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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 09:34

         La vision, hier soir, de la  Shoah de Claude Lanzmann arrive à point nommé pour rappeler l’ouverture des camps lors de leur libération, au printemps 44 et 45. Outre la dimension des lieux et leur côté secret, dans des forêts non peuplées ou sur des terres arides que personne ne cultivait, on est frappé, par-dessus l’horreur du projet (si inédit qu’il n’avait aucune paperasserie précédente pour y appuyer son fonctionnement administratif) par le problème essentiel qui très rapidement se posait aux autorités nazies : comment faire disparaître tant de gens, tant de corps, tant de vêtements ? Les wagons à bestiaux continuaient d’arriver et de déverser leur contenu humain, dont la moitié était morte de soif, de faim, de misère pendant les interminables heures de ces voyages de cauchemar. Or qu’en faire ? Le problème, pour les nazis, relevait seulement du pratique. Enterrer les corps dans des fosses, même conçues pour plusieurs strates superposées, n’empêchait pas la putréfaction, avec les gaz pestilentiels soulevant la terre. Les usines à gazer furent bientôt insuffisantes pour exterminer ces humains qui arrivaient sans arrêt,  même si elles fonctionnaient jour et nuit. Il fallut trouver d’autres solutions, dont l’incinération : les fours crématoires se mirent à fonctionner pour doubler le rendement de l’extermination par le gaz, et encore cela ne suffisait-il pas : le souci de ne laisser aucune trace de l’existence de ce carnage inspiré par la démence et mis au point par des fous meurtriers, qui s’imposait au moins la première année, disparut devant l’accélération de l’extermination. Deux points particuliers me rendent malade : certains wagons étaient des wagons pour voyageurs, avec des voyageurs assis bien  vêtus, qui jouaient aux cartes ou qui, du côté des dames, se maquillaient, et qui ignoraient tout de leur destination (est-ce même concevable ?).D’autre part, les rares résidents locaux continuaient à travailler leurs champs, ils voyaient le trafic des wagons à bestiaux, ils voyaient ces hordes d’humains qu’on en déversait, ils constataient que le lendemain ils avaient disparu mais ils ne se posaient pas la question de savoir comment ou  pourquoi l’escamotage s’était effectué… Cela rappelle la fin du film Le Chagrin et la Pitié, où la brave voisine dont les fenêtres donnaient au-dessus de Dachau, je crois, persistait à dire que pendant deux ans elle avait cru que l’armée brûlait des pneus usagés…

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lucette desvignes
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