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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 09:47

         On pourrait se demander si Christopher Nolan n’est pas aussi astucieux que  David Lynch pour raconter une histoire sans vous la raconter complètement, de manière que vous ayez, une fois le film terminé, encore beaucoup de grain à moudre sans jamais pouvoir arriver à une clarté absolue. Au terme de la troisième vision de Memento, et au risque de me voir taxer de débilité par l’un de vous, mes belins-belines, qui avez tout compris depuis la première fois, je dois avouer que si ma comprenotte  a fait des progrès hier, elle a laissé bien des zones d’ombre. L’idée de ce type qui a perdu la mémoire immédiate et qui est obligé de se tatouer (ou de se faire tatouer : sa voiture pile régulièrement devant la boutique d’Emma la tatoueuse sans qu’on puisse attribuer ces multiples gravures dans la peau à personne d’autre qu’à lui-même qu’on nous montre souvent à l’œuvre) afin de ne pas oublier le nom de son motel (qu’en le quittant il photographie scrupuleusement pour éviter toute erreur, même s’il lui arrive de se tromper de chambre) est une idée savoureuse et féconde ; les photos qu’il prend de l’individu cordial qu’il retrouve à chaque instant sans le reconnaître, qu’il prend pour un ami jusqu’au moment où dans sa réserve il trouve la même photo sous laquelle il a déjà écrit qu’il ne faut pas se fier à lui, sont doublées par celles qu’il prend d’une barmaid qu’il ne reconnaît jamais mais qui le manipule pour le faire tuer le barbeau qui la tabasse. Tout cela est dynamique et passionnant, mais comment y raccorder l’obsession de ce client qu’il a cru un simulateur et qui ne l’était pas, sinon comme le schéma de ce qui se passe au niveau de cette amnésie partielle responsable du harcèlement de son client avant sa perte de mémoire ? Comment expliquer la Jaguar de sport, le costume Armani, quand il y a au cours des développements diverses allusions à la drogue ? Comment rattacher le souvenir passionné de sa femme (dont il a oublié qu’elle était diabétique) au traitement régulier par son client d’une épouse qu’il mène à la mort sans y deviner un transfert lancinant ? Et imaginer que tout cela a déjà été joué un an plus tôt, qu’il a tué l’assassin de sa femme et qu’il continue furieusement à le rechercher pour le tuer ? Je n’ose pas dire que j’aime avoir des choses à ruminer après un film, même si je n’arrive pas à une vision claire qui rassurerait mon rationalisme…

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lucette desvignes
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