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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 10:01

         Dès le milieu des années 1930, Mademoiselle Chanel, Coco pour les intimes, avait noué avec le Ritz de grands liens d’amitié. Non pas seulement, pourriez-vous penser, parce qu’elle se rendait souvent pour des célébrations joyeuses au bar célèbre où devait se perpétuer la tradition d’Hemingway : au contraire, lorsqu’elle se réfugiait au bar, c’était pour se mettre dans un coin en dissimulant son visage sous un chapeau noir (coquetterie surajoutée aux autres : tout le monde la connaissait et la reconnaissait). Non seulement pour des invitations à dîner, reçues ou offertes, à une table des plus distinguées de Paris, mais bel et bien pour y vivre, logement et pension, comme un ouvrier célibataire pourrait le faire dans un quartier pauvre (mais naturellement mutatis mutandis, c’est-à-dire en respectant bien les changements de catégorie hôtelière : elle y occupait une suite luxueuse avec camériste  et bien entendu toute sorte de services spéciaux selon ses caprices de suprême diva de la haute couture). Moi qui suis viscéralement opposée à l’étalage des richesses ou du train de vie (sans doute à cause de la modestie sage de mes revenus : que ferais-je bien si j’étais membre du gratin de la haute ? question à 50 € ), j’ai plutôt tendance à me moquer de cet amour du luxe utile ou inutile qui nous est brandi à la face, à distinguer les plumes du paon du corps de l’oiseau, et à comprendre les mouvements sociaux des usines ou de la rue où les poings se lèvent. Et puis, si cette provocation imprudente de grande dame riche me paraît à tous égards condamnable, je ne m’estime pas atteinte pour autant dans mon intégrité personnelle et cela ne fait naître en moi aucune aigreur ni envie. Je voudrais seulement vous laisser sur une image impensable, mais certifiée : au début de la guerre, le Ritz avait fait aménager pour ses clients un abri anti-bombardement vite connu comme le mieux décoré de Paris ; au cours d’une des toutes premières alertes, on vit Mademoiselle Coco apparaître pour s’y installer,  suivie d’une soubrette qui portait son masque à gaz sur un coussin. N’est-ce pas là une belle image à conserver pour les jours de pluie ?

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lucette desvignes
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