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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:14

         J’avais eu l’occasion, lorsque j’étais membre de la Commission consultative des programmes de FR3 – c’était la grande époque où on pouvait trouver « du littéraire » sur la grille régionale – de constater qu’aucune production défendable ne pouvait naître autrement que d’un beau texte bien écrit. Les réalisateurs me voyaient d’un sale œil : ils prêchaient, eux, pour l’inspiration au petit bonheur la chance (je ne caricature qu’à peine). La démonstration était facile à faire que si Le Chien qui avait vu Dieu  était de loin la meilleure des réalisations locales, c’est qu’un nommé Dino Buzzati avait écrit le texte, donné l’idée, suggéré le décor. Et les exemples étaient nombreux à aller dans ce sens. C’était la grande époque, certes, le début des années 80. On avait encore quelque révérence pour l’écrit, et l’image qui voulait s’imposer sur l’écran savait qu’elle avait tout à gagner à s’inspirer de ce qu’un auteur avait déjà  entièrement mis en scène dans le cadre de sa prose. Sans doute l’amour-propre s’en était-il mêlé, chaque réalisation souhaitant avec de plus en plus de désinvolture et de provocation s’affirmer sans l’aide d’un texte d’auteur comme source. En tout cas, le problème faisait débat, était posé et discuté (avec âpreté souvent, j’en suis témoin). De nos jours, on s’inspire d’une bande dessinée qui traite (quelle originalité !) d’une chômeuse déprimée par le ras-le-bol de son quotidien familial et qui décide de rompre avec la famille sans laisser d’adresse. Quelques banalités de la plus belle eau (rencontres, auto-stop, frayeur de l’aventure et étreintes faciles, hospitalité large ouverte à tous les niveaux de la bourgeoisie ou de la bohème…) rendent le récit hautement improbable, avec une vague coloration de La Vieille Dame indigne…Voilà, on a fait le tour. Mais si on lui accole l’étiquette de road movie, bingo ! C’est le  coup de baguette magique qui permet de vous présenter la chose comme un film digne de vous intéresser une soirée…Lulu … avec comme sous-titre La Femme nue…pour racoler les derniers indécis (qui d’ailleurs resteront sur leur faim) : bel exemple de médiocrité pleine de suffisance amenant de l’eau à mon moulin…

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lucette desvignes
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denis 02/06/2016 22:48

Heureux Dame Lucette de savoir l'intérêt que vous portiez aux émissions de FR3. Pour ma part, je trouvais quelques feuilletons de qualité sur les grandes chaînes (la une y compris...mais c'était avant l'arrivée du bulldozer BOUYGUES et de sa télé délétère), inspirés de nouvelles d'edgar Poe, d'auteurs reconnus! Sans compter des émissions de GODARD, utiles à notre regard sur le cinéma (et la société qui le produit). Je suis d'accord avec vous, les réalisations sont bâclées, et la plupart des films (de mauvaises comédies en général) sont conçus par des gens venant de la publicité, sans beaucoup de goût. Ces derniers ont compris au moins ce qu'un philosophe visionnaire écrivait dans une période agitée :" dans la société régie par le spectacle, on ne trouve pas ce qu'on désire, on désire ce qu'on trouve". Amitiés.

desidéesetdesmots 03/06/2016 09:46

Merci de partager mes goûts en matière de réalisatyions pour l'écran! Amicalement.

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