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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:13

         Nous les avons tous vus, ces pauvres gens : on nous les a montrés abondamment, souvent selon les mêmes prises de vue parce qu’il fallait bien faire durer le suspens le temps qu’il fallait – dix-sept jours ni plus ni moins, dix-sept jours où ces pauvres gens sont restés agglutinés les uns aux autres dans la même horrible angoisse, dans la même incertitude meurtrière, dans le même espoir fou qui diminuait au fur et à mesure du passage des heures. A peine distincts les uns des autres, égalisés par la souffrance par-delà les différences sociales ou ethniques, riches et pauvres, âgés ou jeunes, géniteurs ou adolescents à l’allure déjà orpheline. Agglutinés ensuite, dès que la parole officielle a fait tomber le couperet, dans la même douleur de révolte, bien obligés de se considérer comme égalitairement traités puisqu’il n’y avait pas le moindre survivant. On nous les a encore généreusement montrés dans l’explosion de leur chagrin puisque c’était leur seul recours une fois l’annonce faite. Mais on ne nous les a pas montrés chassés en grappe de leur hôtel (où on avait dû établir une cellule de soutien psychologique, puisque c’est la mode à présent) – oui : il fallait libérer leurs chambres pour la venue des organisateurs, cadres, responsables et acteurs du Grand Prix automobile de Malaisie. Le sport est roi ! Kuala Lumpur : l’exotisme sympathique de ce nom a perdu de son lustre à mes yeux depuis cette évacuation ignominieuse.

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lucette desvignes
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