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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 15:37

         A part l’âpre et rocailleuse douceur de son nom si on le prononce à l’allemande – et un film danois bien entendu nous en offrait souvent l’occasion –qu’avait-elle donc à nous apporter, cette malheureuse Gertrud? Je me demande si Carl Theodor n’a pas eu tort de s’entêter dans ses principes de réalisation sans les avoir aménagés avec le progrès du temps… Lui qui aux temps héroïques des balbutiements de l’image avait inventé, non pas le noir et blanc  puisque le cinéma n’avait rien d’autre à présenter, mais l’art d’en tirer une beauté essentielle, l’art du contraste, l’art de la proportion du noir à installer sur un fond blanc ou du blanc à installer sur un fond noir, lui le grand maître qui avait rendu les deux couleurs palpables, vivantes, parcourues de frémissements…Un cycle Dreyer si bienvenu ne devait sans doute hélas pas pouvoir se passer de cette conclusion dernière, 1964, contribution au parlant : de quoi rendre marris et désolés les accros qui comme moi ne connaissaient pas ce dernier travail. Enfin la parole était donnée aux personnages, mais pour quel scénario accablant et inconcevable ! pour quelles évolutions de mannequins d’un canapé à l’autre, d’un fauteuil à l’autre, d’un salon à l’autre ! pour quelles structures psychologiques indéfendables, pour quels sentiments contradictoires jusqu’à l’absurde, pour quelle froideur  glaciale sous l’étiquette d’amours, mortes ou renaissantes ! Quel type de liberté pour sa passion  cette fausse Hedda Gabler mal interprétée réclame-t-elle donc ? Pompeux, rigide, bavard, stagnant…Et, cerise hilarante sur un gâteau peu tentant, longue démonstration d’une fanfare de jeunes étudiants pour célébrer en musique militaire avec banderoles et tambours l’anniversaire du poète national officiel de l’amour, avec harangue truffée de citations : rien de plus hors du sujet, hors du goût, hors du sens, presque du style Hitlerjugend… Très franchement, Gertrud est à supprimer carrément de cette filmographe si on veut ne pas ternir l’éclat de Dies Irae.

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lucette desvignes
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