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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 16:25

         M le Maudit hier soir – ça ne se refuse pas. Comme je ne l’avais pas revu depuis des années, j’ai craint un instant que le schéma linéaire de son récit ne fasse naître un peu d’ennui : je me rappelais surtout le coup de poing ressenti quand, comme l’assassin, le spectateur découvre la pleine assemblée des malfrats, figés dans une attention intense. Eh bien j’avais tort : chef d’œuvre sur toute la ligne, chef d’œuvre absolu. L’enchaînement des « zones » humaines se fait dans une admirable souplesse. Les gens du peuple et de la rue d’abord – avec les mères, à la fois d’un réalisme « adulte » inattendu (le cinéma alors succède tout juste à Dreyer et à Murnau) et d’un refus total du pathos : ainsi la simple mention, doucement appuyée, de la tendresse avec laquelle la mère prépare le couvert de la fillette qui ne reviendra plus, ou encore, poignants, à peine montrés pour évoquer le meurtre de l’enfant, les derniers mètres faits paresseusement par sa balle au niveau du sol tandis que le ballon, enfin lâché, se prend dans les fils du téléphone… Puis la police, du haut gratin jusqu’aux agents (avec la vision sarcastique des simples policiers dont leur chef décrit au ministre le surmenage et l’épuisement, alors qu’ils font de longues siestes sur leurs chaises, ou des commissaires, dont sont décrites les affres qui les ravagent dans cette chasse à l’assassin, alors qu’on nous les montre traînant sur leur repas et se servant largement à boire dans une effroyable tabagie). Enfin les bandits, avec la décision de leurs chefs d’utiliser (magistralement) le régiment des mendiants puis d’aller investir l’immeuble désert où s’est réfugié le meurtrier. Chaque phase est nourrie, pleine de sens et de détails humains – y compris le plaidoyer « pour la théorie » du malfrat improvisé avocat qui trouve des arguments à la défense du coupable…Un grand film noble, plein de vérité. Avec 
Ministry of Fear pour prendre la suite (espions sur la Tamise sans Tamise, mais ce n’est pas la faute de Fritz Lang) : quelle belle soirée sur Arte (pour une fois…) !

 

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lucette desvignes
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