos desiderata. Mais je ne vais pas remettre ça à chaque instant : tenez-vous le pour dit! Si ça n'avance pas au rythme souhaité, c'est vous qu'il faut blâmer. Davantage de portrait, davantage de biotope, moins de bavardage, plus de solide - à vous de voir et de demander. Moi j'obéis, et si vous saviez comme j'ai le caractère bien fait, docile et tout et tout vous en seriez attendris. Donc le portrait du personnage : si vous avez bien retenu le message de mes commentaires, vous connaissez déjà mon aversion pour la peinture en pied des individus arrivant dans un récit. Dans un roman que je suis en train de lire tous les soirs, j'ai pu vérifier le bien-fondé de mes préceptes (encore que je ne sois pas sûre du tout que l'écrivain   ait pu les connaître voire s'en inspirer - c'est une rencontre de génies, tout simplement). Ainsi, on est en compagnie d'un individu, plutôt sympathique d'ailleurs, depuis presque le début du roman, on sait seulement qu'il est souple et sportif puisqu'il s'entraîne à être acrobate et équilibriste, et c'est seulement parce que sa partenaire médite sur leur étrange liaison qu'elle le considère de près et, donc, qu'elle voit ses traits et, donc, que l'écrivain se juge autorisé à les décrire. J'aime cette démarche; elle correspond si bien à la vérité de nos gestes et de nos découvertes, en relation avec l'intensité ou l'indifférence de notre attention aux autres...Les scènes à faire, au théâtre comme dans le registre romanesque, sont toujours un peu grotesques, comme s'il y avait des règles de fabrication de l'écriture. Ici il ne s'agit de rien de tel; au cinéma ce serait le moment d'un gros plan, alors que jusqu'à présent on n'aurait vu l'homme que de loin. Le cinéma pourrait nous enseigner beaucoup de choses, des vérités comme des trucs, des allures comme des façons de faire; il peut analyser la vérité des actions et des sentiments avec une grande finesse, voire une originalité bienvenue - il faut savoir chercher et trier, bien entendu; mais c'est une règle générale que cette activité de sélection qui nous est dévolue. Et le portrait lui-même, mâle ou femelle bonnet blanc blanc bonnet tout pareil la même chose, n'a pas intérêt à être déroulé dans son entier sous prétexte qu'on en est là. Je pense par exemple à ces yeux si clairs de Leni, dans "Vent debout", qui sont si pareils à ceux de la mère de Wollef, à tel point qu'il peut passer de l'une à l'autre dans ses évocations, les taches de son de Leni aidant seules à la différenciation; ou encore à ces cheveux si blonds du fils et du père,  qui permettent la superposition des images dans le trouble de la mère lorsque le père lui impose le dimanche soir la loi du seigneur - et un dimanche de Pâques, en plus... La forme du nez, la proportion du front, l'implantation des oreilles n'ont rien à voir avec l'importance subjective du regard ou de la chevelure au moment où l'attention, d'ailleurs stimulée par le désir (c'est le moment d'en tenir compte, de celui-là), se fixe sur lui ou sur elle. J'étais bien partie, hein? Eh bien voilà quand même la fin de mes palabres qui se profile à l'horizon. Rester sur votre faim jusqu'à demain, ça n'est pas terrible quand même, si? Vous ne pouvez pas savoir le plaisir que vous me donnez à crier tous ensemble que vous aurez du mal à laisser passer le temps jusqu'au prochain entretien. Voilà comme je vous souhaiterais tous, mes belins-belines. Demain, nous allons démarrer en laissant pour cinq cents francs de gomme sur la piste, tombeau ouvert pôle position pas le temps de feuser on est déjà arrivé. Vous n'aurez qu'à bien attacher vos ceintures. Mais pour ce soir n'oubliez pas les chats. A demain.
