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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 15:46

         Le bon vieux carré blanc d’autrefois pouvait faire sourire, mais il ne me semblait pas inutile : il y avait des limites à imposer à certaines révélations de sexe ou de violence. Remplacé par des tranches d’âge fixées par des décideurs souvent très incompétents, les « interdits au-dessous de dix ans » offrent volontiers à des yeux impressionnables des intermèdes de cuisse légère ou des gestes de brutalité  qui annihilent toute fonction de mise en garde – à tel point qu’on est en droit de se demander ce qu’on peut bien interdire aux douze, quatorze et seize ans, puisque aussi bien le vocabulaire n’est pas filtré et ferait souvent par sa verdeur dresser les cheveux sur la tête de Monsieur ou Madame Lambda. Quand je pense aux conclusions auxquelles arrivaient les films d’avant-guerre – ce baiser final qu’on avait attendu pendant les 90 minutes du format d’autrefois -  je découvre dans le cinéma de grand-papa d’incroyables pudeurs. C’était tout ce à quoi on avait droit, et même si le baiser des Enchaînés battait le record de durée, il restait étonnamment chaste. Désormais le premier baiser est expédié dès le début du film, il a pris une espèce de voracité qui devrait faire peur aux moins de dix ans et comme il s’accompagne de déshabillages furieux, réciproques et entrecroisés, à peine la porte refermée, on a toute une initiation aux procédés du sexe. C’est comme un mode d’emploi et on nous cache de moins en moins de choses, avant même de ravager les draps et les couvertures. Le baiser qui autrefois, en somme, représentait un aboutissement symbolique d’une stratégie amoureuse réussie, devient les pages d’un manuel initiatique qui annonce le déroulement à venir, lui qui détaille avec un maximum d’originalité le déroulement de l’opération, avant pendant après, le tout bien entendu en gros plan et faisant malgré soi évoquer le jugement méprisant de Sir Alfred selon lequel les acteurs n’étaient que du bétail (et encore, il ne leur en faisait pas faire beaucoup – il n’avait pas vu les films de maintenant, prises de vue dans le détail, agrandissements à la loupe, enregistrement méticuleux des sons et bruits divers…). Il aurait une crise d’apoplexie s’il suivait Daewood par exemple, avec commentaire et conseils pour la fellation – le mot lui-même était ignoré il y a cinquante ans dans le public Lambda, alors que dire du spectacle de la chose ? On ne devrait pas s’étonner que la sentimentalité, le romantisme, le badinage romanesque quelque peu naïf n’aient plus place dans le bagage adolescent.

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lucette desvignes
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