Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 15:56
Je ne pensais même pas vous contacter ce soir, mes belins-belines (toujours cette Mère Cotivet à l'arrière-plan de mes rapports avec vous, tant pis pour vous si ça ne vous convient pas, mais à mon avis vous auriez tort de vous fâcher, car c'était une ben brav'femme que cette Mère Cotivet,et la langue gentiment pendue, qui faisait honneur à sa tour métallurgique de Fourvière - c'était en d'autres temps...). La confusion à laquelle je fais référence dans mon titre vient de mon ordi, ben brav' lui aussi sauf quand il se bloque. Et on dirait qu'il fait exprès de se bloquer quand je me mets en position de blogguer. Il est peut-être jaloux. Il y a tant d'arcanes, de souterrains, de mystères, de complexités, d'inconnues pour tout dire dans l'organisme de ce machin qu'on peut bien à chaque instant tomber sur une cause de panne encore inédite. Moi je semble avoir un don spécial pour déclencher des malheurs dès que je touche à un instrument de notre quotidien : calculette, portable, appareil photo, CD ou DVD - je veux dire plutôt le lecteur ... Même la radio, depuis qu'au lieu d'un grand parallélépipède noir que je ne manipulais pas trop mal j'ai dû passer au ballon de rugby métallisé argent  - impossible de le maîtriser, celui-là; je sais qu'en théorie il pourrait me donner des informations ou me jouer de la musique, eh bien bernique! Dans ces conditions vous devriez m'imaginer jouant du skype ou du kaspersky; j'ai beau m'appliquer, déchiffrer les partitions (Word pour les Nuls, Internet pour les Nuls, tout le monde connaît ça mais il y en a à qui ça apporte quelque chose, pas à moi), pianoter avec la longue expérience que j'avais des claviers dans ma jeunesse trop tôt enfuie, rebernique! Tout se bloque, tout se fige, ce qui devait s'allumer s'éteint, ce qui devait s'éteindre s'allume - et en rouge, et avec des grognements de tompette rouillée. Pauvre de moi là en face! Même le dépanneur y perd son latin, pour un peu je lui arrangerais un petit lit de camp dans un coin de mon bureau pour lui éviter les allers et retours fébriles entre son atelier et mon ordi. mais je n'ai pas encore oser le lui proposer, c'est un jeune garçon charmant, il va se demander où je veux en venir.
Donc c'étaient les ennuis de mécanique qui me bloquaient mon blog, mais finalement je vais pouvoir débloquer avant le coucher du soleil - pour votre bénéfice exclusif, mes belins-belines. Je n'aurai certes guère le temps de développer des thèses subtiles, je me sens encore un peu comme les mains dans le cambouis au sortir de cette effervescence et de ces bouderies, mais je vais tâcher au moins de vous annoncer ce dont je pourrai vous parler demain, puisqu'entre vous et moi s'est créé ce merveilleux salon où l'on cause. A bâtons rompus, c'est la meilleure formule. Sinon, c'est vous qui prenez les commandes, vu? (et quand le pilote vous dit ça en plein vol au-dessus de l'Atlantique, ça vous fait un choc, j'en suis sûre et certaine). Demain, oui, auch ein Tag, ça nous laisse de la marge. Demain on pourrait parler du personnage (encore?) ou du décor (encore?) ou de l'observation du biotope (mais c'est pas vrai ???). On verra bien. Je vous concocte sans problème quelque chose, je n'aurai hélas plus ni Deadwood ni Twin Peaks pour restreindre mes programmes de travail. Tout juste la force de vous saluer, de vous inviter à faire vos politesses à vos chats (moi je n'ai pas besoin de pense-bête pour y penser), de vous souhaiter la bonne nuit et de vous donner rendez-vous à demain.
                                                                                                  Lucette Desvignes 
Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 11:32

On le dit souvent dans le domaine de la poésie : Le premier vers est donné par les dieux. Afin d' éclairer la lanterne de ceux de mes belins-belines pour lesquels ce serait là une découverte, j'évoquerai cette brutale incitation à continuer l'inspiration : un vers apparaît sur votre écran intérieur, on ne sait pas d'où il vient, mais il a la sonorité le sens la beauté qui vous conviennent exactement à ce moment précis, vous le dégustez avec délices, vous voudriez en prolonger l'impact, et au fond ce qui s'impose à vous comme seul moyen de faire durer le plaisir c'est de continuer le poème. Là commence la difficulté. C'était sans doute un autre que vous-même qui avait mis au monde cet alexandrin superbe (il y a toute chance que ce soit un alexandrin, c'est ce qui se passe chez moi en tout cas, même si par la suite, fidèle au grand Totor, je m'emploie à le désarticuler, ce grand niais), un autre, oui, car vous n'aviez jamais oeuvré de l'esprit en cette direction, vous êtes le premier étonné de cette association de syllabes si frappante, bref vous êtes ravi du cadeau mais vous ne savez pas trop qu'en faire. Et même si vous vous mettez en posture d'en faire quelque chose, la fin ne justifiant pas les moyens dans le domaine de la poésie, vous aurez du mal à accrocher derrière cette motrice séduisante les wagons de votre labeur. Vous voyez où se situe ma métaphore, question niveau.