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lucette desvignes
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 16:51
Oui, je veux encore vous parler du personnage, mais juste avant j'ouvre une parenthèse (toute petite, promis juré) pour vous exprimer mon étonnement devant une option qui a semblé s'être offerte à moi au hasard de tâtonnements sur ce blog non encore totalement apprivoisé par mes soins. Par curiosité, j'allais flâner du côté de mon profil, c'était intéressant de découvrir ce qu'on savait de moi. Eh bien, mes belins-belines, grosse surprise! Je me suis vue en photo! Du diable si je me rappelle avoir donné mon portrait, moi dont chaque séance de pose dresse les petits poils tout le long de ma moëlle épinière, moi qui suis capable à distance de faire louper une couvée de singes! Oui, une photo de moi! sur le blog! Et, autre surprise, elle se tient tranquillement blottie sur ce territoire du profil que jamais personne ne va consulter, certainement. Elle se tient là en réserve, qui donc ira la voir? C'est le gros ébahissement de la journée, peut-être même de la semaine. Mais peut-être qu'il y a dans cette administration du blog si invisible elle aussi (sauf qu'elle m'annonce de temps à autre que j'ai un commentaire, mais toujours sans se montrer) une sommité qui contrôle, qui trie, qui surveille... Auquel cas on a charitablement décidé de reléguer cette photo dans les catacombes, de crainte de décourager définitivement mes lecteurs. Pour une fois que la suprise n'avait pas été trop désagréable! C'est vrai, je ne me trouvais pas trop mal sur ce cliché, on voyait surtout l'étalage de mes livres devant moi, j'étais au fond, pas trop de détails visibles, ça pouvait passer. Mais après tout, s'ils ont jugé qu'il valait mieux épargner la sensibilité des flâneurs de passage sur mon blog, ils ont sans doute eu raison. Fin de la parenthèse (vous remarquerez qu'elle s'est déroulée sans signes graphiques autres qu'adventices, c'est que j'ai l'art de la manier).
     Bon. J'ai l'air d'avoir perdu du temps, en réalité c'était encore de portrait qu'il s'agissait. On va donc pouvoir reprendre sans besoin d'une autre transition le fil du discours, passablement sinueux je vous l'accorde mais avec moi au gouvernail vous n'avez pas besoin d'avoir peur. Droite dans mes bottes, Je garde le cap, Allons de l'avant : je vous ai déjà dit que toutes ces belles formules me convenaient, même si je ne suis pas aussi célèbre que les losers qui les ont fièrement prononcées à la télé (ah! cette télé, mais qu'est-ce qu'on ferait donc, qu'est-ce qu'on serait donc, si elle n'existait pas? pauvres de nous, je n'ose y penser). N ous parlions du personnage. Et je vous avais démontré qu'il n'était en rien nécessaire de savoir dès l'entrée si le héros était frisé ou si l'héroïne avait les yeux bleus. Restes de dévotion à Balzac ou désir de tout de suite remplir un quart de page avant d'aller plus loin : les deux raisons sont possibles mais à mon avis guère plus acceptables l'une que l'autre. J'avais une fois, dans un bouquin qu'on m'avait proposé comme modèle (et c'était un éditeur, bouic!) suivi pendant plusieurs pages la description d'une loge de concierge, je m'étais bien ennuyée mais au moins je pensais que la concierge allait jouer un rôle dans l'intrigue, eh bien pas du tout! Une fois les clés obtenues, et peut-être aussi quelques renseignements sur les habitudes du locataire décédé, on n'avait plus fait la moindre mention de la bonne femme. Je me suis toujours demandé si le modèle ne m'avait pas été sournoisement proposé pour m'apprendre à écrire des pages sans objet, qui sont là juste pour permettre à une histoire de prendre place dans une collection de gros polars. Et qu'il se soit agi de P.D.James n'arrange pas nos affaires. Surtout pas non plus notre entretien sur le portrait : je reprendrai demain, car je devine que vous allez m'accuser de ne pas avoir parlé de portrait chez cette concierge, mais tout simplement de son biotope. Il y a beaucoup à demêler sur ce point. je me concentrerai dessus dès demain. Ne faites pas sortir vos chats cette nuit : il y a beaucoup de vent, le vent leur diminue les capacités d'appréciations des vitesses des autos, c'est par les nuits de vent qu'ils se font écraser, fermez-les bien cette nuit. Mais après tout, ce que je vous en dis... A vous de voir. 
