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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 10:19

         Les sables mouvants relèvent certainement, dans le domaine des agressions  commises par le milieu naturel, de  la plus hideuse hostilité qui soit. Imaginez cette lente, inexorable absorption  de la proie par un mécanisme qui fonctionne tout seul, cette succion progressive impossible à entraver, cet engloutissement tranquille sans mastication, comme si l’absence de mâchoires munies de dents était encore plus horrible d’être remplacée par ce tourbillon des profondeurs dont on ne perçoit que la surface, en maëlstrom glouton qui annihile tout effort de protestation, toute stratégie de défense, toute lucidité dans l’épouvante. Je n’ai jamais oublié ces sables mouvants de Sologne où des chasseurs avaient retranché une jeune Anglaise qu’ils ont regardée jusqu’à la fin s’enfoncer dans la mort, probablement en punition de ses refus de leurs avances, je ne sais plus, mais le fait-divers était bestial de bout en bout. On a du mal à ne pas frémir dès qu’on évoque pareille fin. C’est pourquoi, contrairement à mon habitude d’implacable sévérité à son égard, je me sens un peu remuée rien qu’à imaginer notre piteux pilote naufragé dans les sables mouvants : on peut être curieux, voire fasciné du spectacle, pourtant de constater  ses pauvres appels au secours, ses pauvres petits cris, ses pauvres petites gesticulations qui sont happés par l’appareil dévorant qu’il a construit de toutes pièces autour de lui, on pourrait presque (mais je dis bien presque) avoir pitié de lui.

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lucette desvignes
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denis 22/10/2016 15:18

Dame Lucette, le fait divers horrible que vous évoquez, réaction primaire d'homme soi disant civilisés, a été adapté au cinéma sous le titre "la traque" avec mimsy Farmer dans le rôle de l'anglaise. Scène d'enlisement choquante qui m'est restée en mémoire!
Mais notre capitaine de pédalo me semble plus victime d'une machine infernale issue de l'imagination de Kafka, comme dans "la colonie pénitentiaire", car il souscrit volontairement à sa propre destruction pour continuer le régime de cette machine , l'ironie en moins.
Il n'est que l'amorce d'une gigantesque trappe qui se refermera sur ses coquins du parti, et nombre de concitoyens, lorsqu'il a aura été dépecé par la machine. Amitiés.

desidéesetdesmots 22/10/2016 19:12

Merci d'être ma mémoire, cher Denis! J'avais vu le film, mais j'avais oublié son titre et ne trouvais en remplacement que "Le Pull-over rouge", par confusion avec une autre enquête de Gilles Perraut (j'espère que c'est bien son nom). D'accord avec vous pour la pitié due au petit bonhomme en train de s'engloutir sans l'aide de ses proches - ils lui appuieraient plutôt sur la tête pour le faire disparaître plus vite, tellement ils sont enragés à vouloir prendre sa place. Attendons la curée! Amitiés...

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