Mon propos est clair cependant : quand vous recevez (d'où que ce soit, n'analysons rien pour l'instant)cette incitation à bien faire, vous ne pouvez guère rester indifférent, quitte à vous arrêter rapidement devant l'intensité de l'effort qu'on réclame de vos faibles forces. Ce qui ressort de l'aventure, c'est que l'on vous a distingué, appelé, invité. Je pense souvent à ce qui constitue le point de départ régulier, assez charmant d'ailleurs, des enquêtes déjantées de "Chapeau melon et bottes de cuir" - autrement dit la fameuse série anglaise "The Avengers" , par confrontation avec "The Defenders" (où Perry Mason - Raymond Burr dans son fauteuil roulant règle tout par le jeu de la loi) ou avec "The Persuaders", le célèbre "Amicalement Vôtre" qui fut pendant des décennies le clou des séries projetées sur nos étranges lucarnes. Point de départ régulier, certes, qui fait dire par  John Steed dans les premières secondes de chaque épisode, sur le même ton enjôleur et merveilleusement courtois : "Mrs Peele, we are needed" - "Madame Peele, on a besoin de nous". Mrs Peele ne dit jamais non, et les voilà embarqués dans les déroulements les plus loufoques qui soient. Voilà, il y a eu invitation.On a envie de continuer. On ne peut pas songer à ne pas continuer. J'essaie toujours de continuer quand j'ai reçu le don du premier vers. Je n'ai pu me retenir de continuer quand j'ai constaté qu'une nuit d'état second m'avait fait cadeau du début des "Noeuds d'Argile".

La place va me manquer pour de plus longs développements. Je voudrais seulement insister sur la "key note" d'aujourd'hui, sur notre gain (à trier de toutes ces lignes, mais le travail n'est pas très pénible, si?) sur notre gain quotidien : le début, le départ, de ce qui, avec beaucoup de chance, deviendra par la suite poème ou nouvelle ou roman qui tiendra debout, tout seul, vous arrive tout à coup (tout par un coup, comme on dit si joliment chez moi) comme une gifle si vous en êtes choqué, ou, si vous êtes réceptif, comme un signe du hasard, clin d'oeil, appel, offrande... Vous voyez la différence avec l'application à torcher un beau début bien structuré bien gominé qui soigne la ponctuation et les accords de participes... Bon. Aujourd'hui on a parlé du premier vers, ou des premières pages. C'est mieux que rien, dites donc! On va continuer demain, seule chose à faire. Mais auparavant... Les chats, les salutations chez vous, la fixation du Rendez-vous pour demain sans faute. Les chats d'abord, n'oubliez pas!

     

 

 

                                                                                                         Lucette DESVIGNES

 

 

 

"Le premier vers est toujours envoyé par les dieux". Afin de faire participer au débat les belins-belines qui n'en auraient jamais entendu parler, je signale que tout à coup (tout par un coup, comme on dit si jooliment par chez moi) un vers vous arrive sur l'écran de votre cinéma intérieur, un vers soudain dont les sonorités, le balancement, le sens, la beauté peut-être vous frappent durablement. Vous le goûtez, vous vous le répétez tout bas, vous en sentez tout l'impact,  vous l'avez reçu comme un cadeau. D'où vous arrive-t-il? Impossible de le savoir, surtout si vous n'êtes pas coutumier ou coutumière du fait (n'analysons rien pour l'instant, mais j'y reviendrai, promis juré). Et qu'en faire? Il vous semble, tout Béotien que vous êtes, que vous ne pouvez pas en rester là. Alors quoi? Eh bien il faut continuer sur cet élan qui vient de vous être imposé. C'est alors, naturellement, que les difficultés vont commencer. Elles pourront être si insurmontables que vous lâcherez pied, que vous abandonnerez toute tentative de lui faire honneur. Vous finirez par douter de vous - d'où pouvait-il bien venir, cet arrangement de syllabes et de sons qui paraissait vouloir dire quelque chose? Vous n'aurez pas de réponse. C'était peut-être un bel alexandrin - chez moi ce serait le cas, un alexandrin superbe, voluptueux, plein d'échos (même si par la suite, en fidèle disciple de notre Totor national, je fais tout ce qu'il faut pour le désarticuler, ce grand niais). Un début, en quelque sorte. Une motrice, derrière laquelle il faudrait accrocher des wagons : vous voyez où j'abaisse mes métaphores pour être sûre que vous allez pouvoir me suivre.