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lucette desvignes
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 10:34
C'est un beau titre, pour une fois : on dirait du Pinget, c'est tout dire (Pinget, oui : si vous ne connaissez pas, vous auriez intérêt à vous documenter). Un des grands de Minuit ancienne formule : Claude Simon, Samuel Becket, Robbe-Grillet, Butor, peut-être même Sarraute ou Duras (mais moi je suis pas fan de ces deux dames, c'est peut-être parce que j'ai toujours préféré la compagnie des messieurs, c'est bien possible). Un beau titre, donc - mais tout dépend de ce qui va trouver place entre les deux couvertures, comme on dit en anglais (et, naturellement, à supposer que le tout soit agencé comme une chose publiable avant même de tenter d'être publiée : en matière de texte à lire, il y a loin de la coupe aux lèvres, je ne vous apprends rien). En fait, le personnage (avec ou sans son biotope, ça c'est un autre sujet) n'existe pas dès le démarrage de votre histoire. Vous le sentez en vous, bien entendu, il est là,  tapi, muet, presque comme une tumeur bénigne, comme une petite induration, si vous appuyez un peu il va se mettre à vous gêner. D'ailleurs, si vous essayez de le négliger, si vous faites comme si vous n'aviez pas vu qu'il guettait votre regard, il va se mettre à s'agiter, à prendre du volume, à vouloir sortir. Vous ne pouvez que laisser faire. Et il finit par vous apparaître, pas encore grandeur nature, encore très marqué par ses zones d'ombre, se dissimulant à votre curiosité. Furtif, farouche presque. Vous ne voyez pas son visage  - et pourtant, calculez un peu le nombre de romans que vous avez lus qui vous infligeaient le portrait des individus au fur et à mesure qu'ils apparaissaient dans le récit : pour certains auteurs c'est une manie que cette sage application des principes balzaciens, dans la lignée des "sourcils à racines perdues" (?? on frissonne d'avoir à rencontrer ça dans un thème d'agrégation) ou des mensurations en pouces du mollet du Père Grandet, mais pour certains autres -  pas forcément les meilleurs oh là là -  cela occupe de l'espace, et s'ils ne savent pas pour eux-mêmes la couleur du poil, la stature, le poids, le teint, on les sent malheureux, aliors qu' une fois le portrait bien avancé ils ont l'impression que l'histoire avancera du même pas . Gageons que vous aussi, la plupart du temps, vous êtes bien contents quand on vous précise à quoi ressemblent les individus mâles et femelles qui surgissent tout d'un coup dans les paragraphes de ce que vous lisez. Ce doit être la fréquentation des magazines des salons de coiffure qui vous a formés intellectuellement, ma parole : pas une ligne de texte sans son image, on peut même se passer complètement de lire le texte du moment qu'on a vu de qui il s'agit (mais on sait tout sur le mâle ou la femelle : tour de taille, tour de poitrine, longueur de jambes, renflement des deltoïdes, musculature des pectoraux, accessoirement aussi le début ou la fin des liaisons avec l'ivresse ou la consternation les accompagnant - "Entre eux deux c'est fini!" ou "Sera-ce la grande passion cette fois-ci?" - si c'est là que vous tirez vos principes de lecture donc votre goût pour la lecture des romans, eh bien à la bonne vôtre! Vous ne méritez même pas que je vous entretienne de la naissance du personnage, je ne reprendrai que demain tant je suis découragée de vous amener à quelque chose. Il me reste juste la force de saluer vos chats. A demain, je vais tâcher de vous retrouver mais, vous savez, ce sera un  gros effort de ma part, et seulement parce que j'ai le sens du devoir bien enraciné. Je vous parlerai encore du personnage, si vous voulez vous abstenir, faites, faites...
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lucette desvignes
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