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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 09:39

         …Ensuite Mon Oncle est noyé dans la foule qui l’entraîne et l’amène à partager ses réjouissances. Ce vendredi soir mêle les sorties mondaines d’une partie friquée de la population parisienne (BCBG, Beaufs et gauche Caviar, fourrures et bijoux, super tenues et manières se voulant distinguées) et les ressortissants d’un car de luxe en visite à la ville lumière depuis de lointains horizons (là aussi, tenues de soirée recommandées par les prospectus, tâchant de se mettre au niveau requis sans y parvenir mais tout de même fort satisfaites de soi). L’idée de génie est de faire se rencontrer, ou plutôt se côtoyer, ces diverses populations avides de se divertir dans un grand restaurant dont les dernières mises au ^point (parquets, lumières, air conditionné, décoration…) ne sont pas terminées : on chasse en hâte les corps de métier, le parquet se décolle, on trouve des outils un peu partout à la cuisine et dans les plats… L’affolement des maîtres d’hôtel se cache sous les manières stylées, mais l’inexpérience des serveurs, leur goût de la bouteille pour se donner du cœur à l’ouvrage, les erreurs se toute sorte au niveau des commandes et du service entretiennent une jouissance permanente pour le spectateur. Avec l’allongement de la soirée, avec la frénésie des danseurs sur le plancher qui se décolle par-ci par-là, avec l’ivresse générale, les gags se multiplient, Tati s’en mêle malgré lui, même l’effondrement des boiseries mal clouées ne met personne en fuite. Au matin, le car de luxe ramène ses touristes enchantés à l’aéroport, M.Hulot en hâte achète un foulard avec la Tour Eiffel pour une visiteuse qui lui eût parfaitement convenu, mais coincé entre la caisse et la sortie automatique du magasin ne peut que charger un livreur de remettre le présent. La séquence finale rappelle les fins de Charlot, donc le ratage du bonheur et la solitude du héros – avec en outre l’absurde d’une circulation qui se mord la queue sans pouvoir avancer d’un pouce, et ne permet même pas à la jolie touriste de savoir d’où lui vient ce cadeau. Ce n’est pas le déroulement d’une histoire qu’il faut admirer dans ce film de génie, mais le grotesque de notre société lorsqu’elle décide de sortir de son ennui. 

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lucette desvignes
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