Un cadeau, donc. Une offrande, mystérieuse et pleine de grâce. Mais aussi une invitation, et même non initié vous devinez qu'on vous sollicite, que le cadeau n'est pas gratuit malgré ce qu'en claironnent les catalogues et offres de bonus, qu'on attend de vous quelque chose. Cela me fait penser à ces premières séquences toujours les mêmes, pleines d'un certain charme, dans lesquelles Chapeau melon vient solliciter la participation de Bottes de cuir - autrement dit le distingué John Steed lorsqu'il vient sonner chez Mrs Peele : "Mrs Peel, we are needed" - Madame Peele, on a besoin de nous". C'est le sésame de nouvelles aventures parfaitement loufoques, celles qui ont fait le succès increvable de la série anglaise "The Avengers" (par confrontation avec d'autres séries anglo-saxonnes de même tabac : "The Defenders", où Perry Mason - Raymond Burr même en fauteuil roulant règle tout par l'utilisation subtile de la loi, et "The Persuaders", devenu pour des décennies le délectable "Amicalement vôtres" de nos étranges lucarnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 09:36
Ce qui s'est passé hier pour nous en France à partir de 16 h (et encore : je n'ai pas assisté à la messe matinale, avant couronnement) m'a détournée du grave sujet qui nous occupe, à savoir l'intervention d'une invention éhontée dans le rassemblement des documents  reconstituant la vie d'un individu qu'on a choisi de faire revivre pour le monde. Le faire revivre, d'accord : il y a toujours des oisifs que cela peut intéresser. Le faire revivre juste, c'est-à-dire dans sa vérité d'existence et d'attitude, de moralité et d'action, il me semble que ce doive être un minimum, ou pour mieux dire l'essentiel, en dehors de quoi ne pas déborder sous peine d'amende. Eh bien il apparaît (il m'apparaît en tout cas - me trompé-je?) qu'on fait volontiers fi de cette conception aussi logique qu' éthique. Et il ne s'agit pas, ce qui pourrait être, ce qui devrait même être accepté sans problème, de tirer des faits rigoureusement collectés et analysés des interprétations divergentes : cela m'étonnerait que tous les ouvrages se voulant scrupuleux qui concernent les mêmes hommes politiques - Churchill, De Gaulle, Staline, Rabin, le Che... - aboutissent au même résultat, à la même vision, ce ne serait même pas à souhaiter, certes non. C'est de tout autre chose qu'il s'agit avec cette mode contagieuse qui favorise la désinvolture, la distorsion, le mensonge par omission ou directement pondu. Avec ou sans son piédestal ou son aura, l'individu célèbre choisi comme cobaye pour le traitement littéraire devient un joujou, il n'a plus le droit de dire quoi que ce soit, il n'a même plus un droit de regard sur ce que devient sa forme extérieure, qu'on boursoufle ou regrigne à loisir. Et je ne dis rien de ce qui peut être attribué à son personnage intérieur : comme si le dernier biographe survenu et décidé à s'attaquer à son parcours terrestre avait décidé d'imposer sa marque personnelle avant tout, afin qu'on pût citer son nom de metteur en scène accolé à celui de son sujet et de préférence avant lui.
Finalement, je vais laisser cette piste, elle m'écoeure quelque peu. Si c'est devenu la mode, tant pis pour elle, tant pis pour eux tous. On n'est pas obligé d'y céder, ce n'est tout de même pas une épidémie contre laquelle on ne pourrait rien.Et qu'on ne vienne pas non plus me dire que c'est ce que je fais avec mes personnages, qu'ils ont bel et bien eu une vie avant que je ne m'en mêle, qu' ils étaient mes arrière-grands parents, ma grand-mère ou sa mère, des proches que j'avais connus - est-ce que je n'en faisais pas mes sujets d'analyse, des objets de recréation,en déformant sciemment parfois leur personnalité, en inventant carrément lorsque je ne savais rien d'eux ou pratiquement rien? Je répondrais volontiers qu'en effet je reconstitue    avec le maximum de soin et d'authenticité les traits de caractère qui font un personnage, que je l'écoute vivre et dire, que je le regarde faire, et que, quand les blancs d'un anonymat inguérissable rendent sa fiche d'existence illisible, je la complète de ma propore main. Et selon mon bon vouloir, selon ma fantaisie. Pire encore : selon les besoins de mon histoire, des développements affectifs ou psychologiques sur lesquels j'ai choisi d'axer les évolutions. Pour autant je me sens la conscience à l'aise : car si je ne leur avais pas donné cette vie, ils seraient totalement engloutis dans l'oubli, dans la mort. Je leur ai donné la voix, les battements de coeur, les réflexes et les passions bonnes ou mauvaises...Tout cela à partir de zéro ou presque. Quant à ceux que je connaissais, dont je connaissais - souvent pour en avoir été témoin - les éléments de vie, je me conformais à la véracité du souvenir, je n'inventais rien, quitte à interpréter, bien sûr. Mais tout ce que je leur attribuais était don, généreux le plus souvent. Quel rapport voyez-vous avec la maltraitance de gens qui avaient déjà, d'eux-mêmes, laissé une trace - leur trace, bonne ou mauvaise également - et qui désormais ne réapparaissent plus que sur palimpseste? Et tout le monde sait que sous un palimpseste ce qui était a été supprimé, et de belle façon...Réfléchissez, bonnes gens, avant de vous plonger dans les biographies qui dissimulent leur fausseté sous le prétexte d'une mode contagieuse. Allez saluer vos chats, vous verrez qu'ils vous enseigneront la sagesse. A demain.
                                                                                               Lucette Desvignes
Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 11:37
Autrefois mes étudiants savaient qu'au début du cours d'histoire du théâtre, quel que fût le sujet plus limité qui s'inscrivait annuellement dans ce cadre, j'y allais de ma diatribe contre "Au théâtre ce soir", le boulevard, les bonniches en tablier de dentelle, le fameux triangle   prétendûment rigolo, le mari la femme l'amant et tous les mensonges qui se greffent dessus, et ils savaient tous que c'était comme le jet d'encre de la seiche : après ça l'horizon se dégageait et on pouvait commencer sereinement le cours. J''ai un peu l'impression que sur mon blog (mais de toute façon, même si je ne décide pas de l'arrêter en cours de route, le blog ne durera jamais autant que le cours d'histoire du théâtre qui s'étire  derrière moi) que sur mon blog, donc, il y aura comme ça de temps en temps des jets d'encre de seiche. L'autofiction en est un, vous l'avez sans doute remarqué hier déjà, mais l'autofiction appliquée à la biographie si en vogue de nos jours sera bien encore autre chose! La biographie, qu'elle soit réalisée par un copain ou un ennemi du mort, doit s'inspirer des éléments fournis par la réalité : faits, photos, lettres, documents de toute sorte, confidences des uns ou des autres, enquêtes auprès des proches, des voisins.... C'est déjà bien un boulot de faire renaître le défunt à partir de cette docu, voire de faire éclater une vérité soigneusement cachée par ses soins pendant sa vie (une appartenance politique, un engagement de jeunesse ne cadrant guère avec les affirmations publiques etc. : hein Gunther Grass?). Mais imaginez la vastitude de l'espace offert dès lors que vous repoussez tous ces   éléments-là : foin des confidences, des questions posées aux proches, des lettres publiques ou secrètes! Vous pouvez désormais vous déplacer dans la vie du bonhomme ou de la bonne femme sans vergogne, sans restriction à votre imaginative. Vous pouvez lui inventer les liaisons, les forfaits, les pulsions, les rôles que vous voulez : personne ne pourra vous empêcher de dire et lui faire dire ce dont vous avez envie. J'avais déjà il y a quelque vingt ans, à propos d'une biographie  établie à partir de carnets enfin disponibles, rué quelque peu dans les brancards :  la suppression de toute référence à ces écrits quotidiens, datés, dignes de foi, ouvrait la porte à toutes les interprétations possibles. En outre - c'était déjà, je m'en rends compte à présent, l'auto machin qui pointait le nez - la biographie se doublait de conversations imaginaires, d'entretiens au jour le jour où l'objet de la biographie devenait totalement coupé de la réalité. En faisant intervenir maîtresse, rencontres, événements divers, et en s'abritant    sous le sacro-saint prétexte de l'écriture, en fardant les sentiments, en les gauchissant  dans le sens d'une interprétation ouvertement abusive, l'auteur de la biographie finissait par faire de son personnage réel une créature bien à soi, modelée selon les besoins de la cause. Vous pourrez toujours, après ce traitement, protester que les sources ne sont pas valides, qu'il y a transpositions préjugé déformation, vous pourrez toujours brandir une preuve irréfutable du contraire : on vous rétorquera d'un ton hautain s'adressant au Béotien  retardé que vous êtes, qu'il y a là un objet littéraire, donc artistique, donc échappant aux règles imposées par des esprits étroits, que c'est cela qu'il faut juger, l'exploit d'écriture, et non la véracité dont au fond on n'a que faire. Dans un sens,  le raisonnement est inattaquable : si j'accepte qu'on romance le destin de la momie, pourquoi le (soi-disant) chercheur en théorie attaché à la pharaonne en question ne bénéficierait-il pas de ma part de la même tolérance? Mais alors je rage  en vain : pourquoi ne se choisit-il pas une belle pharaonne inconnue ou méconnue ou peu connue pour en faire le sujet d'un roman? Là je m'inclinerais, car le roman a tous les droits que la biographie se voit par définition refuser, elle qui n'a pas le même objectif que la narration romanesque. Je crois qu'au fond c'est pour faire sérieux, pour paraître avoir fait des recherches, pour sembler disposer d'une docu irréprochable; peut-être même pour aller au-devant du désir obscur du lecteur, tellement convaincu de ses lacunes qu'il aimerait faire d'une pierre deux coups, lire une histoire et au passage attraper quelques bribes d'Histoire. Autrefois la grande découverte pédagogique c'était l'arithmétique en riant - assurant ainsi des générations incapables de compter ou de raisonner en chiffres. De nos jours c'est l'Histoire sans peine, sans doute moins grave dans ses conséquences mais tout aussi condamnable dans son principe. Quelle figure feront les héros de la Résistance pour les générations à venir si on en fait des héros de roman pratiquement sans rapport avec leur vérité d'individus? si on fait cadeau de la foi à des athées, si on dépeint les missionnaires comme des fornicateurs, si on se penche tendrement sur les motivations secrètes des tortionnaires nazis? Je pense en particulier à deux fausses biographies que je viens de lire, mais quelle complexité dans le problème puisque j'en condamne une comme insolente et fausse avec désinvolture, tandis que l'autre a droit à ma vive estime puisque j'ai ressenti l'émotion que j'en attendais? Les concours du Conservatoire, vous dis-je...    Les appelés et les élus... Remâchez-moi tout ça, ou bien tournez la page. De toute façon, n'oubliez pas les chats! A demain.
                                                                                                   Lucette DESVIGNES; 
Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:28

