Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 08:39

         Lorsque je me montrais récalcitrante, mon père, qui était antimilitariste jusqu’au bout des ongles, préférait utiliser l’humour pour me faire céder et scandait avec emphase ce principe essentiel  de l’efficacité militaire : « La discipline faisant la force des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance passive et une entière soumission de tous les instants » (voyez si je me rappelle docilement ! et cela remonte bien avant mon service militaire…). C’était l’application rigide de ce principe qui envoyait au poteau des traîtres, pour se faire fusiller, des troufions qui au bout de plusieurs semaines d’enfer et d’hébétude dans les tranchées avec la boue, les rats, les explosions incessantes, refusaient de subir plus longtemps ce martyre dément. La seconde guerre mondiale a permis de constater les effroyables résultats de cette obéissance farouche et absolue aux ordres : les criminels nazis s’abritaient tous derrières cette fidélité au drapeau de l’hitlérisme pour vaillamment plaider non coupable lorsque les tribunaux leur demandaient raison des hécatombes de déportés, juifs ou autres, dans les camps d’extermination où régnaient le cynisme et la haine absolue. L’obéissance sans question, l’aveuglement total devant l’horreur des ordres reçus, étaient censés les absoudre de toute responsabilité dans le crime. Cette justification par Hannah Arendt ne peut arriver à me convaincre, surtout avec Heidegger se profilant derrière elle : même pour en arriver à une vision philosophique intense, on ne peut sans risque de se perdre (ou, diraient certains, de perdre son âme) se faire l’avocat du diable.

Partager cet article

Repost 0
lucette desvignes
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens