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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 09:01

         Si je pestais hier contre les vieux films démodés qu’on essaie de nous faire passer pour des chefs d’œuvre incompris ou sous-estimés, le cycle Carl Dreyer programmé par Ciné-Classic mérite une autre attitude, parce que Le Maître du Logis est précisément d’une autre pointure. De Dreyer on pouvait l’attendre, certes, et je me réjouis dans la foulée de pouvoir revoir Dies Irae la semaine prochaine. Cette leçon de morale dénonçant le machisme et décrivant son châtiment-guérison,  traité en noir et blanc et  sans paroles autres qu’en sous-titres, était pour moi une vraie découverte, et si la moralité de ce conte domestique est cousine de l’arrangement toujours optimiste des drames de la vie chez Frank Capra (la dernière partie de ce « domptage » d’un mari non apprivoisé se veut résolument comique), il y a dans la réalisation de cette histoire familiale un souci de réalisme si intense qu’il s’en dégage une vraie poésie. Le début pourrait s’annoncer comme un documentaire sur la matinée frénétique d’une épouse face à l’aveuglement du mari qui trouve normal de jouer les tyrans et multiplie les ordres indignes : or la minutie des détails et des gestes colore cette grisaille au-delà d’une banale  copie du quotidien – je pense à cette cale qu’il faut glisser sous le pied de la table, à ces pantoufles qu’on fait chauffer près du poêle, à cette manière de récupérer un peu de beurre sur les tartines déjà prêtes afin d’en présenter  deux ou trois à l’époux  qui soient revêtues d’une couche moins mesquine. Puis, tout au long de l’épreuve du tyran dont la femme est absente, en théorie parce que trop affaiblie par sa vie d’esclave, tant de détails sont repris à son tour par l’abandonné (le pliage en triangle, maladroit mais appliqué, du drapeau destiné à changer le bébé qui pleure, ou encore cette manière de se courber pour ne pas déranger de son étendage le linge qu’il interdisait auparavant de faire sécher dans la salle commune, voire la manière pensive dont il s’essuie maintenant les mains après les tâches ménagères alors qu’il le faisait avant avec irritation et dégoût), tout cela innerve l’intrigue si simple, lui donne de la substance. La moralisation se teinte à l’occasion d’humour, comme le garçon que son père maintient au piquet sans l’autoriser à changer ses chaussons mouillés dans la neige et qui, pour se rappeler à l’attention car on l’a bien oublié dans son coin, éternue bruyamment comme s’il avait pris froid, sûr ainsi de se faire libérer par sa mère. Capra, j’ai dit – un peu de ça pour l’intention. Cela méritait d’être annoncé à son de trompe.

                          

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lucette desvignes
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