Aujourd'hui j'attaque directement. Dans le vif du sujet. C'est à propos de ces souvenirs d'enfance que tout un chacun trouve normal d'utiliser comme matériau de communication avec les autres, mais qui me semble-t-il, dès qu'ils doivent être introduits dans le domaine littéraire, ne sont pas destinés à la même fonction. J'y ai déjà fait allusion : à mon avis il faut retourner à ce matériau à la fois commode et dangereux (gare à la banalité) une fois qu'on l'a déjà utilisé en arrière-plan, sans en prendre vraiment conscience. Autrement, je le répète, on va droit vers les compositions françaises niveau brevet (et, croyez-moi, il y en a, des auteurs célébrés dont le niveau littéraire n'a pas dépassé cette élémentarité... J'en connais, oh que oui!). Naturellement, en vous fondant sur ces exemples, vous pouvez toujours tenter votre chance , mais il vous faudrait en outre le coup de pied bien placé que vous ne recevrez pas forcément, alors réfléchissez bien. Quand vous vous livrerez à l'autobiographie, ici encore, danger! Il y a des règles strictes à respecter, et les problèmes posés par l'authenticité de la présentation, pour ne rien dire de l'authenticité, de l'honnêteté de la vision , avant même d'en venir aux mots, sont innombrables et sérieux. Il faut pouvoir observer ses souvenirs tout nus, dépouillés de tout vêtement emprunté à la complaisance, à l'imagination, au travail de la mémoire reconstruite, et ce n'est déjà pas facile. Il faut pouvoir les envisager en eux-mêmes, en les dissociant des enjolivures instinctives qui parasitent presque inévitablement toute évocation du passé, surtout du passé un peu lointain qui est celui de l'enfance. Et cela correspond à un tel labeur, à une telle exigence de rigueur, que notre époque a trouvé une agréable parade qui fait table rase de ces difficultés. Avec l'étiquette de l'autofiction, on peut évoquer, décrire, écrire exactement ce que l'on veut sans se sentir coupable d'une activité de faussaire puisque les plus grands de maintenant ( si, si, je vous assure, il y en a quand même quelques-uns) se lancent dans le genre avec jubilation - c'est même eux qui ont lancé la mode il y a quelques années. L'étiquette au début servait à camoufler les insuffisances, voire les tares, en attirant l'attention sur une création d'un nouveau genre. La chose une fois acceptée, avec curiosité d'abord puis enthousiasme (pardi!), prolifère insolemment; on autofictionne à tour de bras, il n'y a plus de règles ni de limites, et vous le savez comme moi si vous puisez votre philosophie aux bonnes sources, quand les limites sont dépassées il n'y a plus de bornes.
C'est curieux quand même qu'on puisse célébrer comme une invention intellectuelle des plumes modernes une pure et simple insuffisance. On puise dans ses souvenirs à volonté, et quand on ne sait plus ou qu'on ne veut plus les évoquer on invente allègrement. Puisque c'est de la fiction, on vous dit! On est bien libre tout de même de dire ou d'imaginer n'importe quoi! D'où les sinuosités et méandres de récits où se mêlent l'invention et la vérité. De même qu'au Moyen Age les scribes aux enluminures  superbes jugeaient bon, de temps à autre, de mettre dans la marge un point d'ironie pour signaler qu'il fallait ne pas prendre au sérieux telle ou telle affirmation choquante (ou encore de mettre en garde le lecteur par un "mentitur" - ici on ment - censé rétablir les jugements dans leur vraie lumière), de même aujourd'hui il conviendrait d'apposer dans la marge des récits autofictifs quelque icône nouvelle  censée indiquer que c'est du vrai ou, tout aussi bien, une autre pour le contraire. Qu'au moins le lecteur puisse s'y retrouver. Ce n'est pas, je vous l'assure, un de mes soucis de savoir ce que l'auteur a vécu ou inventé de son passé d'enfance ou, pourquoi pas, de jeunesse, mais vous pourriez, vous, avoir cette curiosité : si vous ne disposez pas encore desdites icônes, alors perdez toute espérance de connaître la réalité des faits. Il est possible que cela vous désole.
Cette désolation  cependant ne concernerait qu'une espèce de voyeurisme de lecteur, avide (un peu morbidement, avouons-le) d'attribuer à César ce qui doit revenir à César. C'est bien encore autre chose dès qu'il s'agit d'une biographie;mais,là,permettez-moi d'ici à demain         d'affutermesfacultésavantdevousen parler . D'ailleurs vous voyez bien que la machine renâcle. J'espère qu'elle va bien vouloir accepter mes salutations pour vos chats et les miens - oui, il semble que oui. Alors à demain.
                                                                                                                                 Lucette DESVIGNES;                                                                                           

 

Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 08:40
Les gestes de mise en place me deviennent familiers, presque automatiques. Ce n'est plus leur dysfonctionnement que je redoute désormais, bien qu'on ne soit jamais, surtout moi avec mes compétences limitées, à l'abri d'un aléa voire d'un pépin. Mais tout de même il reste ce pari de pondre tous les jours - dimanches et fêtes compris - du matériau utile. Utile à quoi, on se demande... Eh bien non, j'ai quelques échos selon lesquels mes propos font réfléchir - c'est donc être fort utile dans les temps que nous vivons, où précisément sur les ondes (je mets dans le même tas tout ce qui n'est pas manuel : je reconnais que c'est d'un cynisme qui autorise tous les amalgames, mais puisque c'est la méthode des médias, pourquoi n'y aurais-je pas droit?) lesdits médias sur les ailes d'un beau zèle croient rejoindre le sentiment des foules en soufflant dans le sens du gouvernement. Ainsi la petite Juive dont le père est mort en camp de concentration (elle n'est donc plus gamine, mais "petite" traduit mon affection) et la mère en est revenue à moitié folle   a réussi à faire savoir par son intervention  à tous les spectateurs rassemblés pour son spectacle qu'Arthur était sioniste : d'où bien sûr protestations, non pas tant du bonhomme lui-même qui adoptait surtout l'allure pleurnicharde et Forces de l'ordre protégez-moi, mais des spectateurs qui savaient bien pourquoi ils étaient venus à ce show; et cependant - c'était le but de l'entreprise d'interruption du spectacle -- découverte par les autres qu'ils cautionnaient un sioniste, d'où indignation, regrets, protestations d'innocence... Du joli travail, c'était. Eh bien les médias racontent qu'il s'agit d'une manifestation antisémite... Où donc ont-ils appris leur métier, les journalistes d'aujourd'hui, et quelles bottes s'appliquent-ils à lécher? Ce n'était pas du tout le topique prévu pour ce jour, mais l'information reçue au moment de pondre m'a interpellée,  comme on dit si intelligemment de nos jours.
Naturellement, au chapitre littérature, la place allouée pour mes élucubrations s'est vu restreindre un tantinet. J'ai du mal à me concentrer sur ce domaine alors que mon coeur saigne dans Gaza où l'extermination programmée arrive à son terme. Il le faut pourtant. Je me sens soudain dans la peau d'un  reporter qui filme une agonie au lieu d'aller d'urgence porter secours au blessé, ou qui photographie la mise à mort d'une gazelle par un carnassier quelconque parce que ça montre qu'il n'a pas eu peur de s'approcher (et les zooms, alors? ne nous racontez pas d'histoires!). Vous le constatez, ce matin je m'en prends volontiers à nos fournisseurs en actualités, qui déforment déjà la vérité par leur position de camera (ils sont tous à Ezrot à photographier que le cadre où trônait la photo des grands-parents le jour de leur mariage avait été détruit par une fusée, à preuve on la montrait, et la famille sanglotait devant l'objectif, oh c'était triste - mais il n'y a presque personne pour montrer l'écrasement des hopitaux, la pulvérisation des écoles, l'empilement des blessés parmi les morts dès lors qu'il faudrait se faufiler dans la bande de Gaza). Je me souviens bien qu'on disait l'Intox pour désigner les nouvelles du temps de Giscard, quel vocable devrait-on inventer aujourd"'hui pour décrire l'ignominie de nos informations?). Je me sens accablée, aussi bien ce matin n'y aura-t-il pas de badinage littéraire ou en tenant lieu. Juste le temps de dire bonsoir à vos chats, j'espère vous retrouver tous demain, mais sait-on jamais?
                                                                                       Lucette Desvignes
Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 10:00
J'ai un faible pour les italiques (y a-t-il un rapport secret, même ignoré de moi, avec l'Italie dont j'ai l'amour immodéré? - mais qui donc ne l'a pas, cet amour immodéré, dès qu'on a mis le pied au-delà des Alpes?). C'est le style que j'ai choisi pour ce blog, c'est ce qu'on appelle citation, ce qui fait que tout ce que j'écris en revient à n'être qu'une immense citation. Bon courage pour ceux qui se mettent en devoir de les apprendre par coeur, pour pouvoir aisément les replacer dans une conversation d'un certain niveau. Je doute qu'avec les miennes ce puisse se négocier. En Turquie nous avions un guide, charmant d'ailleurs, qui commençait toujours les propos strictement touristiques par une petite histoire, belge de surcroît car il avait séjourné à Bruxelles. J'ai vaguement l'impression qu'avant de me jeter dans le vif de mon sujet je vous ballade comme lui quelques instants en hors-d'oeuvre. Si cela vous a frappés et vous agace, faites-le moi savoir. Je modifierai mes structures quotidiennes.
J'en étais donc à l'utilisation des souvenirs comme matériau romanesque. C'est assurément très valable si c'est bien fait. C'est que, comme  je l'avais déjà suggéré à propos des événements, les souvenirs ne se résument pas en quelques mots. Ils représentent une contexture dont l'évocation touche à tous les sens : odeurs, images, sons, mouvements, températures, rapports avec les lieux, rapports psychologiques et affectifs... le tout mêlé de manière en générale agréable, touchante ou attendrissante, parfois au contraire teintée de rancune, de colère ou de désolation. Il faut tout faire intervenir dans la recréation du souvenir, comme il faut le faire pour la recréation de l'événement : vous voyez que mon obsession du biotope affleure ici aussi. La synthèse, sans suppression ni dédain de l'analyse. Alors vous imaginez bien que la description appliquée, pleine de bonne volonté, du cadre, puis des sujets, puis de leur interaction, puis des tonalités d'ensemble, même hiérarchisée et s'évertuant à ne rien manquer dans le détail, ne va pas faire le poids, en tout cas ne va guère faire naître l'intérêt. J'imagine que pour la peinture ce serait pareil : un cadre plus des personnages plus le ciel plus l'herbette ce ne doit pas être bien excitant; il faut qu'une peinture vous frappe comme si vous la receviez en plein visage. Pour l'agencement des mots et des idées, c'est la même chose : la littérature en coup de poing que les Américains ont inventée il y aura bientôt presque un siècle a connu en France une introduction salutaire, en modifiant au moins les règles admises pour la réception d'un texte littéraire, qui comportaient surtout révérence et abord respectueux. Qu'on bouscule un peu tout ça ne me gêne pas du tout, bien au contraire. Mais   ce n'est pas la première fois qu'on me traiterait d'anarchiste.
