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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 12:52

         La formule du tragique, telle qu’on la reconstitue à partir de confrontations diverses tirées des écrits de l’antiquité grecque, est la base même de toute construction théâtrale, si l’on excepte la comédie dont les structures et les formes occupent un autre territoire. A cette recherche esthétique, elle mêle la philosophie et la mythologie dont elle retrouve toutes les traces dans les textes mêmes des grands tragiques, essentiellement  Eschyle, Sophocle et Euripide, chacun d’eux illustrant la formule par une pratique personnelle. La confrontation de base est celle des héros – les personnages célèbres, grands de ce monde que les dieux ont brisés – au terme d’un combat avec le destin invariablement vainqueur. Reprendre l’histoire d’Œdipe, d’Héraklès, d’Electre ou d’Oreste (qu’à l’époque de la grande civilisation athénienne tout le monde connaissait par cœur) amenait à faire réfléchir  sur le sens à donner – si possible – à leur chute succédant à leur royale grandeur : sont-ils responsables ou non d’en être arrivés là ? qui a orchestré leur chute, leur accablement et leurs souffrances, leur mort ? Cette notion de responsabilité se trouve incluse au cœur même du traitement accordé à ce morceau d’histoire ou de mythologie qu’on a transformé en pièce de théâtre tragique. Changeons d’ère avec une comparaison saugrenue : lorsque deux autos s’encastrent l’une dans l’autre au sommet d’une double pente, c’est que l’une d’elles   roulait à gauche ; dans la mesure où son conducteur y perd la vie, sa mort  n’a rien de tragique, car il est responsable de l’accident. Il y a tragique si l’autre conducteur est tué, lui qui roulait bien à sa droite sans dépasser la ligne jaune et sans excès de vitesse, car il ne porte aucune responsabilité dans sa mort et son écrasement et la question du pourquoi ? se pose avec intensité. C’est cette notion lourde de sens qu’il nous faut garder devant les yeux au cours de cette petite excursion dans la tragédie. Vous voyez qu’on n’est pas encore arrivés à Corneille et Racine : tiendrez-vous le coup jusque-là ?

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lucette desvignes
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