En fait, le matériau constitué par les souvenirs d'enfance est inépuisable,  à condition de savoir l'utiliser comme il faut (mais ce "comme il faut" reste bien vague, je vous le concède). De même que ce n'est pas tout le monde qui puisse posséder une voix de rossignol, de même qu'avec les mêmes ingrédients une maîtresse de maison vous fait une tarte aux pommes excellente et sa voisine un médiocre plateau de carton pâte avec des tranches de fruits dessus, de même les possibilités d'utilisation des matériaux romanesques varient selon les utilisateurs. Dans un domaine voisin,  je me rappelle qu'aux concours de piano du Conservatoire de Lyon je restais médusée d'entendre une vingtaine, une trentaine de concurrents de même niveau sur le même morceau, c'est-à-dire de voir les stupéfiantes différences entre les interprétations. Les mêmes notes, les mêmes tempi, la même application... Eh bien dès les premières mesures vous saviez si vous étiez en présence d'un bon élève ou d'un pianiste. Beaucoup d'appelés (ils avaient déjà tous passé un concours d'entrée, en théorie ils étaient tous au même niveau), peu d'élus. J'avais une fois à côté de moi une répétitrice qui suivait avec une extrême tension le déroulement des notes de son élève : pas une faute dans le charmant Galuppi imposé, au dernier accord la répétitrice avait poussé un soupir profond, de victoire c'était visible - et elle s'était tournée vers la mère, de l'autre côté : "Pas une faute, elle n'a pas fait une faute!" Comme si c'était le critère absolu...La fillette sans faute n'avait pas été jugée digne d'être récompensée, et d'autres l'avaient été - fort peu d'ailleurs - qui avaient peut-être accroché ici ou là, mais qui mais qui mais qui... Complétez, vous le ferez sans doute fort aisément, même en déplorant l'injustice des concours,  directement fonction de l'injustice des dons distribués dans les berceaux (ou non distribués) par les fées protectrices...N'oubliez pas les chats pour autant. A demain.                                                                      Lucette Desvignes
Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 10:25
Une fois le titre posé, je me demande ce que j'ai vraiment voulu dire. Les initiales sont féminin pluriel, pas question d'initiation (de qui? pour quoi? par qui?), et l'usage de l'abstraction pour l'adjectif employé comme nom est toujours dangereux. Le classique, le romantique, passe encore - c'est tellement usité que c'en est usé. Le religieux, le civil, le militaire, ça aussi c'est clair et sans bavure, pourvu qu'on ne les affuble pas en pensée d'un uniforme ou d'une soutane. On peut aussi admettre le curieux, l'important, l'essentiel, le mesquin, le beau et le laid  - j'en trouverais d'autres en cherchant, et même pas trop énergiquement. Mais vraiment l'initial? J'en suis réduite à la même perplexité que vous, mes belins-belines. Au risque de peu faire dans le commercial, j'ai envie de vous faire toucher du doigt le dangereux de votre équipée à ma suite : nous sommes dans le même bateau, mais comme c'est moi le commandant vous n'avez qu'à vous cramponner aux ridelles et faire silence sur les coussins.
Je crois que j'ai voulu faire référence au début de l'entretien d'hier : autrement dit, souvenirs d'enfance  =  matériaux médiocres à mettre dans l'écriture initiale. Oui, j'y suis : l'écriture première! Me voilà sur les bons rails. J'avais l'air d'établir deux niveaux d'utilisation des souvenirs : les miens, qui sont valables pour le roman comme pour l'autobiographie, et puis les vôtres, qui ni pour la création romanesque ni pour la transcription littéraire ne sont à retenir. Vision trop rapide du problème : au fur et à mesure que tout ça sera affiné, vous verrez qu'il ne s'agit pas de ces deux poids deux mesures outranciers. Pour le moment, contentons-nous d'évaluer le matériau que constituent ces souvenirs. Ils paraissent toujours exceptionnels, ils le sont rarement. La famille, l'école, le service militaire quand il leur fait suite, les campagnes guerrières quand il y en a, ce sont surtout des moyens de réunir sous un même thème des individus heureux de constater que tout le monde a à peu près les mêmes souvenirs. Gravité ou jovialité (le grave et le jovial) servent à trier les 
topiques, mais au-delà de ces applications orales on ne peut guère dans le domaine écrit y puiser une inspiration déterminante. Je suis perplexe devant la réussite volontariste de cette mise en mots.
Peut-être suis-je influencée par le fait que pour moi ce recours aux images et aux faits des jeunes années n'a jamais été ni délibéré ni même conscient. Il m'a fallu du temps pour me rendre compte que j'avais commencé à écrire l'histoire de ma famille : même le lendemain matin d'une écriture effectuée dans un véritable état second tard dans la nuit, j'avais du mal à me persuader qu'avec plus de vingt-cinq pages écrites comme sous la dictée j'avais ouvert un vaste chantier, celui de l'histoire de ma famille. Les souvenirs d'enfance y étaient naturellement inclus, mais de manière secondaire, me ravalant au rang de simple témoin oculaire pour tout ce qui touchait à la vie des potiers et aux lieux de leur activité. Je n'étais pas au centre des évocations ou des affabulations liées à l'écriture; j'étais le "private eye", comme les Américains le disent d'un détective privé; celui qui voit, qui doit voir, qui est même payé pour voir. Et il est de fait qu' à travers toute mon oeuvre je suis obsédée par la position du regard porté sur les événements, les faits et gestes, les impressions - une manière comme une autre de supprimer la conscience du narrateur, nous y reviendrons   et probablement souvent. Pour l'instant, un regard glissé vers le bas de ma page m'invite à saluer vos chats et à vous inviter à faire de même. Allons-y, à demain. On démarrera sur les souvenirs d'enfance comme matériau romanesque.         
                                                                                                           Lucette Desvignes
Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 10:58

Les racines, c'est le solide que j'espère vous apporter, perceptible (avec un peu de bonne volonté certes, je vous l'accorde) sous les fanfreluches du bavardage. Les ailes, c'est la légèreté que me procurent les contacts avec vous, lorsqu'ils s'établissent. Je ne veux pas faire de statistiques dès maintenant, toutefois je vais bientôt pouvoir compter sur les doigts de la main les bloggeurs qui s'intéressent à moi - disons à mes divagations blogguées - au point de m'envoyer un petit coucou bonjour. Le succès vient doucement - et, disait mon c her Marivaux, "je l'aime bien autant procuré de cette manière-là". Vous voyez que je m'appuie sur les bons auteurs pour me forger une philosophie.
Je repense à une nouvelle du prix que nous n'avions pas la possibilité de récompenser,  mais qui m'avait profondément touchée - et je n'étais même pas la seule, mais avec un jury de treize membres il est difficile de plaire à tout le monde et à son père. A propos de la légèreté. Elle évoquait une petite Cheyenne (ou Cherookee, l'un ou l'autre) qui planait sur les ailes des vents alizés au-dessus d'un vaste gouffre d'herbe et que l'adolescent narrateur avait promis de retourner voir pour apprendre à voler lui aussi; la date de cette promesse faite à lui-même du haut d'un gratte-ciel était le 11 septembre. Il faut être constitué en fer nickelé (drôle d'alliage, quand on y songe) pour ne pas recevoir le choc de pareille date  ponctuant une envolée de promesses ou de rêves : j'avais déjà été remuée en profondeur en trouvant au bas d'une autre nouvelle pleine d'optimisme et de sérénité la date d'Hiroshima (pas à la même occasion d'ailleurs). J'aimerais pouvoir faire savoir mon appréciation à l'auteur par-delà le fonctionnement de l'attribution du prix - voeu pieux condamné à l'inexistence par les règles mêmes de la chose. Je pense à ces critiques, apparues sur aceboard-forum, de gens dépités d'avoir été déboutés du succès littéraire et qui prennent pour chacun en plein visage l'ensemble des critiques formulées à l'égard de tous les concurrents : il est évident que resserré de la sorte le panorama des fautes prend une allure tueuse qui n'était valable que pour certains textes minables dont on pouvait à juste titre se demander ce qu'ils étaient bien venus faire dans ce concours, ce n'était pas valable pour tous les textes refusés. D'ailleurs, en fin de rapport, les commentaires sur la douzaine de nouvelles écartées à regret montraient bien qu'on aurait aimé faire plus, qu'il fallait - dura lex sed lex- choisir parmi d'excellents textes celui qui porterait seul l'étiquette. Et précisément la manière dont ces commentaires sont présentés, résumant chaque nouvelle de sorte que chaque auteur pût bien se reconnaître et voir qu'on l'avait lu, relu et apprécié même s'il n'emportait pas le gros chèque, était suffisamment dédouanante envers le jury pour que le candidat malheureux qui publiait le rapport en ait perfidement et soigneusement omis toute la dernière partie, celle  où s'étalaient ces remarques pleines d'éloges. Je ne sais pourquoi je repense à tout cela, qui  n'a plus avec la légèreté du début la moindre connivence, loin de là.
J'ai encore un morceau d'espace utilisable avant les salutations de départ. Je pourrais commencer quelque chose, sans doute, à condition que ce ne soit qu'une amorce d'un développement à venir - donc pour demain. Je pourrais repartir des premières lignes des "Noeuds d'Argile", lorsque j'ignorais encore tout du projet finalement arrivé à maturité et existence vingt-deux mois plus tard. En effet j'aimerais souligner que jamais, au grand jamais, je n'avais eu envie de raconter l'histoire de ma famille. Les souvenirs d'enfance me paraissaient sans intérêt, mis sur le papier par des auteurs sans inspiration qui n'avaient rien d'autre à dire. Et il est de fait que lorsque Lambda se met en devoir de soulager son prurit d'écriture il se lance dans ses souvenirs d'enfance (ou de service militaire, aussi, ou de guerre d'Indochine ou d'Algérie, pourquoi pas?). Cela tient alors de la composition française niveau Troisième, appliquée,  conventionnelle, illisible sauf si on a besoin d'un somnifère puissant (et croyez-moi les George Sand et consorts qui ont rempli les rayons des bibliothèques des familles de ces confidences qui n'en étaient pas et qui en aucun cas ne pouvaient faire fonction d'inspiration ne sont pas exclus de mon tour d'horizon, même si je ne prends pas la peine de les énumérrer ici). Et combien de fois n'ai-je pas entendu ce refrain: "Ah! si j'avais eu le temps - ou, en variante, quand je serai en retraite - voilà ce que j'écrirais, moi, mes souvenirs d'enfance!". Comme une chose précieuse. Comme s'ils n'étaient pas tous taillés à peu de chose près sur le même modèle. Et, hélas, rédigés selon le même modèle littéraire. Mais de tous ces beaux projets en général aucun ne voit le jour. Chez moi, aucune trace de cette démangeaison familiale. Je rêvais plutôt, dans mon jeune âge, de rivaliser avec Jules Verne (excusez du peu). Pourtant la famille m'est tombée dessus sans que je puisse m'en dé^prendre. je vous raconterai ça demain. Les chats, les chats! 

                                                                                          Lucette Desvignes















 

Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article
14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 10:14

J'ai l'air de m'avancer vers le martyre, avec mes "'Au boulot!", "Au charbon!" et autres "avançons!". En réalité c'est une vraie joie de me retrouver devant le bureau et d'y imprimer mes marques. De même que le soir je ne vous quitterais jamais, mes très chers, sans saluer vos chats, de même le matin, après mes salutations muettes à Chevillard  via son blog, je me mets au travail avec le sentiment profond que ma mission doit être traitée avec le plus grand respect. Le travail du matin est paraît-il le meilleur. Je ne garantis rien, vu que je suis plutôt un oiseau de nuit - j'étais même, autrefois, un oiseau de nuit et de jour, mais il y a longtemps que j'ai dû opter pour un tempo plus raisonnable - toutefois  il est certain que je me sens bien, légère,gonflée comme une plume (une plume peut-elle être gonflée? j'en doute... ma légèreté matutinale a dû déborder sur le terrain des métaphores - biffez, biffez donc si cela vous importune). C'est comme le bain du matin, le bain en mer j'entends, quand le soleil commence à chauffer : le bain du soir, lorsque les ombres s'allongent et que l'eau ressemble plutôt à de la soupe en bordure du sable, ça n'est plus rien du tout.
Notez bien que mon ton péremptoire admettrait volontiers la contradiction. C'est simplement une

manière que j'ai, comme ça, d'énoncer des vérités qui sont strictement miennes comme si elles avaient valeur de lois universelles. Une fois que vous serez pénétrés de cette caractéristique, une fois que vous aurez compris que si vous voulez protester, m'affirmer le contraire, me démontrer même que j'ai tous les torts de mon côté, j'en serais ravie et vous ouvrirais mes colonnes et mes bras en grand et en large, alors on avancera. Vous connaissez sans doute bien mieux que moi les ressources de la merveilleuse machine qui nous réunit :usez-en, mes chers, usez-en! Peut-être enfin le contact s'établira-t-il sur d'autres bases que le monologue. Non que je méprise ce dernier: je l'aime même tellement que mes personnages ne s'expriment presque que par lui. Le monologue intérieur,source de richesse et de participation en profondeur... Je me rappelle mon ravissement lorsque j'ai découvert Joyce et les monologues de Molly Bloom; je n'en revenais pas...Il y a bien longtemps, naturellement, mais l'exaltation ressentie figure parmi les quelques rares émotions littéraires à jamais vivaces en moi. "Cent ans de solitude" pour son exubérance insolite, "Chronique d'une mort annoncée" pour son déroulement magique, "Absalon! Absalon!" pour les dévoilements successifs des événements - si peu de chose, en vérité - tous vus à travers des monologues où se remâchent, se ressassent,se redigèrent les faits et les réflexions - avant Claude Simon, dont chaque livre est pour moi une source de jouissances sans rapport avec le reste de la littérature. Un peu comme s'il trônait au milieu des quelques rares élus parlant presque sa langue, Faulkner, Garcia Marques, Joyce... à peine les doigts d'une main.
Certes cela ne fait pas beaucoup. D'autres, à côté d'eux, font sans doute figure honorable et je ne veux pas me mettre à les évoquer, j'en oublierais la moitié. Mais aucun d'eux, non, jamais aucun d'eux ne m'a fait connaître les extases que je dois à cette main sans pouce. Le monologue intérieur! Mais il n'y a que ça, ma brave dame, il n'y a que ça. Le poumon, le poumon, vous-dis-je! Vous, dont je n'entends guère la voix, dites moi bien si ce poumon-là vous fait respirer aussi intensément que moi. On pourrait en discuter, non? Je m'arrête de vous tendre des perches et je salue vos chats, vous seriez bien capables de les oublier. A demain!
                                                                                                             Lucette Desvignes























Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens